Des
enfants en joie après la mise en service d’un forage dans leur quartier
«L’eau est
indispensable à la vie, au développement et à la stabilité des sociétés ».
C’est autour de cette conviction que s’est articulé l’entretien accordé par le
directeur national de l’Hydraulique, Sékou Diarra, à l’Office de radio et
télévision du Mali (ORTM). Reçu sur le plateau de la chaîne nationale pour
évoquer la nouvelle Politique nationale de l’eau 2026-2035, le responsable a
détaillé les enjeux, les priorités et les ambitions de cette feuille de route
adoptée récemment par le gouvernement.
Dans un
contexte marqué par le changement climatique, la croissance démographique et
l’augmentation des besoins des secteurs agricole, industriel et minier, la
gestion de l’eau est devenue un enjeu stratégique pour le Mali. Pourtant, le
pays dispose d’un potentiel considérable. Selon Sékou Diarra, le Mali possède
une réserve en eau estimée à 2.700 milliards de mètres cubes, avec un
potentiel de développement annuel d’environ 6 milliards de mètres cubes. «
Il y a suffisamment d’eau pour tous les Maliens », a-t-il affirmé, précisant
que le véritable défi ne réside pas dans la disponibilité de la ressource, mais
dans sa mobilisation, sa protection et sa distribution équitable à l’ensemble
des populations.
Car,
malgré cette richesse naturelle, l’accès à l’eau potable reste encore une
préoccupation dans plusieurs localités. Certaines communautés rurales
continuent de faire face à des difficultés d’approvisionnement, tandis que les
besoins augmentent dans les centres urbains. C’est pour répondre à ces défis
que les autorités ont adopté la Politique nationale de l’eau 2026-2035, un
cadre stratégique qui place l’accès universel à l’eau potable au cœur des
priorités nationales. Pour le directeur national de l’Hydraulique, cette
politique traduit une vision portée au plus haut niveau de l’État. Elle
s’inscrit également dans l’esprit de la Constitution de 2023 qui consacre
l’accès à l’eau potable comme un droit fondamental pour tous les Maliens. La
nouvelle stratégie repose sur quatre grands programmes qui constituent les piliers
de cette ambition. Le premier est le Programme national d’accès à l’eau
potable (PNAEP). Il représente le volet le plus important de la politique
puisqu’il concentre près de 90% des financements prévus. Son objectif est
d’accélérer la réalisation des infrastructures hydrauliques sur l’ensemble du
territoire national.
Selon
Sékou Diarra, il ne s’agit plus seulement de multiplier les forages, mais de
moderniser profondément l’hydraulique rurale.
INDISPENSABLE
POUR PLUSIEURS USAGES- La nouvelle approche consiste à rapprocher davantage
l’eau des populations en développant des adductions d’eau potable et des
systèmes hydrauliques villageois améliorés. À terme, l’ambition est d’amener
l’eau jusque dans les concessions, mais également dans les écoles et les centres
de santé, afin d’améliorer durablement les conditions de vie des populations.
Le deuxième programme concerne les aménagements hydrauliques. Le Mali
dispose de plusieurs grands cours d’eau, notamment le fleuve Niger, le fleuve
Sénégal et le Sourou, mais une partie importante de cette richesse est encore
insuffisamment valorisée. Chaque année, une quantité considérable d’eau issue
des pluies se perd faute d’ouvrages adaptés. La politique prévoit donc la
réalisation d’infrastructures permettant de mieux retenir l’eau et de renforcer
sa disponibilité tout au long de l’année. Barrages, petits barrages, ouvrages
de stockage, protection des berges et réhabilitation des zones humides font
partie des actions envisagées. L’objectif est de faire de l’eau un véritable
moteur du développement agricole, pastoral et économique.
Le troisième pilier est consacré à la gestion intégrée des ressources en eau (GIRE). Cette approche repose sur un principe simple : l’eau est une ressource unique qui doit répondre à plusieurs usages. Agriculture, élevage, pêche, industrie, mines et consommation humaine ont tous besoin de cette ressource.
L’enjeu
est donc de trouver un équilibre entre les différents utilisateurs, afin
d’éviter les conflits et préserver les réserves pour les générations futures.
Dans ce cadre, le directeur national de l’Hydraulique a insisté sur la
nécessité d’une meilleure organisation et d’une plus grande implication des
acteurs locaux.
La
protection des ressources constitue également une priorité. Les autorités
entendent lutter contre les différentes formes de pollution, notamment celles
liées à certaines activités comme l’orpaillage traditionnel et le dragage qui
affectent plusieurs cours d’eau. La politique prévoit aussi une réforme du
financement du secteur à travers notamment l’instauration de redevances liées à
certains usages de l’eau. Les grands consommateurs, comme certaines industries
et sociétés minières, pourraient ainsi contribuer davantage à la préservation
de la ressource. Les fonds générés permettraient de financer des actions de
protection, d’entretien et de gestion des crises.
BIEN-ÊTRE
POUR TOUTES LES GÉNÉRATIONS- Le quatrième axe porte sur la gouvernance du
secteur de l’eau et de l’assainissement. Il vise à renforcer la coordination
entre les différents intervenants, améliorer la transparence dans la gestion
des projets et garantir une meilleure répartition des investissements entre les
régions. Pour le directeur national de l’Hydraulique, la réussite de cette
politique dépendra également de la capacité des acteurs à travailler ensemble.
L’État, les collectivités, les communautés et les partenaires doivent conjuguer
leurs efforts pour assurer une gestion durable de la ressource.
La
question agricole occupe aussi une place importante dans cette stratégie.
Premier secteur consommateur d’eau, l’agriculture représente environ 90 % des
usages. Le défi sera donc de développer la production agricole tout en
améliorant les techniques de gestion de l’eau, afin d’éviter le gaspillage et
la dégradation des ressources.
Reste
désormais le défi majeur du financement. La mise en œuvre de cette politique
nécessitera d’importants investissements. L’État entend mobiliser ses
ressources propres, mais aussi compter sur l’accompagnement des partenaires
techniques et financiers ainsi que sur la contribution des différents acteurs
économiques.
Au terme de cet entretien sur l’ORTM, une conviction se dégage : le Mali dispose d’un immense potentiel hydrique, mais son avenir dépendra de sa capacité à préserver et à mieux gérer cette richesse. À l’horizon 2035, l’ambition est de faire de l’eau non plus seulement une ressource disponible, mais un véritable facteur de progrès, de souveraineté et de bien-être pour toutes les générations. Car protéger l’eau aujourd’hui, c’est préparer le Mali de demain.
Mariam A. TRAORÉ
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