Sécurité internationale : Le Mali plaide pour un changement de paradigme

Le ministre Sadio Camara a exposé, mardi dernier, la vision de notre pays au cours de la 11è conférence de Moscou sur la sécurité internationale. À ce propos, il a précisé que le gouvernement a fait le choix courageux et lucide de changer sa stratégie sécuritaire après avoir fait le constat réaliste de l’échec du déploiement de dizaines de milliers de militaires étrangers sur notre sol

Publié jeudi 17 août 2023 à 05:20
Sécurité internationale : Le Mali plaide pour un changement de paradigme

La participation du ministre de la Défense et des Anciens combattants, le colonel Sadio Camara, à cette rencontre tenue dans la capitale russe prouve à suffisance l’intérêt renouvelé de la Russie pour faire entendre le point de vue du Mali sur la sécurité internationale. Cette rencontre atteste aussi de l’importance stratégique de la sécurité en Afrique et particulièrement au Sahel dans la recherche d’une sécurité globale.

Prenant la parole, le ministre en charge de la Défense a, de prime abord, réitéré les remerciements du président de la Transition, le colonel Assimi Goïta, à son homologue russe, Vladimir Poutine, pour son implication constante et constructive pour la sécurité dans notre région.


Le colonel Sadio Camara a rappelé son exposé fait, il y a un an à cette même tribune, sur la vision malienne des défis sécuritaires auxquels est confronté le continent africain en général avec un regard particulier sur l’Afrique de l’Ouest et le Sahel. Pour lui, cette malheureuse situation continue de se développer d’autant que les facteurs géopolitiques, climatiques et sociologiques sous-jacents sont défavorables tant à l’échelle mondiale, régionale que locale.

Pour le ministre en charge de la Défense, il est regrettable de constater qu’aujourd’hui encore, alors que l’Afrique reste gravement  affectée par les grands problèmes mondiaux,  les puissances étrangères continuent de dicter les modes de gestion des crises africaines. «L’actualité nous le montre encore avec les crises au Mali, au Burkina Faso et au Niger, états centraux du Sahel liés par la géographie, l’histoire et la sociologie», a-t-il fait remarquer, tout en rappelant les raisons et l’échec des initiatives de coopérations militaires expérimentées pour les maîtriser. 

Parlant des principaux défis sécuritaires du Sahel et de l’Afrique de l’Ouest, le ministre de la Défense et des Anciens combattants a laissé entrevoir que notre région est confrontée à une violence d’une rare portée dans son histoire qui se manifeste par des agissements de certains acteurs internes et externes qu’il classe selon leur motivation en groupes armés terroristes, groupes criminels transnationaux… Pour Sadio Camara, ces phénomènes néfastes ne sont que des symptômes superficiels d’un mal dont la racine est bien plus profonde.

«Les politiques publiques mises en œuvre ne correspondent pas au besoin des peuples et les élus sont en décalage croissant avec ceux qui sont censés les représenter. Le fossé se creuse de jour en jour, les inégalités s’approfondissent en continu», a-t-il averti, soulignant que ces décalages s’expliquent par le fonctionnement de nos jeunes états africains qui est encore marqué par l’héritage des sombres périodes d’humiliation et de domination étrangères.

 

STRATÉGIE PRÉMÉDITÉE DE DÉSTABILISATION- Sous prétexte de politiques libérales d’ajustement structurel, les systèmes éducatifs africains ont été détruits et les systèmes de sécurité désarmés par l’ancien maître, désormais reconverti en partenaire stratégique, a déploré le ministre Camara.


D’après lui, ce même partenaire stratégique qui agit seul continue de renforcer sa domination et d’entretenir la dépendance. «Toujours disposé à donner des leçons d’humanité, il s’appuie sur des leaders qu’il manipule pour ses intérêts souvent liés à l’exploitation des ressources naturelles», a critiqué le ministre en charge de la Défense,  rappelant l’attaque contre la Libye en 2011 qui est la parfaite illustration de cette pratique mafieuse.

«Cette stratégie préméditée de déstabilisation du Sahel a fait du Mali la première victime, malheureusement sous les regards moqueurs et condescendants des voisins inconscients du danger qui les guette», a fustigé le colonel Sadio Camara qui a fait remarquer que le feu s’est étendu dans toute la région. «Nous vivons encore aujourd’hui les conséquences de cette tragédie», a-t-il regretté. Avant d’indiquer que l’heure n’est ni à la victimisation ni au fatalisme. Mais, il s’agit plutôt de faire un diagnostic éclairé et lucide des raisons de l’échec des stratégies actuelles. Pour affronter ces défis, dira-t-il, les pays africains ont peu de chance de réussir tant qu’ils avancent en rangs dispersés.

Pour le ministre Camara, la seule solution pour les Africains de mener une politique réellement africaine concertée, fondée sur les réalités et les besoins des peuples africains, est d’avoir le courage de défendre nos intérêts surtout lorsque ceux-ci sont opposés à ceux des puissances extérieures à l’Afrique. à cet effet, il a rappelé que notre gouvernement a fait le choix courageux et lucide de changer sa stratégie sécuritaire après avoir fait le constat réaliste de l’échec des stratégies imposées, caractérisées par le déploiement de dizaines de milliers de militaires étrangers sans impact positif pour les populations.

Le colonel Sadio Camara a indiqué que notre peuple a décidé de prendre son destin en main et de construire son autonomie avec des partenaires plus fiables et sincères dont les intérêts sont transparents et clairement exprimés dans le cadre d’une relation gagnant-gagnant.


