L’Essor : Que symbolise le balafon dans la société senoufo ?
Néba Solo : Le balafon signifie tout pour le senoufo. Il symbolise l’union, la solidarité et le respect. «Ni ye mi min bala den da, ayomin balaba da», ce qui signifie l’entente sinon la complicité entre un enfant et une personne âgée au sein de la société. Cela veut dire que ces deux personnes sont des complices. Ce proverbe symbolise l’entente parfaite qui règne entre les lames qui composent le balafon. C’est le signe du respect et de la fraternité dans la société.
L’Essor : Le Balafon est joué dans quelle circonstance chez les senoufos ?
Neba Solo : En milieu senoufo, on joue l’instrument lors des cérémonies sociales, c’est-à-dire baptêmes, mariages et funérailles, entre autres. Il est aussi utilisé pour annoncer une information particulière au public, mais également au cours des activités traditionnelles. Par exemple, lors des travaux champêtres, le balafon est joué pour galvaniser le grand cultivateur et décourager le paresseux. C’est un instrument musical qui permet aussi d’encourager les hommes qui se distinguent par leur bravoure. C’est grâce au balafon que je suis aujourd’hui commandeur de l’Ordre national du Mali.
L’Essor : Quelle est l’importance du balafon en milieu Senoufo ?
Neba Solo : Son importance n’est plus à démontrer. Dans le passé, le balafon permettait d’assurer la sécurité alimentaire, car il était source d’émulation pour les cultivateurs dans les champs. Cet instrument de musique contribue également à apaiser les tensions dans la communauté ou entre deux protagonistes. C’est d’ailleurs tout le sens du Festival triangle du balafon qui se déroule à Sikasso. Il renforce non seulement le lien entre les pays membres, mais aussi les pays invités
L’Essor : Pouvez-vous nous rappeler quelques faits marquants du balafon chez les Senoufos ?
Neba Solo : Mon père, feu Solomanidjan Traoré était également un grand balafoniste dans le passé. C’est grâce à cet instrument de musique qu’il a été épargné des travaux forcés.
Il s’était dédié exclusivement au balafon. D’ailleurs, lors du passage du premier Président de la République du Mali, Modibo Keïta, à Danderesso, c’est mon père qui l’a accueilli avec ses notes de balafon. Il m’a raconté que c’était vraiment impressionnant et il avait chanté : «Son tè Modibo la», prosaïquement le Président Modibo Keïta est un exemple à tous points de vue.
L’Essor : Quel est votre message d’encouragement à l’endroit des jeunes balafonistes ?
Néba Solo : J’appelle la jeune génération à revitaliser nos instruments de musique surtout ceux qui sont en voie de disparition. C’est dans cette dynamique que j’ai créé le Centre de formation professionnelle artistique sur les instruments de musique traditionnelle à Sikasso (Centre de formation Zanon au quartier Hamdallaye extension).
J’enseigne les instruments tels que le balafon, le tam-tam, le «n’Goni», «sokoun» et le «tama». J’apprends également aux jeunes, la fabrication de chacun de ces instruments. Souvent, des étudiants de l’Université Harvard des États-Unis viennent passer des mois dans mon centre dans la Cité du Kénédougou pour étudier le balafon et d’autres d’instruments de musique.
Mariam DIABATE / AMAP - Sikasso
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