Le Conseil de sécurité nationale : Une structure de plus ?

Le monde est dur. Dans les relations internationales, règnent mutatis mutandis les mêmes lois que celles de la jungle animale.

Publié lundi 17 mars 2025 à 07:35
Le Conseil de sécurité nationale : Une structure de plus ?

Des formes d’organisation plus ou moins heureuses sont tentées çà et là pour prévenir ou circonscrire des problèmes liés à l’évolution des sociétés.  Du reste, le propre du pouvoir politique est de prendre des mesures pour satisfaire les besoins de la population et assurer la survie de la nation. Dans le domaine sécuritaire, cela est encore plus prégnant. Faute d’avoir suffisamment ingéré ce paradigme, le Mali fait face depuis des années, à une insécurité multidimensionnelle, qu’il aurait pu anticiper ou circonscrire dans une juste dimension. Que conviendrait-il de faire désormais, pour que ce qui a eu lieu n’eut plus lieu ? Quels mécanismes et structures faudrait-il inventer pour être plus proactif dans la préservation des intérêts supérieurs du pays ? Autant de questions qui trouveront leurs réponses à travers les lignes qui suivent.


Seules les nations constamment préparées à défendre leur indépendance, les épées à la main, jouissent d’une véritable sécurité, en ayant développé au préalable, une réelle capacité de veille et d’anticipation. La création du Conseil de sécurité nationale procède de cette volonté de répondre aux défis complexes et multiformes que rencontre la nation. Ce Conseil est appelé à jouer un rôle central dans la prise de décisions relatives à la protection des intérêts vitaux du pays, à la préservation de la souveraineté nationale et à la garantie de la sécurité des citoyens. La présente note retrace le déroulé du processus initié pour sortir de l’ornière.

Le Mali a longtemps manqué de mécanismes et de structures capables de planifier des initiatives qui requièrent une coopération interministérielle soutenue. S’il existait des orientations stratégiques à l’échelle nationale, celles-ci demeuraient parcellaires et souffraient d’un manque de coordination pour traduire les orientations en directives pour les Départements sectoriels. Il aurait fallu établir des passerelles entre elles. Il aurait fallu dans la logique de la synergie des efforts, partager les renseignements et mutualiser les capacités et les expertises. Cela a souvent manqué.

 Le pays qui n’avait ni politique formalisée de défense, ni stratégie nationale subséquente, se faisait à chaque fois surprendre en défaut de capacité et était à chaque fois dans une posture réactive
d’improvisation liée à la planification d’urgence. Que de perte de ressources, de sang et de larmes !

Les insuffisances constatées à l’épreuve des crises ne laissaient d’autres choix à l’État que de chercher à se mettre à l’abri de la surprise et de l’improvisation. Il fallait un cadre de coordination interministérielle de gestion des crises, en dehors des réunions du Conseil des ministres. L’enjeu est de mettre en place un mécanisme national cohérent permettant à chaque Sectoriel d’accomplir ses missions prioritaires à hauteur et au rythme des moyens modestes de l’État, et en rapport avec les autres.

La démarche se situe dans le cadre du processus global de Réforme du secteur de la sécurité. Le Conseil de sécurité nationale (CSN) est né de cette volonté (l’Ordonnance n°2019-007/P-RM du 08 mars 2019, ratifiée par la Loi n° 2019- 071 du 24 décembre 2019).

Dans un contexte international marqué par des menaces asymétriques, des crises géopolitiques et des enjeux transnationaux tels que le terrorisme, la cyber sécurité et les changements climatiques, le CSN est appelé à formuler des stratégies globales et intégrées. Il assure la coordination entre les différents ministères et agences gouvernementales, tout en veillant à ce que les décisions prises soient alignées avec les objectifs de sécurité et de défense du pays. Il jouera donc un rôle central dans l’architecture sécuritaire du pays, en assurant la coordination de l’ensemble des problèmes susceptibles d’affecter la sécurité nationale.  C’est l’organe unique de gestion politique des questions de défense et de sécurité en lieu et place du Conseil supérieur de la défense, qui disparait avec la Constitution du 22 juillet 2023 (Art. 63).