Il a évoqué les avancées dans le domaine sécuritaire qui ont permis de faire progresser le processus de refondation de l’état avec l’adoption de la nouvelle Constitution par 97% des Maliens et des élections prévues dans quelques mois pour mettre fin à la Transition.  Pour lui, ce que le Mali a fait à sa modeste échelle, les pays africains peuvent le faire en grand. Enfin, le colonel Camara a appelé la jeunesse africaine à se lever pour défendre ses intérêts et son honneur, car, dira-t-il, personne d’autre ne le fera puisque c’est une responsabilité générationnelle.               

Souleymane SIDIBE

Lire aussi : 35 ans de démocratie au Mali : Du sacrifice de 1991 à l’exigence de Refondation

Le 26 mars 1991 demeure une date charnière dans l’inconscient collectif malien..

Lire aussi : Célébration du 26 mars: La nécessité de consolider les acquis de la démocratie

26 mars 1991-26 mars 2026, cela fait 35 ans jour pour jour que le Mali commémore la révolution de son peuple pour l'accession à la démocratie..

Lire aussi : France : Le rappeur Maître Gims placé en garde à vue

L’auteur du tube «Je me tire» serait impliqué dans une affaire de blanchiment d’argent en bande organisée.

Lire aussi : Palais de la culture Amadou Hampâté Bâ : L’espoir est permis en 2026

Le budget 2026 de ce temple de la culture est arrêté en recettes et en dépenses à la somme de 588 millions de Fcfa en 2026, contre environ 616 millions de Fcfa en 2025, soit une baisse de 4,6 %.

Lire aussi : Start-up au Mali : L’accompagnement des incubateurs, un levier pour les jeunes

Des initiatives existent, portées aussi bien par les pouvoirs publics que par les structures d’appui à l’entrepreneuriat. Toutefois, ces efforts demeurent insuffisants pour soutenir pleinement l’innovation.

Lire aussi : ONDD : 75 % des activités réalisées en 2025

Notre pays connaît une transition démographique caractérisée par une jeunesse nombreuse et dynamique. Cette réalité, accompagnée de politiques publiques adaptées, peut constituer un levier puissant pour réduire la pauvreté.

Les articles de l'auteur

35 ans de démocratie au Mali : Du sacrifice de 1991 à l’exigence de Refondation

Le 26 mars 1991 demeure une date charnière dans l’inconscient collectif malien..

Par Souleymane SIDIBE


Publié jeudi 26 mars 2026 à 18:45

Guinée : «Toumba souffrait de plusieurs pathologies», dixit l'Administration pénitentiaire

L'Administration pénitentiaire guinéenne a annoncé ce mercredi 25 mars le décès du commandant Aboubacar Diakité, connu sous le pseudonyme de « Toumba ». L'ancien aide de camp de Dadis Camara bénéficiait d'une « prise en charge spécialisée » à l’hôpital militaire du camp Samory Touré..

Par Souleymane SIDIBE


Publié mercredi 25 mars 2026 à 18:22

Conseil national de sécurité alimentaire : Une assistance d’urgence de près de 20.000 tonnes de céréales annoncée

Le Premier ministre Abdoulaye Maïga, qui a présidé les travaux, a insisté sur la nécessité de veiller au respect des restrictions sur l’exportation des céréales et à l’approvisionnement régulier des marchés pour garantir l’accès des populations aux denrées de base pendant la période de soudure.

Par Souleymane SIDIBE


Publié mardi 24 mars 2026 à 09:02

Régions de Sikasso et Ségou : Les FAMa neutralisent plusieurs terroristes

Dans le cadre des opérations de sécurisation du territoire national, les Forces armées maliennes (FAMa) ont mené avec succès, le dimanche 22 mars 2026, deux actions coordonnées d'envergure contre des Groupes armés terroristes (GAT)..

Par Souleymane SIDIBE


Publié lundi 23 mars 2026 à 20:05

Zone de Kayes : Les FAMa démantèlent des bases terroristes et libèrent 12 otages

Dans le cadre de l'opération Dougoukoloko, les Forces armées maliennes (FAMa) ont mené des actions de recherche d'envergure dans la Région de Kayes du 14 au 21 mars 2026..

Par Souleymane SIDIBE


Publié dimanche 22 mars 2026 à 11:34

Nord-Ouest de Kidal : Les FAMa déjouent une tentative d’embuscade terroriste par une frappe aérienne

Dans le cadre de la sécurisation d'un convoi logistique, les vecteurs aériens des Forces armées maliennes (FAMa) ont mené avec succès, ce vendredi 20 mars 2026, une frappe de précision contre un groupe armé terroriste au Nord-Ouest de Kidal..

Par Souleymane SIDIBE


Publié samedi 21 mars 2026 à 13:48

Diplomatie : La Confédération AES dénonce une « ingérence grave » du Parlement européen après sa résolution sur le Niger

Dans un communiqué publié ce jeudi 19 mars 2026, le Président du Faso, le Capitaine Ibrahim Traoré, par ailleurs Président en exercice de la Confédération des États du Sahel (AES), a exprimé sa vive indignation suite à l'adoption par le Parlement européen, le 12 mars dernier, d'une résolution intitulée « Résolution du Parlement européen sur la détention arbitraire du Président Mohamed Bazoum par la junte au Niger »..

Par Souleymane SIDIBE


Publié jeudi 19 mars 2026 à 22:26

L’espace des contributions est réservé aux abonnés.
Abonnez-vous pour accéder à cet espace d’échange et contribuer à la discussion.
S’abonner