Cinéma : Manden Sina, la vie et l’œuvre du dernier maître du Sinbi

C’est un film documentaire de grande qualité que Mahamadou Kotiki Cissé a montré jeudi dernier, en avant première aux professionnels. Intitulé « Manden Sina », ce docu-fiction a été projeté dans la salle du Centre national de la cinématographie du Mali (CNCM). En effet, cette structure cinématographique entend, depuis quelques années revivre les « Projections techniques » qui consistent à soumettre les œuvres aux yeux experts des pairs.

Publié mardi 08 septembre 2026 à 10:07
Cinéma : Manden Sina, la vie et l’œuvre du dernier maître du Sinbi

Sina Sinayoko, célébre joueur de Sinbi (d)

 

Ce qui permet au réalisateur de se remettre en cause et de rectifier, si besoin, certaines aspérités techniques de sa création. Une belle habitude qui avait permis à de nombreux films de montrer un meilleur visage au grand public et qui était perdu depuis belle lurette. « Manden Sina » est consacré à Sina Sinayoko, un célèbre joueur de Sinbi et chanteur du Manden, disparu en décembre 2020 à Bankoumana à 45 kilomètres de Bamako.  La motivation du réalisateur est de faire en sorte que les personnages qui marquent notre société ou notre pays de leurs empreintes, tout comme les pratiques et autres éléments du patrimoine culturel ne tombent pas dans l’oubli. Cet objectif double est parfaitement atteint avec ce film, car il constitue l’unique témoignage vivant de cet homme, qui meurt à 80 ans en plein tournage. Son instrument de musique qu’est le Sinbi sacré des donso ou chasseurs est également très peu utilisé de nos jours.

Pendant 70 minutes, les spectateurs sont transportés dans les dédales des traditions du donso, de la musique et aussi des forgerons du Manden. Le narrateur, le Dr Fodé Moussa Sidibé explique, images à l’appui, l’importance de la musique de Sina. Son apport à la confrérie des chasseurs et bien sûr son rôle historique dans cette confrérie. Le vieil homme et son fils interprètent différents morceaux populaires Boula, en l’honneur de sa caste que sont les forgerons, mais aussi des louanges aux chasseurs et guerriers du Manden que sont : Djadjon et Sori.

Pour le Dr Fodé Moussa Sidibé, le Sinbi est un vieil instrument de musique à sept cordes qui a beaucoup servi à la fois les chasseurs dans leurs pérégrinations dans la forêt, mais les guerriers sur les différents fronts. C’est ainsi que Sina chante pour des figures historiques comme Samory Touré et le chef de son armée que fut Kèmèbourama, de vaillants résistants à la pénétration coloniale.

« Manden Sina » est sans doute un chef d’œuvre cinématographique, car il mélange le documentaire et la fiction tout en montrant un pan historique du patrimoine, témoignent de nombreux professionnels et ressortissant du Manden qui étaient présents à la projection.

Mahamadou Kotiki Cissé, explique que le tournage a commencé depuis 2015 pour s’achever à la mort de son héros en 2020. Parmi les difficultés qui ont impacté la réalisation de ce film, l’absence total de financement. Ainsi, les différents acteurs qui se sont rendus sur le terrain et les monteurs ne sont pas encore payés. Il cherche encore les moyens pour effectuer un mixage de meilleure qualité. Cette dernière étape du travail est la condition pour assurer la présentation de cette œuvre historique aux grands festivals, dont le Festival panafricain du cinéma et de la télévision de Ouagadougou (FESPACO).

Youssouf DOUMBIA

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