Entre qualifications manquées aux Coupes d’Afrique des nations de catégories d’âge, préparation insuffisante et faiblesses structurelles, le football de base traverse une période préoccupante. Le nouveau Comité exécutif de la Fédération malienne de football (Femafoot), dirigé par Mazout Baba Cisset, a désormais du pain sur la planche. Car, pour renouer avec les sommets, il ne suffira plus de compter sur le talent naturel des jeunes Maliens : il faudra reconstruire les fondations. Où est passé le génie des Aiglons ? La question mérite d’être posée tant le contraste est saisissant entre les heures glorieuses du football malien des jeunes et les difficultés rencontrées ces dernières années. En effet, notre pays a longtemps fait figure de puissance continentale dans les catégories d’âge. Les sacres des sélections U17 en 2015 au Niger et 2017 au Gabon, suivis du titre continental des U20 en 2019 au Niger, ont consacré le savoir-faire malien en matière de formation. Ces générations dorées avaient fait naître l’espoir d’une domination durable, portée par la qualité technique des joueurs, leur engagement et la capacité du pays à révéler des talents.
Mais depuis, la dynamique s’est considérablement essoufflée. Les campagnes qualificatives se succèdent sans que les sélections maliennes parviennent à retrouver la même régularité. Les Aiglons ont manqué les phases finales des CAN U20 de 2021 et de 2023, avant de connaître une nouvelle désillusion lors du tournoi qualificatif de l’UFOA-A disputé à Bamako en septembre et octobre 2024, pour la CAN U20 de 2025 et cette édition du tournoi qualificatif zonale de la même catégorie cette année (en cours), avec une élimination dès le premier tour (deux défaites de suite) à domicile.
Ces échecs répétés ne peuvent être considérés comme de simples accidents de parcours. Ils interrogent la capacité du football malien à assurer la continuité de sa formation et à transformer son potentiel humain en résultats durables.
Certes, des éclaircies existent. La sélection U23 s’est qualifiée pour la CAN de sa catégorie en 2023, puis pour les Jeux olympiques de Paris 2024. La troisième place obtenue à la Coupe du monde U17 en 2023 a également démontré que le Mali conservait les ressources nécessaires pour rivaliser avec les meilleures nations. Mais ces performances, aussi importantes soient-elles, ne sauraient masquer les difficultés persistantes des sélections de jeunes sur le plan continental.
LE TALENT SEUL NE SUFFIT PLUS-Le Mali n’a pas perdu son réservoir de talents. Des quartiers de Bamako aux localités de l’intérieur du pays, à travers les centres et Académies, les jeunes passionnés de football continuent de nourrir les rêves des clubs et des sélections nationales. Ce qui semble faire défaut, c’est un système suffisamment solide pour repérer ces talents, les former, les accompagner et les préparer aux exigences du haut niveau.
La première faiblesse réside dans l’insuffisance de compétitions régulières et structurées pour les catégories U15, U17 et U20. Sans championnats nationaux organisés sur la durée, la détection reste inégale et les jeunes manquent de confrontations de haut niveau. Or, le talent se développe par la répétition, l’exigence et la compétition, pas uniquement au cours de regroupements ponctuels.
À cette difficulté s’ajoute le problème de la préparation des sélections nationales. Des équipes constituées tardivement, des stages organisés dans l’urgence et une planification insuffisante réduisent les possibilités de construire des collectifs cohérents. Pendant que des pays concurrents s’appuient sur des cycles de travail anticipés, le Mali donne souvent l’impression de devoir tout accélérer à l’approche des échéances.
Les questions de gouvernance et de stabilité institutionnelle ont également pesé sur l’environnement du football national. Les tensions et les difficultés de fonctionnement des instances ne sont pas sans conséquences sur la continuité des politiques sportives.
La formation des jeunes exige pourtant une vision à long terme, des responsabilités clairement définies et des moyens mobilisés de manière constante.