Le Conseil de sécurité nationale regroupe autour du Président de la République, le Premier ministre et treize autres ministres ainsi que des responsables de grands services de l’État. Il assiste le Président en matière de sécurité nationale et se réunit une fois par mois. A travers son Secrétariat permanent (SPCSN), son organe d’exécution, il élabore une Politique de Sécurité nationale (PSN), référentiel unique, fixant la vision, les objectifs à atteindre, en un mot, les grandes orientations visant à guider l’action de l’État dans la gouvernance de la Sécurité nationale.

D’autres États choisissent d’autres concepts, telles stratégie générale, stratégie totale, stratégie nationale ou Stratégie de sécurité nationale. Il s’agit dans tous les cas d’une politique publique couvrant les domaines ci-dessus énumérés. La Politique de Sécurité nationale se décline par la suite en Stratégie de sécurité nationale (SSN) dont l’objectif est de déterminer les réponses et les moyens que les pouvoirs publics doivent apporter face à d’éventuels défis. La Stratégie de sécurité nationale (SSN) est la matrice et le seul document de référence de toute autre politique publique en matière de défense et de sécurité, notamment les stratégies sectorielles et les stratégies spécifiques. À la suite de la Politique de sécurité nationale, le SPCSN s’attèle à l’élaboration de la Stratégie de Sécurité nationale avec la participation active de tous les Sectoriels concernés, dans un processus inclusif et interactif.

Le SPCSN coordonne les stratégies sectorielles et spécifiques, dans la gestion des risques et des menaces susceptibles d’affecter la vie de la nation. C’est le cadre de collaboration des services nationaux en matière de planification, de fusion du renseignement et sur d’autres sujets d’intérêts communs. L’adoption de la PSN et de la SSN sera une étape décisive dans l’opérationnalisation du Conseil de Sécurité nationale et de son Secrétariat permanent. Du reste, cette opérationnalisation se poursuit avec la relecture en cours de la Loi N°2OO4-O51 portant organisation générale de la défense nationale qui fixe les prérogatives de l’ensemble des organes stratégiques de gestion des questions de défense et de sécurité.

À la disposition du Chef de l’État, le Conseil de sécurité nationale assure la prospective, la veille, l’anticipation et la coordination de la gestion des crises, à condition que tous les acteurs jouent leur rôle et adhèrent au nouveau mécanisme dans un esprit de complémentarité. C’est à ce seul niveau que les initiatives et l’action des différentes structures (anciennes ou nouvelles) seront mises en cohérence pour l’atteinte des objectifs. Ce qui laisse aux acteurs le recul nécessaire pour mettre au point une stratégie des moyens adaptée à la gestion efficience de la crise qui s’annonce. Le salut de la nation est à ce prix.

Le CSN n’est donc pas une structure de plus. Il en va ainsi dans tous les pays qui réussissent des prouesses dans le domaine de la sécurité. Mais que l’on ne se méprenne pas. Il ne s’agit pas de préparer la guerre, ni même de conjurer les crises et les catastrophes. Il s’agit de mettre en place des mécanismes et des structures adéquates pour assurer la veille et l’anticipation afin de garantir une meilleure situation de paix et de sécurité dans tous les domaines de la sécurité humaine. Le cas échéant, il s’agit d’être proactif en prenant et en gardant l’initiative.

Toute chose qui était loin d’être acquise avec les anciennes structures, et qui nous a plongé dans une crise multidimensionnelle qui perdure et se métastase.

 Général (er) Yamoussa CAMARA

Secrétaire permanent

du Conseil de Sécurité nationale

Lire aussi : Revue sectorielle 2025 du secteur de la justice : évaluer les progrès accomplis et identifier les contraintes persistantes

Le secrétaire général du ministère de la Justice et des Droits de l’Homme, Boubacar Sidiki Diarra, a procédé, vendredi dernier, au sein de son département, à l’ouverture des travaux de l’atelier de validation de la revue sectorielle 2025 du secteur de la justice..

Lire aussi : Migration : Des concertations pour une politique nationale plus cohérente et opérationnelle

Au Mali, la migration est une réalité profondément ancrée dans l’identité nationale, dans l’économie et dans les dynamiques sociales. C’est dans ce contexte que le ministre des Maliens établis à l’Extérieur et de l’Intégration africaine, Mossa Ag Attaher, a procédé, jeudi derni.

