Agriculture : L’Office du Niger face aux défis structurels et sécuritaires

L’Office du Niger (ON) a tenu à Bamako, mardi et mercredi derniers, la 56e et la 57e sessions de son Conseil d’administration. Les travaux étaient présidés par le tout nouveau Président directeur général (PDG), Samba Bocary Tounkara. C’était en présence de l’ensemble des administrateurs.

Publié jeudi 09 avril 2026 à 08:21
Agriculture : L’Office du Niger face aux défis structurels et sécuritaires

Les membres du Conseil d’administration lors des travaux

 


 Les deux sessions se sont tenues dans un contexte marqué par des ambitions agricoles élevées, mais aussi par des contraintes persistantes liées à l’insécurité, au financement et à l’approvisionnement en intrants.  Dans son intervention, le PDG a peint des  résultats 2024 contrastés malgré une production en hausse.  Samba Bocary Tounkara a remercié les autorités pour leur soutien, tout en réaffirmant l’objectif de faire de l’ON un pôle agro-industriel continental à l’horizon 2063.

On retient que l’Office a eu, en 2024, une campagne agricole globalement en progression. Ainsi,  malgré un environnement difficile, la campagne agricole 2024-2025 affiche des résultats en amélioration sur certains indicateurs clés.  Le PDG s’est réjoui de la hausse de la superficie exploitée, à savoir 131.950,27 ha (92,74 % des prévisions), en hausse de 1956 ha. La production de riz paddy a atteint 773.056,48 tonnes (85,21% des prévisions), en hausse de 22.635 tonnes par rapport à 2023.  Le rendement moyen a été de 5,86 t/ha (légèrement inférieur à l’objectif de 5,92 t/ha).

 Par ailleurs, la consommation d’eau est en baisse de 1,67 % soit 9.923 m³/ha. Cette progression, selon Samba Bocary Tounkara, s’explique notamment par une pluviométrie excédentaire bien répartie et une légère amélioration de la situation sécuritaire ayant permis le retour de certains producteurs. Par ailleurs, le PDG a indiqué que les autres filières affichent toutefois des performances en deçà des attentes. 


Ainsi pour le maraîchage sur une superficie 10 858,67 ha (70,40 %) on a enregistré une production de 301 340,82 tonnes (66,69 %).  Pour la diversification agricole, sur une superficie de 3961,50 ha (55,30 %), il a été produit 63.337,39 tonnes (47,29 %). Ces contre-performances s’expliquent par la priorité donnée au riz de contre-saison,  l’insécurité affectant certaines zones comme la ferme M3, un faible niveau d’investissement dans certaines spéculations. Aussi, plusieurs facteurs ont freiné les performances globales. Il s’agit, entre autres de l’accès difficile aux engrais (disponibilité insuffisante et coûts élevés); du manque de main-d’œuvre et d’équipements agricoles.  

Le patron de l’ON a aussi cité les retards dans le calendrier agricole et l’entretien insuffisant des réseaux hydrauliques. Sur le plan financier, les contraintes sont également marquées par un faible recouvrement du budget prévisionnel. Sur les 5,5 milliards de Fcfa, seulement 2, 499 milliards de Fcfa ont été mobilisés soit 45,44 % pour un paiement effectif reçu de 293,5 millions Fcfa. 

En revanche, la redevance-eau a atteint un taux de recouvrement de 92,65 %, soit 6,45 milliards Fcfa collectés. Ce qui fera dire au PDG que la  situation financière est  fragile, mais excédentaire.  En effet, malgré les difficultés, l’ON présente des indicateurs financiers positifs. Pour un chiffre d’affaires de 7,63 milliards Fcfa, la structure a enregistré un résultat net de 9,34 millions Fcfa pour un bilan total de 79,83 milliards Fcfa. Ces résultats ont été obtenus au prix de réductions de dépenses et du report de certains travaux d’entretien.

Le PDG a annoncé que l’ON s’inscrit dans la vision stratégique nationale «Mali Kura 2063», avec des projets structurants comme  l’Agropole de Ségou pour les filières riz, sucre, oignon et élevage.  Il citera aussi la future stratégie SDG-ON 2063 visant une transformation agro-industrielle.  Par ailleurs l’attention a été attirée sur le soutien des partenaires qui reste déterminant.

 Il faut ainsi retenir les financements de 26 milliards Fcfa de la Coopération allemande pour l’irrigation de N’Débougou IV et 4,255 milliards Fcfa de la Coopération néerlandaise pour le Projet PRODEAU. 

Pour l’exercice de la campagne 2024-2025, le PDG a dressé un bilan sans concession tout en projetant les priorités stratégiques à venir.  Les résultats de ladite  campagne  traduisent une performance mitigée. L’ON a enregistré une production de riz  paddy de  773.056 tonnes sur 907.256 tonnes prévues soit un taux de réalisation de 85,21% avec un rendement moyen  de 5,86 t/ha.  Pour les produits maraîchers, il faut retenir  301.341 tonnes sur 451.853 tonnes prévues soit un taux de réalisation de 66,69%. Quant aux produits de diversification, il a été enregistré  63. 337 tonnes sur 133. 931 tonnes prévues soit un taux de réalisation de 47,29%,

Ces contre-performances reflètent des contraintes structurelles, notamment l’accès limité aux intrants agricoles et les perturbations sécuritaires dans certaines zones de production. En outre, l’entretien des infrastructures  connaît un sous-financement chronique. Le programme annuel d’entretien 2024 révèle un écart important entre besoins et réalisations. 

Sur une prévision de 6,21 milliards Fcfa, il a été réalisé 4,33 milliards Fcfa soit un taux de réalisation de 69,81% et un taux d’engagement de 73,94% « Les besoins réels d’entretien des réseaux hydrauliques dépassent largement les montants engagés», a rappelé  Samba Bocary Tounkara. Cette insuffisance impacte directement la qualité du service de l’eau, pourtant essentiel à la productivité agricole. Pour la campagne 2026/2027, l’ON se donne des objectifs ambitieux, malgré un contexte difficile. Cette campagne s’inscrit donc dans une logique de renforcement de la souveraineté alimentaire dans notre pays, avec des objectifs en hausse.

 La structure cible 926 878 tonnes de riz paddy pour un rendement visé de 6,50 t/ha sur une superficie de 142.542 ha.  Par ailleurs, 395.156 tonnes de produits maraîchers sont attendues sur une superficie de 16.078 ha.  Pour les produits de diversification, il est attendu 111.898 tonnes sur une superficie de  6145 ha. 

Le projet de budget 2026 s’établit à  25,41 milliards Fcfa, contre 28,39 milliards en 2025 en baisse de  10,49%.  Cette réduction s’explique par la fin ou la diminution de certains projets d’aménagement hydro agricole. Le PDG a décrit une tendance de 2025/2026 avec des signaux contrastés au 20 février 2026. Ainsi, la production hivernage 2025 est de  730.992 tonnes sur une superficie exploitée de 122 802 ha avec un rendement moyen de 5,95 t/ha. Malgré un contexte difficile, la gestion de l’eau d’irrigation est jugée satisfaisante, avec un respect des normes sur l’ensemble des réseaux.

En dépit d’un contexte sécuritaire tendu, l’ON confirme son rôle central dans la souveraineté alimentaire du Mali. Si la production de riz progresse, les défis structurels, notamment les financements, les intrants et la sécurité demeurent des obstacles majeurs à surmonter pour atteindre les ambitions fixées à l’horizon 2063.

Mariam A. TRAORÉ

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