La deuxième journée de cette rencontre a été marquée par un panel consacré aux « Infrastructures numériques et la connectivité : état des lieux, défis et feuille de route pour une couverture universelle ». Experts, responsables des structures publiques, étudiants et représentants des pays invités ont échangé sur les acquis, les contraintes et les perspectives pour accélérer la transformation digitale du Mali. Intervenant sur le sous-thème relatif à « l’état des lieux des infrastructures et au diagnostic de la couverture territoriale », Diabé Bathily, directeur des systèmes d'information et de l'unité de recherche et développement à la Société malienne de transmission et de diffusion (SMTD), a présenté un panorama du secteur numérique national.
Selon lui, le Mali compte aujourd’hui plus de 25 millions d’habitants répartis sur un territoire de 1,241 million de km². Près de 47 % de cette population vit en zone urbaine, avec une moyenne d’âge de 15 ans. Malgré ce potentiel, le taux de pénétration d’Internet reste encore à 35 %. En revanche, la connectivité mobile, allant de la 2G à la 4G, atteint environ 91 %. Présentant l’organisation de l’écosystème numérique malien, Diabé Bathily a rappelé le rôle des différentes structures intervenant dans le secteur. Le pilotage des politiques publiques est assuré par le ministère en charge de l’Économie numérique, à travers notamment la Direction nationale de l’économie numérique. La régulation relève de l’Autorité malienne de régulation des télécommunications, des technologies de l’information et de la communication et des postes (AMRTP). Quant aux structures d’exécution, l’AGETIC intervient dans la digitalisation de l’administration, l’AGEFAU dans l’accès universel et la SMTD dans la gestion des infrastructures numériques.
Sur ce dernier volet, le responsable de la SMTD a souligné les progrès réalisés dans le déploiement du backbone national. « Nous avons aujourd’hui plus de 3 500 kilomètres de fibre optique », a-t-il indiqué, précisant qu’avec le projet Mali Numérique, ce réseau devrait atteindre environ 3 700 kilomètres. L’ambition affichée est de dépasser les 4 500 kilomètres dans les prochaines années. Le réseau actuel comprend environ 3 000 kilomètres de fibre interurbaine et près de 500 kilomètres consacrés au maillage urbain.
Le Mali dispose également de deux datacenters souverains gérés par la SMTD, avec des sites de réplication. À ces infrastructures nationales s’ajoutent des datacenters relevant du secteur privé et de l’administration. « Aujourd’hui, nous avons suffisamment de capacités pour héberger l’administration malienne, le secteur privé et proposer des espaces d’hébergement à d’autres structures », a expliqué Diabé Bathily. S’agissant des acteurs du marché, il a rappelé que trois opérateurs de télécommunications sont présents au Mali : Orange Mali, Moov Africa Malitel et Telecel. Plusieurs fournisseurs d’accès à Internet interviennent également, dont Afribone. Dans le domaine des services financiers numériques, il a cité le développement des solutions de mobile money proposées par les opérateurs et les établissements bancaires.
Concernant la connectivité internationale, le responsable de la SMTD a souligné que le Mali travaille à diversifier ses voies d’accès afin de garantir une meilleure disponibilité du réseau. Le pays est notamment connecté à travers plusieurs pays voisins, dont le Sénégal, la Mauritanie et le Burkina Faso. Le Mali participe également au projet transsaharien d’interconnexion qui regroupe plusieurs pays, notamment l’Algérie, le Burkina Faso, le Nigeria, le Tchad, la Mauritanie et le Niger. Ce projet ambitionne de renforcer les échanges numériques et de créer un véritable corridor numérique entre les différents États concernés.
Dans le domaine de la téléphonie mobile, Diabé Bathily a indiqué que la 2G couvre environ 71 % du territoire et que la 4G poursuit son extension. La 5G, a-t-il précisé, n’est pas encore entrée en exploitation. Pour les zones difficiles d’accès, notamment celles où la fibre optique n’est pas disponible, les solutions satellitaires comme les VSAT sont utilisées. Il a également évoqué l’intérêt croissant pour les technologies satellitaires de nouvelle génération, notamment Starlink, dès que les conditions réglementaires permettront leur exploitation au Mali. Le pays compte par ailleurs environ 366 000 abonnés à la téléphonie fixe. En matière de qualité de service, les données de Ookla Speedtest pour fin 2025 font ressortir un débit médian d’environ 21 Mbps. Le coût de l’accès à Internet demeure cependant un défi, même si une baisse progressive des prix a été constatée ces dernières années.
Au niveau du marché, l’analyse des parts de marché montre une domination des principaux opérateurs. Orange Mali représente environ 47 %, Moov Africa 43 % et Telecel 9 %. Le secteur des télécommunications a généré un chiffre d’affaires estimé à 580 milliards de Fcfa en 2022, avec environ 25 millions d’abonnés. Malgré ces avancées, la fracture numérique reste une préoccupation majeure. Selon Diabé Bathily, environ 64 % de la population demeure encore hors ligne. Les zones rurales et certaines régions du Nord restent les plus difficiles à couvrir, notamment en raison des contraintes sécuritaires. « Les zones les plus fragiles sont les zones du Nord, que nous n’arrivons pas aujourd’hui à couvrir totalement », a-t-il relevé.
