Dr Fodié Tandjigora à propos de l’Année de l’éducation et de la culture : «Nos programmes d’enseignement peuvent être bien nourris par nos contenus culturels»

L’enseignant-chercheur, sociologue de son état à l’université Yambo Ouologuem de Bamako nous livre son analyse, dans cette interview qu’il nous a accordée, en se focalisant sur les valeurs endogènes pour bâtir le Mali Kura. Dr Fodié Tandjigora, en sa qualité de spécialiste des questions de changement social, opte également pour le non-rejet systématique de la culture d’autrui

Publié jeudi 05 mars 2026 à 08:49
Dr Fodié Tandjigora à propos de l’Année de l’éducation et de la culture : «Nos programmes d’enseignement peuvent être bien nourris par nos contenus culturels»

L’Essor : La période 2026-2027 a été officiellement décrétée Année de l'éducation et de la culture au Mali par le Président de la Transition. Que vous inspire cette initiative ?

Dr Fodié Tandjigora : J’estime que cette annonce du Président de la Transition se situe dans le prolongement de l’année 2025 décrétée comme Année de la culture. En effet, pour que la culture trouve un portage dans la longue durée, elle se doit d’être arrimée à un élément constitutif central qu’est l’éducation. Celle-ci doit être perçue loto sensu depuis l’éducation familiale classique à l’éducation formelle pour le capital humain.


L’Essor : Est-ce qu’on peut dire que cette initiative présidentielle vise à renforcer le système éducatif et promouvoir les valeurs culturelles en lien avec la refondation de l’état?

Dr Fodié Tandjigora : La refondation est le but ultime recherché par toutes les réformes engagées y compris celle de l’éducation. Comme nous le savons, les autorités de la Transition sont dans une gouvernance de rupture d’avec les schémas classiques qui ont montré leurs limites. Mais la refondation de l’école sur la base de notre culture s’avère un chantier ardu mais qui, in fine, garantit une nouvelle mouture d’un Malien nouveau soucieux du bien public et fier de ses propres valeurs.


Notons de passage, que nos valeurs ont été enseignées comme étant irrationnelles et qui bloquent le développement. Or, après plusieurs décennies où l’école est façonnée autour des valeurs importées d’Occident, les maux de société comme la corruption, l’incivisme, la déperdition des mœurs, la culture du raccourci connaissent leur paroxysme. Il est temps de refonder notre système éducatif autour des valeurs positives qu’on pourra transposer en programme d’enseignement.

L’Essor : Comment réussir ce pari d’un système éducatif axé sur nos valeurs comme les langues nationales, notre histoire ?

Dr Fodié Tandjigora : Ce pari peut être gagné, mais dans la longue durée. C’est pourquoi, les autorités de la Transition ont d’abord annoncé des travaux de réhabilitation de certaines écoles emblématiques comme l’École normale supérieure, l’École des ingénieurs et aussi la construction de plusieurs IFM et lycées. Pour venir à la question de nos langues nationales, le travail sérieux se situe à ce niveau, car l’adoption d’une langue d’enseignement nécessite un travail de conceptualisation linguistique. La vérité est que les formateurs (les enseignants) ne sont pas aptes aujourd’hui à enseigner dans nos langues nationales. Mais cela ne veut pas dire que c’est impossible. Quel est le degré d’outillage des 13 langues nationales reconnues au Mali ? Puis, il se pose la question de la préséance des langues, c’est-à-dire quelle langue privilégiée sur les autres ?


L’Essor : Comment expliquez-vous que cet enseignement soit un problème aujourd’hui ?

Dr Fodié Tandjigora : En réalité, c’était une phase expérimentale à ne pas confondre avec l’alphabétisation fonctionnelle qui était largement assurée par les Centre d’éducation pour le développement (CED). Ce sont des centres d’éducation non formelle visant à scolariser dans les zones rurales avec une formation pratique de base liée aux activités de développement local. Mais ce que nous voulons comme contenu de l’Année de l’éducation et de la culture, c’est une nouvelle vision de l’école fondée sur du réalisme pédagogique.

