Mohamed A.
Djiré, fils de l’initiateur de cet alphabet
Nous avons rencontré Mohamed Abdoulaye Djiré,
fils de l’initiateur de cet alphabet. Il est l’actuel imam de la Grande mosquée
de Ségou et principal chercheur de l’alphabet bamanan Ngo. Il est aussi
promoteur de la bibliothèque des manuscrits anciens Oumar Kébir Djiré. Il nous
explique que cet alphabet compte 21 consonnes ou Da, la bouche et 7 voyelles
appelé Nèn ou la langue. Quant aux chiffres, ou djatè, ils sont écrits de 0
(fou) à 9 (kononton) qui servent à écrire les nombres et permettent d’effectuer
des opérations d’addition, de soustraction, de multiplication ou même de
division jusqu’au nombre 1.000 ou bakélen.
Son père
feu Abdoulaye Djiré a écrit un livre, encore en manuscrit. Un exercice
d’illustration lui ayant permis d’écrire les noms d’un grand nombre d’objets
usuels et de la pensée et de la spiritualité. L’écriture de ce livre est
également l’opportunité de magnifier certaines règles de l’orthographe, de la
grammaire et de la conjugaison comme savent le faire si bien des conteurs de la
trempe de Djéli Baba Sissoko, Batoma Sanogo, entre autres.
Les
nombreux cahiers et autres calepins qui ont servi de support à la recherche
sont tous en manuscrit car les caractères d’imprimerie ne sont pas encore
établis. Notre interlocuteur a besoin d’un appui technique pour faire cela. Il
se laisse séduire par l’idée de la digitalisations afin de créer un logiciel pour
traduire ces signes phonétiques utilisables sur un ordinateur. Quant à la
diffusion par l’initiation d’un nombre conséquent d’apprenants, qui permettra
le partage de cet alphabet, elle reste très limitée. En effet, seul un nombre
très limité de jeunes de la famille Djiré maîtrise l’écriture.
Comment se fait
que cet alphabet soit resté méconnu pendant tout ce temps ? Mohamed
Abdoulaye Djiré estime avoir fait le nécessaire en approchant toutes les
autorités jusqu’au plus haut sommet. Si des députés de la 1ère République
avaient été invités à suivre une séance de démonstration et d’écrire en 1966
par son père, il a lui-même eu l’occasion de donner des explications au
Président de la République, Moussa Traoré, en 1979. Ce dernier l’a envoyé au
ministère de l’Éducation nationale qui l’a mis en contact avec la Direction
nationale de l’alphabétisation fonctionnelle (DNAFLA). Après une série de
séances de travail, le projet fut abandonné sans explication.
Puis en 2022, Mohamed Abdoulaye Djiré dit qu’il a écrit des lettres au ministère en charge de la Culture et au Bureau de l’UNESCO basé à Bamako dont il attend toujours le retour. Le directeur exécutif de l’ONG SAVAMA DCI, le Dr Abdel Kader Haïdara estime que cette écriture Ngo fait partie intégrante de patrimoine culturel et historique de notre pays et qu’elle mérite d’être mise en valeur. C’est pourquoi son ONG, qui s’occupe des manuscrits anciens, a mis en place un programme qui permettra de faire avancer cette écriture.
Youssouf DOUMBIA
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