Face à l’irrgularité des pluies, les services agricoles recommandent l’utilisation des variétés précoces
Dans les villages agricoles, les regards restent tournés vers le ciel. Sur les parcelles, les producteurs observent la croissance des plants, évaluent l’humidité des sols et espèrent encore des pluies régulières pour accompagner les cultures jusqu’à la maturité. Cette année encore, l’agriculture malienne joue une partie importante de son avenir dans les champs.
La campagne agricole 2026-2027 porte de grandes ambitions. Les autorités veulent franchir un nouveau cap avec une production prévisionnelle de 11,92 millions de tonnes de céréales et 598.500 tonnes de coton graine. Ces objectifs traduisent la volonté de renforcer la sécurité alimentaire, d’améliorer les revenus des exploitants et de faire du secteur agricole un véritable levier de croissance économique.
Pour accompagner cette dynamique, l’État a annoncé un important dispositif de soutien. Une enveloppe de 164,39 milliards de Fcfa est consacrée à la campagne. Elle vise notamment à faciliter l’accès des producteurs aux intrants agricoles, à renforcer les équipements et à poursuivre les aménagements hydro-agricoles.
Les mesures annoncées concernent plusieurs maillons de la chaîne de production. Le prix du sac de 50 kilogrammes d’engrais minéral est maintenu à 15.000 Fcfa, celui de l’engrais organique à 3.000 Fcfa. Plus de 9.700 hectares doivent être aménagés et 550 équipements agricoles mis à la disposition des producteurs.
Pour la filière coton, considérée comme l’une des principales sources de revenus du monde rural, le prix d’achat du kilogramme de coton graine de premier choix a été fixé à 300 Fcfa. Une décision destinée à encourager les producteurs et à maintenir l’attractivité de cette culture stratégique. Mais derrière ces objectifs ambitieux, une question demeure : la pluviométrie sera-t-elle au rendez-vous ?
DES CHAMPS ENTRE ESPOIR ET INQUIETUDE- DES CHAMPS ENTRE ESPOIR ET INQUIETUDE-Sur le terrain, les réalités sont parfois différentes des projections nationales. Dans certaines régions, les producteurs doivent composer avec un hivernage irrégulier. À San, par exemple, les services techniques agricoles ont relevé une situation préoccupante. Les pluies enregistrées sont jugées insuffisantes et mal réparties dans plusieurs secteurs. Conséquence : des semis retardés, des parcelles encore non emblavées et des inquiétudes sur l’évolution des rendements.
Cette situation rappelle une réalité permanente de l’agriculture malienne : malgré les progrès techniques, les investissements et les efforts d’accompagnement, le facteur climatique reste déterminant. Une longue pause pluviométrique ou une mauvaise répartition des précipitations peut rapidement bouleverser le calendrier agricole et fragiliser les revenus des familles rurales.
Face à ces risques, les services agricoles recommandent plusieurs mesures d’adaptation. Il s’agit notamment de renforcer le suivi agro-météorologique, d’encourager l’utilisation de variétés précoces et résistantes à la sécheresse, mais aussi de promouvoir une meilleure gestion de l’eau et des sols.
Cette préoccupation climatique n’a pas échappé au ministre de l’Agriculture, Dr Ibrahima Samaké, qui a choisi la proximité avec les producteurs pour évaluer l’évolution de la campagne. Lors de sa visite dans la Région de Koulikoro, la semaine dernière, le ministre s’est rendu dans plusieurs exploitations agricoles de la Commune de Méguétan.
Dans les champs visités, notamment ceux de Mady Togola à Chidjankoro et de Naka Zana Goïta à Tonka, il a pu apprécier l’état des cultures, échanger avec les exploitants et recueillir leurs préoccupations. Cette démarche traduit la volonté des autorités d’assurer un suivi régulier de la campagne et d’apporter des réponses adaptées aux difficultés rencontrées sur le terrain.
Au-delà des visites, les rencontres avec les services déconcentrés, les responsables agricoles et les organisations paysannes ont permis de faire le point sur les acquis, les contraintes et les actions prioritaires à renforcer.
Cette mobilisation intervient dans un contexte où l’agriculture demeure au cœur des enjeux économiques et sociaux du Mali. Le secteur fait vivre une grande partie de la population et représente un pilier essentiel de la lutte contre la pauvreté et de la stabilité des ménages ruraux.
Les performances des campagnes précédentes montrent d’ailleurs la capacité du monde rural à relever les défis. Malgré les difficultés, la production céréalière avait atteint plus de 11,4 millions de tonnes lors de la campagne précédente, confirmant la résilience des producteurs maliens.
Mais cette nouvelle campagne impose un autre défi : transformer les ambitions annoncées en résultats concrets, malgré les incertitudes climatiques. La réussite ne dépendra pas uniquement des moyens mobilisés, mais aussi de la capacité collective à anticiper les risques et à accompagner ceux qui, chaque saison, confient leurs espoirs à la terre. Car, dans les campagnes maliennes, la souveraineté alimentaire se joue bien au-delà des chiffres. Elle se mesure dans le courage des producteurs, dans la santé des champs et dans cette attente silencieuse d’une pluie qui peut changer le destin d’une récolte.
Mariam A. TRAORÉ
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