L’Essor : Que voulez-vous dire par réalisme pédagogique ?

Dr Fodié Tandjigora : C’est-à-dire qu’il faut arrêter de faire un enseignement aérien complètement coupé de la réalité de nos sociétés. Nos programmes d’enseignement peuvent être bien nourris par nos contenus culturels, nos valeurs et nos propres inquiétudes sociales. C’est une tâche que les enseignants peuvent bien faire sous l’égide des autorités politiques. Ce réalisme pédagogique fera qu’un Malien nouveau verra le jour portant en soi les enjeux réels.

L’Essor : Notre société est également envahie par les réseaux sociaux dont les contenus ne sont pas adaptés à notre culture. Que faut-il faire pour régler la question du contenu des réseaux sociaux ?

Dr Fodié Tandjigora : La question n’est pas de rejeter tout ce qui ne relève pas de notre culture, mais de façonner le capital humain autour des enjeux réels de notre société. L’on peut bien se servir des réseaux sociaux pour découvrir d’autres réalités mais il se pose la question de l’encadrement des enfants qui consomment ces contenus numériques. Ce rôle n’incombe pas qu’à l’État, mais aussi aux parents qui doivent participer à l’avènement d’un citoyen nouveau. La famille est le premier niveau de portage du changement social qui complète les mécanismes institutionnels et politiques. Donc, sans l’implication de la société elle-même, l’Année de l’éducation et de la culture aboutira difficilement.


L’Essor : Le décret portant création et attribution du comité préparatoire de l’Année de la culture vient d’être signé par le Chef de l’État. Selon vous, quelles peuvent être les priorités de cette équipe ?

Dr Fodié Tandjigora : L’équipe en place est constituée de plusieurs corporations, de sorte à cerner les multiples facettes des réformes à engager pour réussir l’Année de l’éducation et de la culture. Concernant les priorités, j’estime qu’une feuille de route précisera cela. Néanmoins, comme priorité, je souhaite que l’équipe fasse un bilan sans complaisance de la situation. Elle doit écouter les acteurs de l’école depuis la base, car il s’agira d’une réforme qui va s’étaler sur la longue durée. 

L’Essor : Avez-vous un message pour les différents acteurs?

Dr Fodié Tandjigora : Je dis souvent que l’idée d’un changement peut être pensée par une élite politique, mais le changement lui-même n’est accompli que par les masses populaires, en l’occurrence les enseignants, les parents, les autorités traditionnelles et religieuses. Le Chef de l’État a donné le ton, il revient à chaque acteur de jouer sa partition pour l’aboutissement de l’Année de l’éducation et de la culture.

Propos recueillis par

Namory KOUYATE

Lire aussi : OMVS : Les États membres adoptent de fortes résolutions pour accélérer les projets structurants

La 64e session extraordinaire du Conseil des ministres de l’Organisation pour la mise en valeur du fleuve Sénégal (OMVS) s’est achevée ce samedi 20 juin 2026 à Bamako sur l’adoption de plusieurs résolutions visant à renforcer la gouvernance de l’institution et à accélérer la mise en.

Lire aussi : Journée du réfugié : Les acteurs saluent l'hospitalité légendaire du Mali

À l’instar de la communauté internationale, notre pays a commémoré, vendredi dernier au Palais des pionniers, la journée mondiale du réfugié. La cérémonie était présidée par le secrétaire général du ministère de l’Administration territoriale et de la Décentralisation, Adama Siss.

Lire aussi : Résultats du DEF 2026: UN TAUX NATIONAL D’ADMISSION DE 65,40%

Les candidats étaient au nombre de 330.336 repartis entre l’option Arabe qui a enregistré un taux de réussite de 61,85% contre 66,01% de l’option classique..

Lire aussi : Mali-UE : La Journée de l’Europe célébrée à Bamako sous le signe de la solidarité et du dialogue

L’ambassadeur de l'Union européenne (UE) au Mali, Alberto Cerezo, a offert ce jeudi 18 juin une réception au Mémorial Modibo Keïta pour célébrer la Journée de l’Europe. L’événement s'est déroulé en présence du ministre des Affaires étrangères et de la Coopération internationale,.

