À l’instar de la communauté internationale, notre pays, avec l’appui technique et financier du Fonds des Nations unies pour l’enfance (Unicef) et d’autres partenaires, a célébré, le 12 octobre 2026 au Centre international de conférence de Bamako (CICB), la Journée internationale de la fille que consacre le 11 octobre. Pour cette 15è édition, le thème national est : « Investir dans l’éducation et la culture pour une meilleure sensibilisation aux conséquences du mariage d’enfants et la promotion des droits de la fille ». Quant à la communauté internationale, elle a choisi la thématique : « Mettre fin au mariage d’enfants et investir dans les droits des filles ».
L’événement a été présidé par la ministre de la Promotion de la Femme, de l’Enfant et de la Famille, Mme Diarra Djénéba Sanogo, en présence de plusieurs membres du gouvernement, du médiateur de la République, Mme Sanogo Aminata Mallé et d’autres invités de marque.
La journée entend contribuer à la promotion des droits de la fille et à l’abandon du mariage d’enfants, en investissant dans l’éducation et la culture. Elle offre aussi l’opportunité aux autorités et communautés à porter une attention particulière à la situation des filles, à reconnaitre leurs droits, mais aussi à identifier et corriger les obstacles qui affectent leur épanouissement.
Au Mali, la population des enfants de 0 à 17 ans est estimée à 53,6% de la population totale. Les filles de 10 à 24 ans représentent 50%, soit la moitié de la population des jeunes. Cependant, elles font face à des plus grands défis dans la vie et se voient souvent attribuer un rôle marginal dans la société. Selon le 5ème Recensement général de la population et de l’habitat (RGPH-5), 54% des jeunes filles âgées de 20 à 24 ans ont été mariées avant l’âge de 18ans et 16% avant l’âge de 15 ans. Les données de l’Enquête modulaire et permanente (l’EMOP) auprès des ménages de 2024 de l’Insat, le taux brut de scolarisation des filles au fondamental 1 est de 77, 1% contre 55,8% au fondamental 2.
La ministre chargée de la Promotion de la Femme a expliqué que le thème national s’inscrit dans la promotion d’un environnement sûr, sain et protecteur pour toutes les filles. À en croire la ministre Sanogo, il met en lumière le rôle fondamental des valeurs éducatives et culturelles positives dans la prévention des violences en général et du mariage d’enfants en particulier. Mais aussi la protection des droits des filles et la construction d’une société plus juste, inclusive et respectueuse de leur dignité. Ajoutant que le thème s’inscrit aussi dans la dynamique de l’Année de l’éducation et de la culture, conformément à la vision du Président de la Transition, le Général d’armée Assimi Goïta.
Par ailleurs, Mme Diarra Djénéba Sanogo a aussi rappelé les nombreuses initiatives prises par l’État, en collaboration avec ses partenaires, notamment l’élaboration de la Stratégie nationale multisectorielle pour mettre fin aux mariages des enfants, la sensibilisation des familles et des communautés. Pour sa part, la présidente par intérim du Parlement des enfants, Rokia Bah Sané Camara, a rappelé que le mariage d’enfant peut priver une fille de son éducation, de ses rêves et de nombreuses opportunités. Elle a succinctement invité parents, communautés, leaders traditionnels et religieux, enseignants, autorités, partenaires, mais enfants et jeunes à agir ensemble pour circonscrire le phénomène. La représentante de l’Unicef, Fosca Giulidori, a rappelé que les données récentes montrent des progrès importants. « Le taux de mariage avant 18 ans est passé de 54% en 2018 à 49% en 2023-2024 », a-t-elle expliqué, avant de relever que selon l’Enquête démographique et de santé au Mali, (EDSM). Le taux de grossesse précoce a également diminué, passant de 36% en 2018 à 22% en 2023-2024, selon la même source.
Ces avancées, pour elle, témoignent des efforts conjoints du gouvernement, des communautés et des partenaires et doivent être poursuivis, car près d’une jeune femme sur deux est encore mariée avant 18 ans et 14% des femmes de 20 à 24 ans au moment de l’enquête étaient déjà en union avant l’âge exact de 15 ans, avec pour conséquence l’interruption de la scolarité et des problèmes de santé liés à une maternité précoce. Quant au représentant de Plan international Mali, Drissa Dabone, il a souligné la nécessité d’écouter la voix des filles et de faire en sorte que chaque fille au Mali puisse jouir de son plein potentiel. Il a ensuite formulé deux recommandations majeures: adapter et appliquer une loi qui fixe l’âge du mariage à 18 ans pour les filles et les garçons et investir dans des programmes qui luttent contre les croyances, pratiques et normes sociales néfastes qui favorisent le mariage d’enfants.
Amsatou Oumou TRAORE
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