Il s’exprimait lors d’une communication sur le thème « Intelligence artificielle et développement en Afrique : opportunités, risques et enjeux de gouvernance », organisée dans le cadre de la Semaine du numérique. Selon l’expert, la stratégie continentale de l’Union africaine met en garde contre l’aggravation de la fracture numérique entre l’Afrique et le reste du monde. Il a souligné que l’absence de capacités de calcul, de centres de données et de jeux de données locaux pourrait conduire le continent à passer d’une dépendance aux matières premières à une dépendance envers des modèles d’IA développés à partir des données et des valeurs d’autres régions.
Abordant les risques liés à l’usage de l’IA, notamment dans le domaine de la santé, Ousmane Ly a estimé que la rareté des soins constitue le principal moteur de son adoption. Il a mis en garde contre le « vide diagnostique », la substitution du médecin par les outils d’IA en l’absence de professionnels de santé, les risques liés à l’exploitation des données personnelles ainsi que la « dette cognitive » résultant d’une dépendance excessive aux systèmes automatisés. « Parler comme un médecin n’est pas pratiquer la médecine : diagnostic sans responsabilité », a-t-il déclaré.
L’intervenant a également déconstruit plusieurs idées reçues sur l’intelligence artificielle, affirmant que les grands modèles de langage ne comprennent pas réellement ce qu’ils produisent, que leurs réponses peuvent contenir des erreurs ou des informations inventées, qu’ils n’apprennent pas durablement des conversations des utilisateurs et qu’ils ne sont ni totalement objectifs ni infaillibles. Il a aussi insisté sur les limites des détecteurs de contenus générés par IA et sur la nécessité de maintenir une supervision humaine dans les décisions ayant des conséquences sur les personnes.
Sur le plan de la gouvernance, Ousmane Ly a rappelé que plusieurs cadres existent déjà, notamment la recommandation de l’UNESCO sur l’éthique de l’IA, la stratégie de l’Union africaine, les lignes directrices élaborées par six États francophones, dont le Mali, ainsi que la loi malienne sur la protection des données personnelles. Selon lui, l’enjeu est désormais de traduire ces principes dans les lois, les politiques publiques et les pratiques.
L’expert a proposé plusieurs pistes d’action pour le Mali et les pays de l’Alliance des États du Sahel (AES), notamment l’élaboration d’une stratégie nationale de l’IA, le développement de centres de données souverains, la création de corpus dans les langues nationales, le renforcement de la formation et de la recherche, ainsi qu’une coopération régionale autour des normes et de la diplomatie technologique. « L’IA ne doit pas être une adoption technologique clé en main. Elle doit être une recomposition à partir de nos contextes, de nos langues et de nos valeurs », a-t-il conclu.
La communication d’Ousmane Ly s’inscrit dans le cadre des réflexions menées sur le développement de l’intelligence artificielle en Afrique. Elle met l’accent sur la nécessité de concilier innovation, souveraineté numérique, protection des données, inclusion et développement des capacités locales afin de faire de l’IA un levier de développement adapté aux réalités africaines.
Oumar SANKARE
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