Sina
Sinayoko, célébre joueur de Sinbi (d)
Ce qui permet au réalisateur de se remettre en cause et de rectifier, si besoin, certaines aspérités techniques de sa création. Une belle habitude qui avait permis à de nombreux films de montrer un meilleur visage au grand public et qui était perdu depuis belle lurette. « Manden
Sina » est consacré à Sina Sinayoko, un célèbre joueur de Sinbi et
chanteur du Manden, disparu en décembre 2020 à Bankoumana à 45 kilomètres de
Bamako. La motivation du réalisateur est
de faire en sorte que les personnages qui marquent notre société ou notre pays
de leurs empreintes, tout comme les pratiques et autres éléments du patrimoine
culturel ne tombent pas dans l’oubli. Cet objectif double est parfaitement
atteint avec ce film, car il constitue l’unique témoignage vivant de cet homme,
qui meurt à 80 ans en plein tournage. Son instrument de musique qu’est le Sinbi
sacré des donso ou chasseurs est également très peu utilisé de nos jours.
Pendant 70
minutes, les spectateurs sont transportés dans les dédales des traditions du
donso, de la musique et aussi des forgerons du Manden. Le narrateur, le Dr Fodé
Moussa Sidibé explique, images à l’appui, l’importance de la musique de Sina.
Son apport à la confrérie des chasseurs et bien sûr son rôle historique dans
cette confrérie. Le vieil homme et son fils interprètent différents morceaux
populaires Boula, en l’honneur de sa caste que sont les forgerons, mais aussi
des louanges aux chasseurs et guerriers du Manden que sont : Djadjon et
Sori.
Pour le Dr
Fodé Moussa Sidibé, le Sinbi est un vieil instrument de musique à sept cordes
qui a beaucoup servi à la fois les chasseurs dans leurs pérégrinations dans la
forêt, mais les guerriers sur les différents fronts. C’est ainsi que Sina
chante pour des figures historiques comme Samory Touré et le chef de son armée
que fut Kèmèbourama, de vaillants résistants à la pénétration coloniale.
« Manden
Sina » est sans doute un chef d’œuvre cinématographique, car il mélange le
documentaire et la fiction tout en montrant un pan historique du patrimoine,
témoignent de nombreux professionnels et ressortissant du Manden qui étaient
présents à la projection.
Mahamadou Kotiki Cissé, explique que le tournage a commencé depuis 2015 pour s’achever à la mort de son héros en 2020. Parmi les difficultés qui ont impacté la réalisation de ce film, l’absence total de financement. Ainsi, les différents acteurs qui se sont rendus sur le terrain et les monteurs ne sont pas encore payés. Il cherche encore les moyens pour effectuer un mixage de meilleure qualité. Cette dernière étape du travail est la condition pour assurer la présentation de cette œuvre historique aux grands festivals, dont le Festival panafricain du cinéma et de la télévision de Ouagadougou (FESPACO).
Youssouf DOUMBIA
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