Perspectives économiques du Mali : Les ressorts d’une croissance à consolider

Avec une croissance projetée à 6 % en 2026, portée par l’agriculture, les mines et l’investissement, le Mali dispose de solides leviers pour accélérer son développement. De grands défis rester à relever pour atteindre cet objectif

Publié mercredi 16 septembre 2026 à 09:27
Perspectives économiques du Mali : Les ressorts d’une croissance à consolider

Les difficultés persistantes liées à l’électricité et aux carburants restent

des facteurs de vulnérabilité pour les entreprises

 

Dans un contexte mondial marqué par les incertitudes, la fragmentation des financements et la multiplication des crises, l’économie malienne affiche des signes de résistance. Loin d’être figée dans les difficultés, elle montre des capacités d’adaptation et des perspectives encourageantes. Selon les dernières analyses des Perspectives économiques en Afrique 2026 de la Banque africaine de développement (BAD), le Mali a enregistré en 2025 une croissance économique de 5,6 %, après 5 % en 2024. Une performance qui confirme la solidité de certains secteurs stratégiques et ouvre de nouvelles opportunités pour le développement national.

Cette dynamique repose d’abord sur les forces internes de l’économie malienne. L’agriculture demeure l’un des principaux moteurs de croissance. En 2025, la production agricole a progressé de 7,9 %, soutenue par une bonne campagne et par les efforts visant à renforcer la sécurité alimentaire. Dans un pays où une grande partie de la population dépend encore des activités rurales, l’agriculture représente plus qu’un secteur économique : elle constitue un pilier de stabilité sociale et un réservoir important de création d’emplois.

Le secteur minier confirme également son rôle stratégique dans l’économie nationale. La progression de 11,5 % des industries extractives en 2025 traduit notamment l’apport de nouvelles productions, dont le lithium. Aux côtés de l’or, cette nouvelle ressource ouvre des perspectives importantes pour diversifier les revenus miniers et renforcer la contribution du secteur extractif au financement du développement.

Les services ne sont pas en reste. Le transport et l’hôtellerie ont enregistré une progression de 4,5 %, témoignant d’une économie qui continue de fonctionner, malgré les contraintes sécuritaires et énergétiques. La consommation intérieure (+8,2 %) et l’investissement (+5 %) ont également joué un rôle majeur dans le maintien de la croissance.

Au-delà des chiffres, ces résultats illustrent une réalité : le Mali dispose d’atouts considérables pour construire une économie plus robuste. Ses ressources naturelles, son potentiel agricole, sa jeunesse, son marché intérieur et sa position géographique au cœur de l’Afrique de l’Ouest constituent des avantages importants dans la perspective d’une transformation économique durable.

Cependant, cette trajectoire positive reste confrontée à plusieurs défis majeurs. Le premier concerne la capacité de l’État à mobiliser davantage de ressources pour financer ses ambitions de développement. Avec un ratio recettes fiscales/PIB établi à 14,2 % en 2025, les marges restent limitées face aux besoins considérables d’investissement. Les besoins annuels de financement du développement sont estimés à 29,1 milliards de dollars (soit environ 16.005 milliards de Fcfa) (soit 524à l’horizon 2030, alors que l’aide publique au développement connaît une baisse significative.

Cette situation impose de nouvelles stratégies de mobilisation des ressources. La BAD souligne notamment la nécessité d’élargir la base des investisseurs nationaux, en impliquant davantage les compagnies d’assurance, les fonds de pension et les acteurs privés. Le développement des partenariats public-privé, l’orientation stratégique de l’épargne de la diaspora et la création de la Banque d’investissement et de développement de l’Alliance des États du Sahel figurent parmi les pistes avancées pour répondre au défi du financement.

AMéLIORER LES CONDITIONS DE VIE- La formalisation du secteur informel constitue également un enjeu central. Représentant environ 55 % du PIB, ce secteur constitue une importante réserve de recettes potentielles. La digitalisation de la fiscalité, la simplification des procédures administratives et l’amélioration de la gouvernance financière pourraient permettre à l’État d’élargir progressivement son assiette fiscale sans freiner l’activité économique.

Autre défi majeur : la transformation de la richesse minière en véritable moteur de développement. Les réformes engagées dans le secteur ont déjà permis de mobiliser 875 milliards de Fcfa, contribuant au règlement partiel des arriérés de la dette intérieure. Mais l’enjeu demeure de faire en sorte que les revenus issus des ressources naturelles bénéficient davantage aux secteurs productifs, aux infrastructures et au développement humain.

L’amélioration du climat des affaires sera également déterminante pour attirer davantage d’investissements privés. Les investisseurs ont besoin de visibilité, de stabilité et de garanties. La consolidation de la confiance, l’amélioration de la gestion des finances publiques et la réduction des risques économiques sont des conditions essentielles pour favoriser le retour des capitaux privés et renforcer la croissance.

Sur le plan social, les progrès économiques doivent encore se traduire par une amélioration plus visible des conditions de vie. Le PIB réel par habitant a progressé, passant de 953,2 dollars, soit 542.260 Fcfa en 2020 à 1 094,6 dollars soit 602.030 Fcfa en 2024. Toutefois, la pauvreté demeure élevée, avec un taux estimé à 43,9 % en 2023, particulièrement en milieu rural. L’enjeu est donc de transformer la croissance économique en opportunités concrètes pour les populations, notamment à travers l’emploi, l’accès aux services sociaux et le développement des territoires.

Les perspectives restent néanmoins favorables. Les prévisions annoncent une croissance de 6 % en 2026 et de 5,9 % en 2027. Cette progression devrait être soutenue par l’agriculture, les industries extractives, l’industrie textile ainsi que par une reprise de l’investissement. Le secteur privé pourrait jouer un rôle moteur dans cette nouvelle phase, à condition de bénéficier d’un environnement propice à l’innovation et à l’expansion des entreprises.

Mais plusieurs risques pourraient ralentir cette dynamique. La volatilité des prix des matières premières, la réduction de l’aide extérieure, les difficultés persistantes liées à l’électricité et aux carburants, les menaces sécuritaires et les effets du changement climatique sur l’agriculture restent des facteurs de vulnérabilité.

Face à ces défis, le Mali dispose néanmoins d’une opportunité historique : celle de bâtir un modèle économique davantage fondé sur ses propres ressources et sur la mobilisation de ses forces internes. La diversification économique, la transformation locale des matières premières, la modernisation de l’agriculture et l’investissement dans le capital humain seront les clés de cette nouvelle étape.

L’avenir économique du Mali ne se jouera pas uniquement dans les grandes annonces financières, mais dans la capacité à convertir ses richesses naturelles et humaines en progrès durable. Entre les défis à relever et les potentialités à exploiter, le pays possède aujourd’hui les leviers nécessaires pour transformer la résilience en véritable moteur de développement.

Mariam A. TRAORÉ

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Alors que l’économie malienne renoue avec la croissance, la Banque africaine de développement appelle à une mobilisation accrue des ressources nationales et privées pour accélérer la transformation économique du pays.

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Le projet vise à renforcer la participation socio-économique des personnes déplacées internes, des réfugiés et des communautés hôtes vulnérables, notamment à travers la formation professionnelle et l’appui à l’entrepreneuriat.

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Les artisans dédiés à cette tâche sont confrontés à des exigences souvent contraignantes dans l’exercice de leur profession. Pourtant, ils font partie intégrante de l’univers des métiers qui sont régulièrement sollicités.

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