Lire aussi : Entre sécurité et développement : Le double axe stratégique du ministre Abdoulaye Diop pour un Mali souverain

En marge de la célébration de la Journée de l’Europe au Mémorial Modibo Keïta, le ministre des Affaires étrangères et de la Coopération internationale, Abdoulaye Diop, a tenu à projeter une image du Mali bien différente de celle, trop souvent réductrice, d'un pays uniquement plongé dan.

Lire aussi : Journées nationales du patrimoine culturel : Le devoir de transmettre les valeurs ancestrales

Le Premier ministre qui a présidé la cérémonie, a rappelé que la culture constitue à la fois le socle de l’identité nationale et un levier stratégique de souveraineté et de résilience. Le Général de division Abdoulaye Maïga a aussi souligné que les jeunes sont aujourd’hui en quête.

Les articles de l'auteur

Forces armées maliennes : Prise de contact du général de division Oumar Diarra avec la hiérarchie militaire

Cette réunion s’est tenue en prélude à la rencontre entre le commandement militaire et le Général d’armée Assimi Goïta, Président de la Transition et Chef suprême des Armées.

Par Namory KOUYATE


Publié vendredi 19 juin 2026 à 08:57

Attaques terroristes : Dr Boubacar Bocoum apporte des éléments de réponse pénale

Le maître de conférences à l’Université Kurukanfuga de Bamako aborde les crimes et les délits contre l’état, ainsi que la trahison en lien avec le terrorisme. Dr Boubacar Bocoum met en lumière les infractions terroristes en interrogeant le Code pénal de notre pays.

Par Namory KOUYATE


Publié mardi 12 mai 2026 à 08:20

Moussa Ag Acharatoumane livre son analyse sur la situation

Le membre de la Commission défense du Conseil national de Transition (CNT) a passé au peigne fin la situation sécuritaire de notre pays. Invité du journal télévisé du jeudi 7 mai sur la télévision nationale, Moussa Ag Acharatoumane a dénoncé la guerre informationnelle dont est victime le Mali. Il a invité au sursaut patriotique tout en préservant l'unité nationale..

Par Namory KOUYATE


Publié lundi 11 mai 2026 à 08:06

Diplomatie : Quatre nouveaux ambassadeurs reçus au Palais de Koulouba

Le Président de la Transition, le Général d'armée Assimi Goïta a reçu, hier au Palais de Koulouba, les lettres de créances de quatre nouveaux ambassadeurs extraordinaires et plénipotentiaires accrédités auprès de notre pays. Il s’agit de Lorenzo Tomassoni de l'Italie, Festus Bizimana du Rwanda, Martin Podstavek de la Slovaquie et Pietro Mona de la Confédération suisse.

Par Namory KOUYATE


Publié vendredi 08 mai 2026 à 10:29

Général d’armée Sadio Camara : un modèle d’exemplarité hors-pair

Feu le Général d’armée Sadio Camara naquit le 19 août 1979 à Kati. C’est dans cette même ville qu’il est tombé en martyr, le samedi 25 avril 2026, suite à une attaque terroriste contre son domicile..

Par Namory KOUYATE


Publié lundi 04 mai 2026 à 08:11

Funérailles du Général d’armée Sadio Camara : Dernier hommage à un homme exceptionnel

Le peuple malien reconnaît en lui un digne fils, un grand homme, un militaire exceptionnel, pétri des valeurs de souveraineté et de refondation.

Par Namory KOUYATE


Publié lundi 04 mai 2026 à 08:09

Lutte contre le terrorisme : L'état-major général des Armées intensifie la riposte et relève le niveau d'alerte

​La traque des Groupes armés terroristes (GAT) se poursuit activement à Kidal, Kati et dans plusieurs autres localités du pays, a annoncé ce dimanche, par voie de communiqué, l'état-major général des Armées..

Par Namory KOUYATE


Publié dimanche 26 avril 2026 à 13:32

L’espace des contributions est réservé aux abonnés.
Abonnez-vous pour accéder à cet espace d’échange et contribuer à la discussion.
S’abonner