Badara Alou Sissoko - Fatoumata Konaré
A l’instar de la communauté internationale, notre pays a célébré, hier la Journée mondiale de la photographie. C’était à la faveur d’une rencontre organisée par l’Association Yamarou Photo à son siège. Ils étaient une centaine de photographes à prendre part à la journée dédiée aux photographes. Chaque année, le 19 août est consacré « Journée mondiale de la photographie », une occasion de célébrer l’art, l’histoire et l’impact de l’image dans la société. Au Mali, cette date a été marquée par l’Association Yamarou Photo, qui œuvre à la professionnalisation du secteur, à la promotion de la création artistique et au renforcement de la place de Bamako comme carrefour majeur de la photographie en Afrique.
Pour cette édition, Yamarou Photo a réuni plusieurs générations de photographes maliens autour d’un même objectif : échanger sur l’évolution de la photographie, partager leurs expériences et réfléchir à l’avenir de cet art. Les discussions ont également porté sur la gestion des carrières des jeunes artistes et les moyens de redynamiser la pratique photographique et les défis face à l’évolution des nouvelles technologies comme l’intelligence artificielle. Selon Seydou Camara, photographe, formateur et directeur artistique de Yamarou Photo, cette journée revêt une importance particulière puisqu’elle marque, selon l’association, les 200 ans de la photographie. C’est une occasion de rendre hommage aux grands noms qui ont contribué à l’histoire de la photographie au Mali et en Afrique, notamment Seydou Keïta, Malick Sidibé, Adama Kouyaté…
« C’est une journée d’échange intergénérationnel », a expliqué Seydou Camara, soulignant la nécessité de réunir les anciens et les jeunes photographes afin d’échanger sur la photographie d’hier, d’aujourd’hui et de demain. Pour lui, contrairement à certaines idées reçues, la photographie n’est pas morte. Elle connaît plutôt une profonde transformation sous l’effet des nouvelles technologies. L’avènement du numérique, les logiciels de traitement d’images comme Photoshop et Lightroom, ainsi que les possibilités offertes par les plateformes de transfert et les moyens de paiement à distance ont, selon lui, donné un nouvel élan au métier. L’intelligence artificielle constitue également une nouvelle étape que les photographes doivent apprendre à intégrer. « Les nouvelles technologies ont donné un autre élan à la photographie », a-t-il estimé, invitant les professionnels à réfléchir à ce que sera cet art dans les prochaines décennies.
SUIVRE L’ÉVOLUTION DE LA TECHNOLOGIE- Présent à la rencontre, Badara Aliou Sissoko, alias Amion, photographe depuis 48 ans, s’est réjoui de pouvoir célébrer cet anniversaire avec les nouvelles générations. Pour lui, la photographie constitue un support essentiel de la vie contemporaine et du développement. Il a témoigné de l’évolution considérable du métier qui est passé des appareils rudimentaires aux équipements numériques modernes. L’ancien photographe a, toutefois, déploré l’insuffisante protection du métier au Mali. Il estime que l’arrivée des nouvelles technologies a contribué à brouiller la distinction entre le simple utilisateur d’un appareil et le photographe professionnel. Il a rappelé qu’autrefois, la maîtrise de l’ouverture, de la netteté, de la vitesse et de la température nécessitait un véritable savoir-faire technique. Aujourd’hui, une grande partie de ces réglages est automatisée. Pour lui, la transmission des connaissances demeure donc essentielle. Il s’est dit heureux de voir les jeunes photographes aller à la rencontre des anciens afin de bénéficier de leur expérience.
« Je ne vis que de la photo et je pense que c’est le métier le plus noble pour avoir rencontré de très hauts dirigeants en qualité de photographe », a révélé l’ancien photographe de l’ex-Minusma (la mission multidimensionnelle des nations unies pour la stabilisation du Mali), Harandane Dicko. Pendant plus de deux siècles, la photographie n’a toujours pas changé. C’est avec la lumière et le noir que nous dessinons nos œuvres. Ce sont les techniques qui ont évolué et nous devons suivre l’évolution de la technologie. Hier, c’était la mutation de l’argentique vers le numérique et aujourd’hui c’est l’Intelligence artificielle. Et nous devons nous adapter aux exigences du changement pour continuer à exister. Je garde l’espoir en voyant tous ces jeunes au niveau de l’Association Yamarou Photo pour se former. Harandane Dicko a insisté sur la noblesse du métier de photographe. Il a encouragé les professionnels à s’adapter aux nouvelles technologies, notamment à l’intelligence artificielle, tout en veillant au respect de l’éthique. Selon lui, l’IA doit être considérée comme un outil et non comme une menace.