Lire aussi : Affaires religieuses : Un cadre de concertation pour apaiser le climat social

Le ministre des Affaires religieuses, du Culte et des Coutumes, Mahamadou Koné, a présidé, jeudi au Centre international de conférences de Bamako (CICB), la deuxième rencontre du cadre de concertation entre son département et les confessions et associations religieuses..

Lire aussi : Bobo Dioulasso : Le Premier ministre participe à l’ouverture de la 22eme édition de la Semaine nationale de la culture

C’est dans un stade Général Sangoulé Lamizana de Bobo Dioulasso, plein comme un œuf, que le Capitaine Ibrahim Traoré , Président du Faso, Chef de l’Etat, a fait son entrée solennelle, accompagné de la cavalerie du Faso..

Lire aussi : Quinzaine de l’environnement : Bamako accueillera la 27è édition

Bamako s’apprête à abriter la 27e édition de la Quinzaine de l’environnement, après la ville de San en 2025. L’annonce a été faite par les organisateurs lors d’une rencontre d’information avec les médias, tenue vendredi à l’Agence de l’environnement et du développement durable.

Lire aussi : Lutte contre le VIH, la tuberculose et le paludisme : La nécessité d’une coordination renforcée

Le Comité de coordination nationale des activités du Fonds mondial (CCM-Mali) a organisé, jeudi dans un hôtel de la place, le Dialogue national inclusif, étape clé du dialogue pays..

Les articles de l'auteur

L’Armée neutralise plusieurs terroristes dans différentes attaques et les opérations de ratissage continuent

Dans son deuxième communiqué de la journée, l’Etat-Major Général des Armées informe l’opinion nationale que dans la matinée du 25 avril 2026, des groupes armés terroristes ont tenté des attaques dans certaines villes du pays.

Par


Publié samedi 25 avril 2026 à 11:16

Ouagadougou : Echanges fructueux entre les présidents de la Confédération AES et de l’Union africaine

À l’issue de l’audience hier au Palais de Koulouba à Ouagadougou, le Président en exercice de l’Union africaine a déclaré qu’il connaît maintenant la réalité objective de la région du Sahel et il a félicité le Président du Faso et Président de la Confédération des États du Sahel (AES) pour son courage, son dévouement et son engagement pour la paix et la stabilité dans son pays.

Par


Publié mardi 21 avril 2026 à 07:59

Mali : Salif Keïta de retour sur scène

Après une période de convalescence dans un pays étranger, la star de la musique malienne et africaine, Salif Keïta, est de retour sur scène depuis le 10 avril..

Par


Publié vendredi 17 avril 2026 à 20:38

Cercle de Barouéli: Le ministre Sadio Camara pose la première pierre du camp de Konobougou

Après Dioila, le ministre d'État, ministre de la Défense et des anciens Combattants, le Général de corps d'armée Sadio Camara, a posé, vendredi 17 avril 2026, la première pierre du camp de Konobougou dans le Cercle de Barouéli (Région de Ségou)..

Par


Publié vendredi 17 avril 2026 à 17:24

Sécurisation du territoire national : Bientôt un camp militaire à Dioila

Le ministre d'État, ministre de la Défense et des anciens Combattants, le Général de corps d'armée Sadio Camara, a procédé, ce jeudi 16 avril 2026, à la pose de la première pierre du camp de Dioila..

Par


Publié jeudi 16 avril 2026 à 19:15

Carburant : 653 camions-citernes arrivés ce mardi

-.

Par


Publié mardi 14 avril 2026 à 17:47

Presse écrite : Mme Gakou a rendu visite aux différentes rédactions

Madame Gakou Fatou Niang s’est rendue lundi dans les rédactions de L’Essor, Podium, Kibaru et Sunjata, afin de s’entretenir avec les journalistes de la presse écrite..

Par


Publié jeudi 09 avril 2026 à 08:41

L’espace des contributions est réservé aux abonnés.
Abonnez-vous pour accéder à cet espace d’échange et contribuer à la discussion.
S’abonner