Langues nationales : Un nouveau jalon pour l’alphabétisation

Une nouvelle ère s’ouvre pour l’enseignement des langues nationales dans notre pays. C’est celle de la mise en place, pour la première fois, d'une filière de formation en Alphabétisation et éducation non formelle (AENF) à l’École normale supérieure de Bamako (Ensup).

Publié vendredi 25 juillet 2025 à 08:03
Langues nationales : Un nouveau jalon pour l’alphabétisation

Notre pays affirme davantage sa souveraineté linguistique en déclarant officielles 13 langues nationales. L’initiative permettra de renforcer l’équipe de formateurs surtout avec des spécialistes du domaine (qui ont une Licence ou un Master dans l’enseignement des langues maternelles). C’est l’avis de la directrice nationale de l’éducation non formelle et de langue nationale (DNEN-FLN), Mme Sylla Fatoumata Hama Cissé, lors d’un entretien qu’elle nous a accordé dans le cadre de la promulgation de la loi organique déterminant les modalités d’emploi des langues nationales.

Elle explique que la création de la filière AENF fait suite à la volonté de l’État d'assurer la formation initiale des enseignants des centres AENF dans les instituts de formation des maîtres (IFM). Comme le demande le Programme décennal du développement de l’éducation et de la formation professionnelle deuxième génération (Prodec 2). Cette nouvelle filière viendra renforcer les acquis de la Faculté des lettres et des sciences qui enseigne certains modules en langues nationales. «C'est une première qu'une filière va s’occuper de l’alphabétisation et de l’éducation non formelle», affirme-t-elle. Et d'indiquer qu’elle permettra de doter notre pays de personnels qualifiés pour enseigner l'AENF dans les IFM.

Mme Sylla Fatoumata Hama Cissé renchérit que les sortants de ces Instituts vont servir dans les centres d’alphabétisation et travailler également dans l’administration scolaire au niveau des Centres d'animation pédagogiques (Cap) et des Académies d'enseignements (AE). Les travaux liés à l’ouverture de la filière sont clos. «Nous attendons l’approbation du conseil d’administration de l’Ensup qui doit tenir une rencontre extraordinaire sur la question en vue d’autoriser son ouverture à la rentrée universitaire prochaine», déclare notre interlocutrice.

La patronne de la DNEN-FLN a annoncé qu'il est prévu d'enseigner nos langues au niveau du préscolaire, du fondamental, du secondaire y compris dans les universités. Elle signale que la loi organique déterminant les modalités d’emploi des langues prévoit l’enseignement des langues au niveau de tous les ordres et types d’enseignement. «Les langues nationales sont enseignées dans les écoles à curriculum qui ne sont pas nombreuses, mais maintenant on veut la généralisation de ce curriculum», soutient-elle. Par ailleurs, Mme Sylla Fatoumata Hama Cissé précise que les 13 langues déclarées officielles par l'État sont instrumentées «c'est-à-dire qu'on peut écrire et lire dans ces langues. On a des machines qui sont adaptées pour travailler là-dessus».

En termes d’acquis, la directrice explique que des projets et programmes ont mis à disposition de grands formateurs au niveau des différentes localités. Ceux-ci, assure-t-elle n'attendent que la mise en place d'une grande campagne d'alphabétisation pour être ressuscités. Elle a cité également l'existence du centre permanent de la DNEN-FLN qui forme pendant un mois dans toutes les langues nationales. De 2010 à cette année, 11. 304 locuteurs dont 5.652 femmes y ont été formés à la lecture et aux règles de transcription.  S'y ajoutent la création des centres d'alphabétisation fonctionnels au niveau des AE, des Centres d'apprentissage féminin et les centres d'éducation au développement pour les jeunes déscolarisées et non-scolarisées.

Les sortants de ces centres sont confrontés à des difficultés d’insertion professionnelle. À cela viennent s’ajouter, selon Mme Sylla Fatoumata Hama Cissé, le manque de financement de l’État, des partenaires et l'absence d'engagement des collectivités. En termes de perspectives, la DNEN-FLN  ambitionne de renverser la tendance consistant à dire que 70% des Maliens sont analphabètes. «Il faut qu'on dise d’ici 5 ans au minimum que ces 70% savent lire et écrire dans leurs langues maternelles», souhaite-t-elle, avant d'ajouter que sa structure est en quête de moyens pour que  les collectivités, les communautés, puissent s’approprier le processus de valorisation de nos langues qui est en cours. «On va s'y mettre à travers des plans stratégiques, des grands programmes et projets qu'on est en train d'élaborer», assure-t-elle.

Mohamed DIAWARA

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