Le photographe Seydou Seck qui a vécu le moment historique des portraits dans les années 1970, intègre le métier de la photographie aux côtés des photographes de la première génération du Mali comme Papa Kanté et autres. Avec eux Seydou Seck prend goût à l’image. Parlant de la journée mondiale de la photographie par rapport aux différentes mutations, il a expliqué les techniques et évolutions que la photo a connues. Des images en « noir et blanc » aux appareils numériques, les techniques, les laboratoires et les équipements ont considérablement évolué. Il a néanmoins rappelé que la satisfaction du client demeure l’une des principales exigences du métier. Et de noter que cette journée doit être célébrée à hauteur de choix par les photographes mais également par les autorités du pays car, la photo est une histoire de tous.
DES MOMENTS INOUBLIABLES- Fatoumata Konaré, membre de l’association Yamarou Photo, soutient la célébration de cette journée. Cette année correspond à 200 ans de la création de notre métier qui se trouve aujourd’hui très méprisé par certaines personnes. Nous devons prouver au monde entier que la photo est capitale dans la vie de toute société et cette profession continuera à vivre, malgré les défis auxquels elle fait face. Je suis très heureuse d’être une femme photographe, car, elle m’a permis de réaliser beaucoup de choses, notamment après le décès de mon mari. À travers une formation à Yamarou Photo, j’ai pu comprendre les enjeux de la photo et surtout son rôle dans le développement d’un pays.
En plus des photographes, l’ancien agent du laboratoire du studio photos Tokyo Color converti en photographe, Toumani Camara, a fait un témoignage sur le travail d’un laborantin. Expliquant les raisons de sa conversion, il dira que les laboratoires argentiques sont quasiment tous fermés faute de pellicules. Les appareils argentiques se font rares sur le marché et il explique l’importance de la photographie et le travail de laboratoire, dont il garde encore de meilleurs souvenirs. « Travailler dans un laboratoire est comme vivre dans une famille. C’était des moments inoubliables que je garde lors des fêtes.
Nous devrions faire des tirages des photographes dans un temps record et parfois, on avait plus de 1.000 pellicules à tirer en une seule journée. Il fallait faire des gymnastiques intellectuelles pour combler le travail des machines. Nous faisons recours au travail manuel pour combler le vide et cela était parfois rejeté par les clients », a rappelé Camara. Avant d’ajouter « qu’au-delà du travail technique, la photo permet de créer une chaine de valeur sociale. Ce qui très important d’où cette rencontre de Yamarou Photo qui a permis aux photographes et tous ceux qui œuvrent pour la photographie d’échanger sur les défis et l’avenir de la profession. Je lance un appel vibrant à tous et aux autorités à s’investir pour la promotion de la photographie » a témoigné le désormais photographe Camara.
Gaoussou TANGARA
Si certains photographes de première génération ont connu le succès sur le plan international, d’autres ont passé toute leur vie sans pour autant connaître le show-biz de l’art contemporain. C’est le cas de notre compatriote feu Souleymane Sarr, qui a consacré sa vie au service de la ph.
Profondément passionné par son art visuel, il y a déjà consacré des années pour l’illustration des articles de presse du Quotidien national (L’Essor) qui est un produit phare de l’Amap et à la préservation de la mémoire nationale.
On pourrait penser que rien ne prédestinait Seydou Camara à la photographie surtout avec son cursus scolaire, mais c’est s’y méprendre parce que ce natif de Ségou, la 4è région du Mali, avait la passion de la photographie chevillée au corps et depuis sa tendre enfance..
Dans le cadre de la Journée mondiale de la photographie que consacre le 19 août de chaque année, le directeur artistique de l’Association Yamarou photo a accordé une interview à L’Essor. Dans les lignes qui suivent, Seydou Camara traite de plusieurs aspects de la photographie contemporaine.
Au vu de sa production multiculturelle, notre pays a besoin d'une politique de production culturelle qui organise l’économie de la création artistique et de l’industrie culturelle.
C’est dans le souci de témoigner de la reconnaissance aux hommes et femmes qui ont porté le combat de la promotion de la femme malienne que la ministre de la Promotion de la Femme, de l’Enfant et de la Famille, Mme Diarra Djènèba Sanogo, a présidé, il y a moins d’une semaine au Centre na.