La question du financement des infrastructures numériques a constitué le deuxième axe des échanges. Présentant les mécanismes de financement du service universel, Ibrahim Doumbia, directeur des projets à l’Agence de gestion du Fonds d’accès universel (AGEFAU), a expliqué que plusieurs modèles existent aujourd’hui en Afrique pour favoriser l’accès des populations aux services numériques. Selon lui, le premier mécanisme repose sur l’utilisation du Fonds du service universel, un modèle adopté par le Mali à travers la création d’une agence dédiée à la gestion de ce fonds. Le principe consiste à prélever une contribution obligatoire sur les revenus des opérateurs de télécommunications. « En Afrique, cette contribution varie entre 0,5 % et 2 % du chiffre d’affaires des opérateurs. Pour le cas de l’AGEFAU, nous sommes à 2 % », a-t-il précisé.
Cette contribution est versée par les trois opérateurs présents sur le marché malien, à savoir Orange Mali, Moov Africa Malitel et Telecel. Les ressources collectées permettent ensuite de financer l’installation d’infrastructures dans les zones considérées comme non rentables par les opérateurs privés, notamment les zones rurales et enclavées. Le responsable de l’AGEFAU a également évoqué le mécanisme dit « Pay or Play », qui permet aux opérateurs de choisir d’investir directement dans le déploiement d’infrastructures dans des zones reculées en remplacement de tout ou partie de leur contribution financière au fonds. Cette approche, selon lui, peut accélérer l’extension de la couverture, mais présente aussi des limites, notamment le risque de concentration des investissements dans certaines zones au détriment d’autres localités encore non couvertes.
Le troisième mécanisme repose sur les partenariats et les appuis extérieurs. Il peut s’agir d’interventions de l’État, mais aussi de financements apportés par des institutions internationales comme la Banque mondiale, la Banque africaine de développement (BAD) ou la Banque islamique de développement (BID). Ces appuis peuvent contribuer à la réalisation de grands projets d’infrastructures numériques et d’inclusion digitale. Pour le cas du Mali, Ibrahim Doumbia a rappelé que le Fonds d’accès universel demeure le principal instrument de financement de l’extension du numérique vers les zones rurales, enclavées et peu rentables. Cependant, il a relevé plusieurs défis qui ralentissent son efficacité.
Le premier obstacle concerne le coût des infrastructures dans un pays vaste comme le Mali. À cela s’ajoutent les contraintes sécuritaires qui affectent certaines zones. Selon lui, l’insécurité entraîne une hausse des coûts liés à l’installation, à la maintenance et à la sécurisation des équipements.La question énergétique constitue également un défi majeur. Dans plusieurs localités rurales, l’absence d’une alimentation électrique stable oblige à recourir à des solutions autonomes comme l’énergie solaire, les batteries ou les groupes électrogènes, avec des coûts supplémentaires liés à l’exploitation et à la maintenance.
Face à ces défis, Ibrahim Doumbia a plaidé pour une évolution du modèle actuel vers un système de financement hybride combinant plusieurs sources. « Il ne faut pas se contenter d’un seul modèle basé uniquement sur la contribution des opérateurs », a-t-il indiqué, appelant à renforcer les ressources du Fonds d’accès universel, à améliorer le suivi des projets et à développer davantage les partenariats public-privé. Il a également insisté sur la nécessité de mobiliser davantage les partenaires techniques et financiers afin d’intégrer les programmes de soutien aux infrastructures rurales dans les stratégies nationales de connectivité.
Amadou GUEGUERE
Ce mercredi 29 juillet 2026, le Centre International de Conférences de Bamako (CICB) est animé par une effervescence inhabituelle. Pour la 4e édition de la Semaine du Numérique, les couloirs sont noirs de monde : des grappes de jeunes se pressent devant les stands, casques de réalité virtuelle.
Imaginez un marchand akan, il y a plusieurs siècles. Au cœur d’un marché animé, quelque part entre les royaumes de l’Afrique de l’Ouest, il sort une petite balance. Dans sa main, quelques grains de poudre d’or. Pour les peser, il choisit un petit objet en bronze représentant un poisson-.
Dix mois après son lancement, la plateforme régionale de paiement instantané (PI-SPI) affiche des chiffres qui impressionnent : 30 millions de personnes connectées, un million de transactions et 110 milliards de Fcfa échangés. Mais derrière cette progression se cache un paradoxe : le réseau .
Maîtriser ses données, contrôler ses infrastructures, choisir ses technologies : pour les États de l’Alliance des États du Sahel (AES), la souveraineté numérique apparaît désormais comme un enjeu de puissance, d’indépendance et de sécurité. C’est autour de cette problématique que .
Le chantier de l’usine Atlas Ciment avance à grands pas. Implantée à Dio, dans le Cercle de Kati, cette nouvelle unité industrielle devrait entrer en production dans un mois. Le ministre de l’Industrie et du Commerce, Moussa Alassane Diallo, s’est rendu, hier, sur le site pour constater lâ.
La thématique centrale tourne autour de la transformation digitale. Pendant cinq jours, administrations publiques, startups, PME, opérateurs du secteur, chercheurs, universitaires et partenaires techniques échangeront sur les défis liés à la modernisation de l'administration, à la cybersécur.