Enfin, les exigences de contrôle de l’âge dans les compétitions internationales imposent une anticipation rigoureuse. Les vérifications médicales et administratives ne doivent pas devenir des obstacles de dernière minute, mais être intégrées dès le départ à la préparation des sélections.
MAHAZOU DIT BABA CISSET ET SON ÉQUIPE ATTENDUS AU TOURNANT-C’est dans ce contexte que le nouveau Comité exécutif de la Femafoot, dirigé par Mazout Baba Cisset, prend la mesure de l’immensité du chantier. Le défi est considérable : il ne s’agit pas seulement de qualifier les sélections nationales à la prochaine compétition, mais de remettre en place un dispositif capable de produire des résultats sur plusieurs années. Le nouveau comité ne pourra pas se contenter de gérer les urgences. Il lui faudra engager une réflexion profonde sur l’organisation du football de base, avec des objectifs précis, des responsabilités clairement établies et une évaluation régulière des résultats. La crédibilité de son action se mesurera notamment à sa capacité à offrir aux jeunes footballeurs un environnement de formation stable et compétitif. La priorité devrait être l’instauration de championnats nationaux réguliers dans les catégories U15, U17 et U20, en collaboration avec les ligues, les clubs et les Académies. Ces compétitions permettraient d’élargir la détection, d’améliorer le suivi des joueurs et de constituer un vivier plus important pour les sélections nationales.
La Direction technique nationale doit, elle aussi, être au cœur de cette relance. Elle a besoin de moyens humains, financiers et logistiques suffisants, mais également d’une feuille de route claire pour assurer la continuité du travail entre les différentes catégories. Les sélectionneurs doivent pouvoir préparer leurs équipes sur des cycles cohérents, plutôt que de composer dans la précipitation à quelques semaines des tournois qualificatifs. La détection doit par ailleurs dépasser les limites de la capitale. Le football malien ne se résume pas à Bamako. Les régions regorgent de jeunes joueurs qui méritent d’être observés et accompagnés. Une politique décentralisée, associant les ligues, les clubs locaux et les centres de formation, permettrait de ne laisser aucun talent en marge.
Enfin, une passerelle plus efficace entre les Académies privées et les clubs traditionnels s’impose. L’objectif est de bâtir un système dans lequel la formation, la compétition et l’accès aux sélections nationales se complètent au lieu de fonctionner en silos.
Le redressement du football de base ne dépendra pas d’une seule décision ni d’un changement ponctuel à la tête de la Fédération. Il exigera de la constance, une meilleure gouvernance, des investissements adaptés et une collaboration étroite entre tous les acteurs : Femafoot, ligues, clubs, Académies, encadreurs et pouvoirs publics.
Ainsi, le nouveau Comité exécutif doit surtout résister à la tentation des solutions immédiates. Une qualification peut soulager, une victoire peut rassurer, mais aucune performance isolée ne saurait remplacer une politique de formation cohérente. Le véritable succès sera de permettre aux équipes U17 et U20 de retrouver durablement leur place dans les phases finales continentales, tout en préparant les générations futures.
Les sacres de 2015, 2017 et 2019 ne doivent pas rester de simples souvenirs glorieux. Ils constituent la preuve que le Mali dispose des ressources humaines nécessaires pour atteindre le sommet. Encore faut-il leur offrir un cadre propice à leur épanouissement.
Le président Mazout Baba Cisset et son équipe ont donc du pain sur la planche. Leur mission est aussi sportive qu’institutionnelle : redonner aux Aiglons et aux Cadets les moyens de leurs ambitions, rétablir la confiance et replacer la formation au cœur du projet fédéral.
Car le génie du jeune footballeur malien n’a probablement pas disparu. Il attend un système capable de le révéler, de le faire grandir et de le conduire au plus haut niveau. Pour le Mali, l’heure n’est plus aux regrets ni aux explications répétées. Elle est à l’action, à la méthode et à la reconstruction.
Seibou Sambri KAMISSOKO
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