Attaque du bateau « Tombouctou » : Trois ans après, la memoire d’une tragédie qui refuse de sombrer

Trois ans après l’attaque terroriste qui a endeuillé le Mali, les images du drame restent gravées dans les mémoires. Entre douleur, résilience et devoir de souvenir, les populations de Gourma Rharous continuent d’honorer la mémoire des victimes du bateau « Tombouctou »

Publié mardi 08 septembre 2026 à 09:47
Attaque du bateau « Tombouctou » : Trois ans après, la memoire d’une tragédie qui refuse de sombrer

L’épave du bateau “Tombouctou” dans les eaux du fleuve Niger

 

Le 7 septembre 2023 restera à jamais une date sombre dans l’histoire récente du Mali. Ce jeudi-là, alors que le bateau long-courrier « Tombouctou » de la Compagnie malienne de navigation fluviale (COMANAV) poursuivait paisiblement sa traversée sur le fleuve Niger, entre Gao et Mopti, l’horreur s’est invitée sur les eaux.

À hauteur de localité de Harimouno Djimdé, dans la commune de Banikane, le navire a été la cible d’une violente attaque terroriste. En quelques instants, le voyage des passagers s’est transformé en un cauchemar indescriptible. Les tirs, les flammes, les cris de détresse et la panique ont remplacé le calme habituel du fleuve.

Trois ans après, le silence du Niger semble encore porter l’écho de cette tragédie. Dans la Commune de Banikane, lieu du drame, comme à Rharous, où plusieurs rescapés avaient trouvé refuge, les souvenirs restent douloureux. « J’ai encore dans les oreilles le vacarme assourdissant du crépitement des armes et, dans la tête, les cris de douleur des passagers retenus dans les flammes et de ceux emportés par le courant des flots », raconte A.T., un rescapé quadragénaire.

Ce commerçant revenait de Gao, où il était parti chercher des marchandises. Son témoignage replonge dans l’atmosphère de la terreur vécue par les passagers ce jour-là. « Nous étions des voyageurs comme les autres, des hommes et des femmes qui avaient simplement pris le bateau pour rejoindre leurs familles ou leurs activités. Personne ne pouvait imaginer qu’un tel drame allait se produire », confie-t-il. Pour A.D., enseignant à la retraite et fils d’une victime, la blessure demeure ouverte. Premier correspondant de l’AMAP dans le Cercle de Gourma Rharous, il porte encore le poids d’un souvenir douloureux : celui d’un père arraché brutalement à sa famille. « Cette tragédie marquera à jamais ma vie. Dans ma tête, je continue d’imaginer mon père retenu dans les flammes, se débattant dans une ultime lutte contre la mort. Mes nuits continuent d’être hantées par cette image cauchemardesque », témoigne-t-il avec émotion.

Le bilan de cette attaque demeure lourd : plus d’une centaine de personnes ont perdu la vie et plusieurs dizaines d’autres ont été blessées. Au-delà des chiffres, ce sont des familles entières qui ont été frappées par le deuil, des enfants privés de leurs parents et des communautés meurtries par la violence terroriste.

Face à cette tragédie, l’État a apporté des réponses aux victimes et à leurs familles. Dans les jours qui ont suivi l’attaque, chaque survivant avait bénéficié d’une aide de 250.000 francs CFA ainsi que de la prise en charge de ses frais de déplacement pour regagner sa destination. Par ailleurs, lors du Conseil des ministres du 10 janvier 2024, le gouvernement de la Transition a accordé le statut de pupilles de la Nation à 31 enfants ayant perdu leurs parents, fonctionnaires de l’État, dans cette attaque, conformément à la loi n°2016-058 du 27 décembre 2016. Mais pour les populations locales, le devoir de mémoire doit aller au-delà des mesures d’accompagnement. Elles plaident pour l’érection d’un monument commémoratif sur le site du drame, afin que les générations futures n’oublient jamais.

Pour le maire de la Commune de Banikane, Ibrahim Haïdara, cet édifice serait un symbole fort. « Ce monument permettra de perpétuer le souvenir de cette journée, mais aussi de rappeler aux générations présentes et futures la cruauté du terrorisme et le sacrifice du peuple malien dans sa lutte pour un Mali souverain », souligne-t-il.

Sur le fleuve Niger, l’épave du « Tombouctou » demeure encore comme une cicatrice visible. Le vieux navire, battu par les vents et les courants, semble porter en silence la mémoire de celles et ceux qui ont disparu ce jour-là. Il rappelle que derrière chaque victime se cache une histoire, une famille, un rêve brutalement interrompu. Trois ans après, la douleur n’est pas effacée.

Le drame reste présent dans les cœurs et dans les consciences. À travers le souvenir des victimes du bateau «Tombouctou», l’État et la Nation malienne continuent de se recueillir, de s’incliner devant la mémoire de ceux qui ont perdu la vie et de rendre hommage à leur sacrifice dans la douloureuse épreuve imposée par le terrorisme.

Mohamed GAKOU / AMAP - Gourma Rharous

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