À 10 heures 25 minutes, une voiture Toyota RaV4 se
gare en face de l’Institut de formation en science de la santé (Ifssa) à
Djélibougou en Commune I du District de Bamako. À l’intérieur du véhicule, une
dame qui porte admirablement ses 85 balais, souriante et au teint clair,
s’ajuste avant de descendre. Mme Diarra Aïssata Dia, une octogénaire marche
sans peine. En tout cas, elle ne donne aucune impression de crouler sous le poids
des ans.
Cette sage femme à la retraite a encore de la
suite dans les idées. Mme Diarra Aïssata Dia a commencé à exercer son métier en
1963, soit trois ans après l’accession de notre pays à la souveraineté
nationale et internationale. Elle fait partie du personnel paramédical des
premières années après l’indépendance. Pour le 65è anniversaire de
l’indépendance du Mali, votre Quotidien national a voulu braquer les
projecteurs sur l’ancienne sage femme qui inspire toujours des générations de
professionnels de santé.
Dans le bureau de celle qui arbore le grade de
première directrice de la première école privée de santé de Bamako à l’École de
formation des techniciens sociaux sanitaires (EFTSS), des attestations de
reconnaissance, dont l’une délivrée par l’Institut national de formation en
sciences de la santé (INFSS), rappellent aux visiteurs l’engagement de cette
sage femme dans l’amélioration de la santé des femmes et des enfants. La native de Kayes force l’admiration par sa
vivacité. Sa passion pour les soins des nourrissons le lie au métier de sage
femme. À l’époque, rappelle-t-elle, les femmes avaient très peu de débouchés
sur le plan professionnel. «On formait des sages femmes et des enseignantes»,
affirme-t-elle.
Après l’obtention de son Brevet d’études du
premier cycle (BEPC) au Collège moderne de jeunes filles (actuel Lycée Ba
Aminata Diallo), Mme Diarra Aïssata Dia fréquente le lycée Terrasson de
Fougères (Lycée Askia Mohamed). Durant ce parcours secondaire, elle fait le
concours en 1960 dans l’objectif d’intégrer l’école des sages femmes de Dakar.
À l’annonce de l’indépendance de notre pays, elle avait 20 ans. «On était
content de participer aux manifestations», confie-t-elle.
Quand elle
s’apprêtait à aller dans la capitale sénégalaise pour suivre ses études, en
septembre, il y eut l’éclatement de la Fédération du Mali. Elle se souvient
encore de cet épisode sombre de la Fédération du Mali. «On ne pouvait plus
aller à Dakar», explique-t-elle avant d’indiquer qu’elle bénéficiera d’une
bourse pour la France où elle obtient à Reims un diplôme de sage femme d’État
après trois années d’études. Elle y travaille quelques mois dans des structures
privées avant de rentrer au Mali en 1963. «En partant, on signait un engagement
décennal pour revenir travailler au Mali pendant 10 ans avant d’aller exercer
ailleurs», se souvient-elle.
À son arrivée au bercail, elle fait un stage d’immersion à la PMI centrale (actuel Centre de santé de référence (Csref de la Commune III du District de Bamako). Puis, elle occupe son premier poste au dispensaire de San en tant que seule sage femme de la ville. «À l’époque, chaque ville avait une sage femme. Dès que tu terminais, tu devais servir à l’intérieur du pays. Après deux ou trois ans, tu rentrais à Bamako», raconte celle qui a également dirigé la maternité de Koutiala durant 3 ans.
FEMME BATTANTE ET AMBITIEUSE-À l’époque, les
consultations prénatales (CPN) se
faisaient les jours de foire où les femmes viennent des différents villages.
«On profitait pour les sensibiliser sur l’importance de ces consultations pour
elles et pour les bébés», souligne la professionnelle de santé qui garde encore
jalousement comme la prunelle de ses yeux sa boîte d’accouchement personnelle.
Elle a l’achetée en 1961 au cours de ses études en France pour assurer la garde
à l’hôpital.
En 1968, elle est affectée comme sage femme à
l’hôpital Gabriel Touré. La clinicienne décide de faire le saut dans
l’enseignement en 1978, notamment à la première école publique de santé à
savoir l’École secondaire de la santé publique (ESS) qui formait les sages
femmes et les infirmiers. «J’encadrais les élèves sur le terrain avant
d’être affectée au Centre de formation des techniciens supérieurs de santé
(CSTS) qui formait les sages femmes et infirmiers pour en faire des techniciens
spécialistes, notamment en anesthésie-réanimation et kinésithérapie», explique
celle qui va poursuivre l’enseignement jusqu’à sa retraite en 1996.
Après la fin du service public, Mme Diarra Aïssata
Dia continue de mettre son expérience au service du pays. Durant l’année
scolaire 2002-2003, elle a ouvert l’Institut de formation en sciences de la
santé (Ifssa). À toutes occasions, elle raconte aux élèves de son établissement
de formation en sciences de la santé, le fonctionnement de la maternité d’il y
a plusieurs années. «À l’époque, on ne prenait pas 24 heures de garde,
mais 12 heures», se remémore-t-elle. Et de poursuivre succinctement que le
nombre minimum d’accouchement était estimé à 20, mais surtout qu’il n’y avait
pas de gynécologue pour aider à faire face aux éventuelles complications. Elle
analyse avec le recul nécessaire les opportunités qui s’offrent au personnel
soignant maintenant. Selon elle, les sages femmes par exemple peuvent
développer de nombreuses compétences auprès des spécialistes.
La retraitée invite les professionnels de santé à
travailler avec plus d’empathie et à s’intéresser aux résultats de leurs
services. La promotrice de l’Ifssa a participé à la création
des Ordres de la santé de notre pays, précisément celui des sages femmes dont
elle fut la deuxième présidente. Mme Diarra Aïssata Dia a reçu la distinction
de chevalier de l’Ordre du mérite de la santé.
Ses collaborateurs témoignent volontiers de la rigueur dont elle fait montre dans tout ce qu’elle fait. Selon Mme Doucouré Oumou Diarra, monitrice à l’Ifssa et sage femme à la retraite, son employeuse est une femme battante, rigoureuse et très ambitieuse. Poursuivant qu’à son âge, elle se bat pour la formation des élèves en sciences de la santé. «Elle s’implique physiquement et financièrement à nos cérémonies sociales», apprécie Mme Doucouré Oumou Diarra. Cette pionnière est une fierté pour de nombreuses sages femmes qui souhaitent prendre graine de son exemple.
Mohamed DIAWARA
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