Yana Omorou Maïga est né vers 1923 à Dengha, (Cercle de Bourem). Dans un contexte colonial où peu d’enfants avaient accès à l’instruction, il fut ses premiers pas à l’école primaire à Bourem, puis à Gao. Grâce à ses bons résultats scolaires, il poursuit ses études à l’actuel Lycée Askia Mohamed. Il est ensuite admis à l’École normale de Katibougou où il sortira avec mention très bien.
-Il commence dans les années 40 sa carrière d’enseignant à Ansongo et adhère à l’Union soudanaise–Rassemblement démocratique africain (US-RDA) d’alors, une formation politique qui a été créée en 1946.
Le jeune instituteur devient un militant actif et participe à la sensibilisation des populations pour la justice et la liberté. De par son engagement pour les bonnes causes, notamment celles de son peuple, il se met dans le viseur des autorités coloniales qui commencent à le surveiller de près comme le lait sur le feu. En 1948, suite à une plainte déposée par un responsable administratif colonial, il est condamné à six mois de prison pour délit d’opinion. Il sera emprisonné dans le camp pénal de Tessalit dans des conditions très dures.
PÉDAGOGUE MODÈLE- Ces épreuves, loin d’entamer son moral, consolident Yana Omorou dans ses convictions qu’il doit maintenir le cap. Son engagement politique impacte sa carrière professionnelle. Il subira une injustice permanente au gré des affectations arbitraires. En outre, il lui sera formellement interdit de passer des examens professionnels. Il sera même révoqué de la Fonction publique. Il sera ensuite réintégré à la suite d’une grande mobilisation de ses camarades et de son parti qui lui a valu la faveur de réexaminer son dossier. Il a été aussi responsable dans différents comités politiques de l’US-RDA à Ansongo, Gao, Ménaka, Koutiala et Kalana.
UNE MÉMOIRE POUR LA JEUNESSE MALIENNE-Après les indépendances, Yana Maïga continuera de servir son pays avec la même détermination. À Gao, il devient premier adjoint au maire. Il dirigera aussi l’école Gao III où il formera de nombreux élèves. Il participera aussi à la formation de jeunes enseignants. Ceux qui ont travaillé avec lui se souviennent d’un maître sérieux, organisé et exigeant, mais toujours juste et respecté. Après le coup d’État de 1968, il se consacre davantage à l’enseignement et à la recherche.
Son expérience et sa compétence sont reconnues par les autorités. En 1979, il est classé professeur honoraire de l’enseignement secondaire et chargé de recherche. Cette reconnaissance montre l’importance de son apport au système éducatif malien. Pour services rendus à la nation, il reçoit plusieurs distinctions honorifiques. Il est notamment décoré de la Médaille d’or de l’indépendance en 1966, de celle de Chevalier de l’Ordre national du Mali, d’Officier de l’Ordre national du Mali en 1967, puis de Commandeur de l’Ordre national du Mali en 1977.
Il recevra aussi la médaille de Commandeur de l’Ordre national de la République de Côte d’Ivoire et celle de Chevalier de l’Ordre national de la République de Haute-Volta (actuel Burkina Faso) en 1967. Toutes ces distinctions témoignent de son mérite de la patrie, notamment son engagement au service de l’éducation et de la Nation. Depuis 1995, le Lycée régional de Gao porte son nom sur recommandation des notables de la ville. Ceux qui l’ont pratiqué gardent de lui l’image d’un grand homme, doublé d’un instituteur hors-pair. Wéléba Bagayoko, enseignant à la retraite, affirme avoir connu Yana Omorou Maïga en 1966 quand il était à la fois maire et directeur de l’école Gao III.
«S’il y a un homme dont l’histoire mérite d’être contée et enseignée, c’est bien Yana Maïga. C’était un vrai leader qui ne reniait jamais ses convictions, malgré toutes les pressions et les sanctions dont il a été victime». Ce témoignage rappelle la force morale et la constance de son engagement. Pour Abdoulaye Djibrilla, professeur d’histoire et géographie au lycée Yana Maïga, c’était l’un des grands acteurs de la lutte pour la liberté, l’indépendance et une éducation de qualité. À travers son parcours riche et inspirant, Yana Maïga représente l’image d’un instituteur courageux et un militant convaincu qui a su défendre ses idées.
Yana Omorou Maïga a définitivement tiré sa révérence le 7 mars 1988 à Gao. Mais, il restera dans la mémoire collective et son histoire inspirera la jeunesse malienne.
Mohamed Lamine
H DICKO
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