Crise du carburant : Les tarifs des transports interurbains en nette augmentation

Du jour au lendemain, certaines compagnies de transport ont considérablement augmenté leurs tarifs. Face à cette situation, le gouvernement rappelle que toute augmentation de tarifs doit intervenir dans le cadre d’un mécanisme de concertation prédéfini regroupant les représentants de l’administration publique et les organisations socioprofessionnelles du secteur du transport routier

Publié jeudi 02 avril 2026 à 08:09
Crise du carburant : Les tarifs des transports interurbains en nette augmentation

Depuis la légère hausse du prix du carburant, des acteurs économiques se livrent à des augmentations unilatérales des tarifs. Le cas du secteur du transport interurbain n’est pas passé inaperçu. Dans plusieurs gares routières de Bamako, certaines compagnies ont procédé à une révision à la hausse de leurs tarifs, suscitant incompréhension et inquiétude chez de nombreux usagers. Au-delà de la hausse des prix, certains transporteurs évoquent également des difficultés d’approvisionnement en gasoil.

Transporteur sur l’axe Bamako–Dioïla, Ousmane Cissé explique les difficultés auxquelles ils font face. «Non seulement le prix du carburant a augmenté, mais il est aussi très difficile d’en trouver. Parfois, on s’arrête dans une station d’essence sans réussir à en avoir. Nous ne comprenons pas ce mystère autour du gasoil», confie-t-il. Selon lui, cette situation complique fortement l’activité des transporteurs. «Le prix fixé par l’État rend le travail compliqué dans ces conditions. Nous payons parfois plus de 23.000 Fcfa à des vendeurs de carburant dans les bidons pour pouvoir effectuer un voyage», ajoute-t-il.

Pour l’instant, précise-t-il, sa compagnie n’a pas encore revu à la hausse ses tarifs. «Nous avons échangé avec le syndicat sur la situation. Pour le moment, le trajet Bamako–Dioïla reste à 3.000 Fcfa. Mais il est clair qu’une augmentation pourrait intervenir, car nous ne pouvons pas continuer à travailler dans ces conditions», indique-t-il.

Au niveau de certaines compagnies, les tarifs ont déjà été ajustés. C’est le cas de la compagnie Air Niono. L’un de ses responsables, Adama Coulibaly, explique les nouveaux prix appliqués. «Le prix du transport à destination de Ségou est passé de 3.000 à 4.000 Fcfa. Pour Niono, le prix est passé de 6.000 à 7.000 Fcfa. En revanche, le tarif pour Diabaly reste pour le moment inchangé à 8.000 Fcfa. Cette décision est liée aux difficultés d’approvisionnement en gasoil et nous en avons discuté avec le syndicat», indique-t-il. Malgré cette hausse, il affirme que les transporteurs espèrent une amélioration de la situation. «Nous sommes prêts à revoir les prix à la baisse si la situation se normalise», ajoute-t-il.

 Du côté de la compagnie AK Transport, basée à N’golonina, son responsable Karamogo Coulibaly, évoque des hausses plus importantes sur certaines destinations. Selon lui, le syndicat avait déjà évoqué une augmentation des tarifs dans un communiqué. «Sur certaines lignes, les prix ont augmenté de 500 à 2.000 Fcfa, voire 4.000 Fcfa. Par exemple, le trajet Bamako–Kéniéba qui était à 8.000 Fcfa est passé à 12.000 Fcfa.


Dans les gares routières, la hausse des tarifs suscite de nombreuses réactions parmi les voyageurs

 


Celui de Djidian, qui était à 9.000 Fcfa, est aujourd’hui à 13.000 Fcfa», explique-t-il avant d’insister également sur les difficultés liées à la disponibilité du carburant.  Selon une source, le trajet Bamako-Sikasso qui coûtait 6.000 Fcfa le week-end dernier, est désormais proposé entre 8.000 et 9.000 Fcfa, soit une hausse de 3.000 Fcfa. Pour se rendre à Bougouni, les voyageurs doivent désormais débourser entre 4.000 et 4.500 Fcfa contre 3.000 Fcfa auparavant.

 

DES VOYAGEURS DÉSESPERÉS- Dans plusieurs gares routières de Bamako, notamment à N’golonina, l’annonce de la hausse des tarifs du transport suscite de nombreuses réactions parmi les voyageurs. Assis sur leurs bagages ou à l’ombre des hangars en attendant le départ des véhicules, beaucoup disent être pris de court par l’augmentation soudaine des prix.

La plupart des passagers rencontrés dans différentes compagnies de transport confient que cette situation complique leurs déplacements. «Nous sommes obligés de voyager, mais les prix deviennent de plus en plus difficiles à supporter», explique un voyageur en partance pour Ségou. D’autres redoutent que la situation ne s’aggrave davantage dans les jours à venir, surtout à l’approche de la fête de Tabaski, une période marquée par d’importants déplacements vers l’intérieur du pays.

«Si les prix continuent d’augmenter, beaucoup de personnes ne pourront plus se déplacer comme avant», regrette un autre usager sous anonymat. Entre résignation et inquiétude, plusieurs voyageurs appellent à une solution rapide afin d’éviter une flambée généralisée des tarifs. «Nous comprenons que le carburant ait augmenté, mais nous espérons que les autorités et les transporteurs trouveront un terrain d’entente pour ne pas pénaliser davantage la population», estime un voyageur rencontré dans une gare routière de la capitale.

Drissa Dembélé, qui effectue régulièrement le trajet Bamako–Koutiala, témoigne également des conséquences de cette hausse. «La récente augmentation des frais de transport a bouleversé tout mon programme. Le trajet Bamako–Koutiala, qui coûtait auparavant 6.000 Fcfa, est désormais passé à 9.000 Fcfa». Selon lui, l’État devrait intervenir pour réguler ces prix et soulager la population.

Hier dans un communiqué rendu public, la ministre des Transports et des Infrastructures a indiqué avoir constaté une augmentation des tarifs du transport interurbain par certaines compagnies, jugée non proportionnelle à la hausse des prix des produits pétroliers à la pompe intervenue le 28 mars 2026.

Mme Dembélé Madina Sissoko rappelle que toute augmentation de tarifs dans le secteur du transport doit intervenir dans le cadre d’un mécanisme de concertation prédéfini regroupant les représentants de l’administration publique et les organisations socioprofessionnelles du secteur du transport routier.

Faut-il rappeler que les autorités ont revu les prix à la pompe le 28 mars dernier  dans un contexte marqué par les tensions sur le marché international de l’énergie. Le litre de gasoil coute 940 Fcfa contre 725 Fcfa auparavant  soit une augmentation de 215 Fcfa.

Amadou GUEGUERE

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