#Mali : Cour d’assises de Bamako : L’accusé recouvre sa liberté

En l’absence de son époux, elle n’a pas pu résister à la tentation. Elle a fini par contracter une grossesse et s’est débarrassée de son enfant en le jetant dans un canal. Les juges ont dit le droit

Publié mardi 16 avril 2024 à 05:45
#Mali : Cour d’assises de Bamako : L’accusé recouvre sa liberté

Maladon Coulibaly a comparu en début de semaine dernière devant les jurés de la Cour d’assises pour répondre des faits d’infanticide dont elle s’est rendue coupable à Koké. Au moment des faits, elle avait, en l’absence de son mari, entretenu une liaison avec le cousin de ce dernier qui s’est finalement soldée par une grossesse indésirée. En agissant ainsi, la jeune dame est tombée sous le coup des dispositions des articles 199, 200, al. 2, 204, 205, 206, et 281 du code pénal, pouvant donner lieu à des peines criminelles.

Les faits reprochés à cette jeune dame ont eu lieu dans la journée du 28 mai 2021. Ce jour-là, le corps d’un enfant a été repêché par un pêcheur, vers le village de Koké, dans l’eau du canal de Dioro (Ségou). À la suite des recherches, la mère de l’enfant, une certaine Maladon Coulibaly a été retrouvée puis conduite à la brigade territoriale de Markala. À l’enquête préliminaire, la suspecte a reconnu avoir effectivement jeté son enfant à peine âgé de 5 mois dans l’eau du canal.

 

Explication simpliste- Par la suite, elle a été conduite devant la justice de paix à compétence entendue de Markala, où une information judiciaire a été ouverte contre elle pour infanticide. Lors de son interrogation  sur le fond du dossier, l’inculpée avait, dans un premier temps, nié les faits. Elle avait dit que son enfant de sexe masculin du nom de Labass, avait glissé d’entre ses mains pour se retrouver au fond de l’eau du canal pendant qu’elle était entrain de le laver. Trop simpliste pour expliquer un acte de ce genre.

Même si elle a tenté de nier les faits au départ, à la barre, Maladon Coulibaly n’a pas cherché à se compliquer la tâche. Elle a tout simplement reconnu les faits sans ambages. Elle a même manifesté son profond regret avant que les débats n’aillent loin. Bien vrai que la cause était déjà entendue pour elle, la jeune fille a néanmoins tenté de donner des explications aux raisons qui l’ont poussé à commettre un acte cruel de ce genre.

De ses explications, il ressort que son époux avait émigré dans un pays de la sous région et y avait passé trop de temps sur place. Durant tout ce temps, il n’avait montré aucun signe quant à un éventuel retour au bercail.

Ainsi, sans même se gêner outre mesure, la jeune dame a clairement fait savoir aux jurés qu’elle n’avait pas pu « gérer son envie sexuelle ». C’est ce qui l’aurait poussé dans les bras du cousin de son mari. Ce dernier à son retour, mis devant les faits accomplis, l’a catégoriquement rejetée au motif qu’elle doit aller chercher l’auteur de sa grossesse. D’où l’idée pour elle d’opter pour cette solution finale pour avoir la paix. 

«Mon mari a voyagé sur la Côte d’Ivoire pendant une année et six mois. Durant cette période, j'ai couché avec un autre homme pour satisfaire mon envie sexuelle. Cet homme n’est autre que le cousin de mon mari, un certain Moussa. Au départ, je ne voulais pas, mais avec le temps, je me suis laissée faire, pour la simple raison que mon époux tardait à rentrer à la maison», a expliqué l’accusée, qui poursuit que  trois mois plus tard, alors qu’elle était déjà tombée enceinte, son  époux est rentré de la Côte d’Ivoire et a repris son devoir conjugal au lit […]

 

 La solution finale pour avoir la paix- «Mais nos problèmes ont commencé au moment où il a découvert que j’étais enceinte de trois mois. Bien que l’enfant ne soit pas de lui, il a accepté de faire le baptême en lui donnant un prénom. Après la quarantaine, j’ai demandé à mon époux d’accomplir son devoir conjugal au lit, mais il a refusé en me disant d’aller voir l’homme qui m’a enceintée à son absence. Dès lors, il m’a abandonnée. L’enfant était devenu un problème pour moi, il ne cessait de tomber malade, je n’avais aucun moyen pour le soigner, a détaillé l’accusée qui a avoué aux juges avoir opté pour « la solution finale en jetant le petit garçon dans l’eau du canal de Dioro».

À la suite de ses explications, face aux jurés la jeune fille n’a pas pu se retenir. Elle a ainsi fondu en larmes et a juré de ne plus poser un tel acte durant le reste de sa vie. Les juges ne sont pas allés par le dos de la cuillère avec elle. Ils l’ont clairement rappelé le droit en l’espèce. Ainsi ont-il dit, que «quelles que soient les raisons, rien ne saurait justifier le fait d’ôter une vie».

Le parquet est aussi allé dans ce sens, c’est pourquoi dans son réquisitoire, le ministère public a fait comprendre à la Cour que rien ne peut et ne doit justifier qu’une femme tue son enfant. Et quelles que soient les conditions dans lesquelles cet enfant est venu au monde. «C’est vrai que le mari de Maladon a été absent pendant une année et demie. Certes tout le monde ne peut pas s’abstenir en l'absence de son mari. Mais si vous n'y parvenez pas, la meilleure option n'est pas de contracter un enfant et de le tuer après. Si vous ne pouvez pas attendre le retour de votre mari, vous êtes libre de divorcer ou d’aller le rejoindre là où il est», a détaillé le haut magistrat qui a toujours tenu à rappeler que rien ne saurait justifier le fait de tuer un enfant, même si celui-ci est le fruit d’un adultère».

Le ministère public a demandé à la Cour de maintenir l’inculpée dans les liens de l’inculpation au regard des faits. La défense de l’accusée a riposté. Pour elle, sa cliente a commis une erreur  pour laquelle elle ne doit en aucun cas  être condamnée. «Nous demandons à la Cour de ne pas la condamner pour cette erreur. Partant de là, la défense a plaidé la clémence.

«Ma cliente n’a pas 30 ans. Et au moment où elle commettait ce crime, la seule chose qui lui était venue en tête, c’était d’aller jeter l’enfant dans ce canal. Aujourd’hui, elle regrette d’avoir commis cette erreur. Contrairement au ministère public, nous demandons la clémence de la Cour», a plaidé le conseil. La Cour a finalement tranché en condamnant Maladon Coulibaly à 3 ans de prison dont un avec sursis. L’accusée a ainsi recouvré la liberté vu son temps de détention provisoire.

Tamba CAMARA

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