Les enfants s’adonnent à des activités récréatives
Former les jeunes esprits, c’est-à-dire les jeunes scolaires, c’est aussi prévoir des temps de récupération et de loisir pour des mômes souvent exténués durant toute l’année scolaire par des programmes scolaires. De nombreux pédagogues se montrent très catégoriques sur la nécessité d’accorder aux enfants les grandes vacances non seulement pour se reposer, mais aussi consacrer la période à des plaisirs de l’enfance (jouer avec des camarades, vadrouiller de quartier en quartier, etc.). Ils estiment que ça fait du bien pour l’équilibre psychique de l’enfant.
Aujourd’hui encore tout le monde s’accorde sur l’utilité des grandes vacances, mais les positions achoppent sur le contenu qui est mis dans ces vacances.
Alors dans les pratiques d’antan, les enfants passaient leurs vacances chez de proches parents (oncles, tantes, grands-parents, entre autres) dans la même localité ou dans certaines régions. Ceux qui sont issus d’une famille aisée avaient souvent l’opportunité de voyager par air ou de prendre le bus, voire le train à une certaine époque pour rallier d’autres destinations en Afrique ou ailleurs. Aujourd’hui c’est une pratique en perte de vitesse. On en est réduit à voir les seuls gosses de riches faire ce genre de voyage.
Est-ce parce que les parents ont les portefeuilles pressurés par une conjoncture ou est-ce simplement une habitude rangée dans les oubliettes ? Est-ce les enfants sont devenus plus casaniers ? Ces questions taraudent les esprits et méritent qu’on s’y intéresse au phénomène. Quand le jeune vacancier arrive chez son hôte, il est couvert d’attention et on lui passe ses caprices. On déploie aussi les grands moyens pour lui permettre de passer un séjour agréable dans la famille d’accueil. Le jour de son retour des vacances, on lui offre de nombreux présents en guise de souvenir. Dans un contexte de crise, il n’est pas admis de faire voyager les enfants d’une région à l’autre.
ANALYSES CROISéES DE PARENTS- Mme Traoré Assétou Doumbia estime qu’il est désormais préférable de garder les enfants à la maison. Cette mère de famille justifie cela par une économie d’échelle à travers une réduction des dépenses. En effet, elle souligne que la coutume veut que l’hôte prenne en charge les cadeaux offerts aux vacanciers (habits neufs et fournitures scolaires). Ce qui représente une saignée financière pour certaines familles par les temps qui courent.
Pourtant, Assétou pense que les grandes vacances doivent être mises à profit par les parents pour renforcer l’éducation des enfants, en leur inculquant des vertus pour leur préserver de la tentation des vices et des relations malsaines qui se nouent très souvent dans la rue. Mme Camara Nana soutient la thèse. Pour cette mère de famille aussi, les grandes vacances représentent une opportunité de se rapprocher plus des enfants et d’assainir leur environnement. Auparavant, elle envoyait pendant les vacances scolaires ses enfants chez sa sœur pour, selon elle, circonscrire tout risque de maltraitance.
Ces dernières années, elle a choisi de rompre avec cette habitude et de transformer les vacances en un temps de socialisation des enfants. «L’année scolaire ne me laisse pas suffisamment de temps pour me consacrer à leur éducation», confie-t-elle, avant d’ajouter que c’est une occasion de garder ses enfants à la maison, afin de leur enseigner les tâches ménagères et leur transmettre des valeurs.
Oumar qui habite à Kalaban Coro, marque un point de rupture. Pour lui, ces déplacements font du bien aux enfants. Cette année, cet enseignant accueille une nièce venue d’un village de Bougouni. à le croire, le séjour de la vacancière se passe normalement et va lui permettre d’apprendre à faire la cuisine, mais aussi à se comporter dignement en termes de mode vestimentaire.
Le chef de famille le dit à qui veut l’entendre que sa nièce a été un peu plus versée dans la religion à son arrivée chez lui. Elle a découvert davantage l’importance des prières et des sourates. Pour ce qui concerne les dépenses liées à son retour dans sa famille biologique, le pédagogue se veut simplement prévoyant à travers une organisation pour ne pas être pris à défaut avant septembre, le plus souvent mois de la rentrée scolaire.
ORGANISER DES SORTIES- Les voyages ou les déplacements des jeunes scolaires pendant les grandes vacances ne sont pas un phénomène nouveau, mais ils se font de plus en plus rares. Certains parents estiment que le contexte qui prévalait avant n’existe plus. Il y a de nouvelles donnes à prendre en compte.
Au cœur des concessions, l’ennui se pointe souvent chez de nombreux jeunes scolaires. C’est le cas de Kadiatou Traoré, une lycéenne, qui ne cache pas sa lassitude. Elle dit comprendre les réticences de ses parents à l’envoyer en congé à l’intérieur du pays. Cependant, l’élève invite les parents à organiser des sorties ou des activités pour pallier au quotidien ennuyant des enfants en période de grandes vacances.
Ces déplacements des élèves constituent un véritable défi pour les familles en quête du juste équilibre, notamment entre protection, éducation et bien-être de leur progéniture dans un contexte socio-économique qui ne permet plus les folies qu’on pouvait s’autoriser dans le temps. La conjoncture d’abord est passée par là, puis le contexte sécuritaire.
Selon le professeur de sociologie, Dioufing Sissoko, l’insécurité et la pauvreté ont transformé notre société, affaiblissant les liens sociaux autrefois forts au sein des familles. Il justifie cette fragilisation par des incompréhensions ou des conflits familiaux, notamment lorsque les enfants ne suivent pas les règles ou sont victimes de mauvais traitements chez des proches. Ces situations peuvent créer des malentendus et détériorer les relations familiales, constate le sociologue. En attendant de trouver la bonne formule pour complètement renouer avec une pratique aussi utile pour le bien des jeunes scolaires, il faut s’adapter au contexte qui prévaut.
Sarandiè DOUMBIA
Rédaction Lessor
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