CAN 2025 : Tom Saintfiet, «Je suis fier de mes joueurs»

Malgré l’élimination en quarts de finale, suite à la défaite 1-0 contre le Sénégal, le sélectionneur national se dit satisfait de la prestation d’ensemble des Aigles et juge «fantastique le futur du Mali avec les jeunes talents» qui composent l’équipe

Publié lundi 12 janvier 2026 à 08:24
CAN 2025 : Tom Saintfiet, «Je suis fier de mes joueurs»


L’Essor : Quel est votre sentiment après cette élimination ?

Tom Saintfiet : C’est une question facile, mais une réponse difficile. Je suis très déçu. En interne avec les joueurs, la fédération et le staff, notre rêve était de gagner cette coupe. On ne peut pas se satisfaire d’une élimination en quart de finale. Cependant, il faut noter que cette année, seuls les géants étaient au rendez-vous des quarts (Égypte, Maroc, Sénégal, Nigeria, etc.). Nous avons eu un parcours difficile, affrontant trois mondialistes (Maroc, Tunisie, Sénégal, ndlr). Nous n'avons jamais pu déployer notre jeu comme nous le souhaitions.

L’Essor : Justement, comment jugez-vous la prestation globale de vos joueurs ?

 Tom Saintfiet : Je ne peux pas dire une mauvaise chose sur eux. Je suis fier de mon équipe. Les 28 joueurs sont venus avec discipline et amour pour leur pays. Il ne faut pas oublier les conditions difficiles : les changements de dates de la FIFA ont fait que les joueurs n'ont été libérés par leurs clubs en Europe que 6 ou 7 jours avant le premier match. Nous n'avons pas eu de vrai camp de préparation, contrairement à d'autres équipes. Malgré cela, chaque joueur a tout donné avec son cœur pour aider le Mali. 

L’Essor : Qu’est-ce qui a manqué aux Aigles pour franchir ce palier ?

Tom Saintfiet : Le tournant a été le premier match contre la Zambie. On domine avec 70% de possession, on rate un penalty, mais dernière, on marque un but mais on encaisse un but à la 92è minute. Ce nul a agi comme une douche froide. Il a installé un stress et une nervosité qui nous ont suivis. Contre le Sénégal, nous avons fait jeu égal. Perdre 1-0 contre une telle machine, alors que l’Algérie et le Cameroun ont perdu 2-0 (respectivement contre le Nigeria et le Maroc ndlr), prouve que nous étions proches. Il nous a manqué ce brin de chance et d’efficacité.

L’Essor : Justement, comment expliquez-vous ce manque de réalisme offensif ? Est-ce votre système qui est trop défensif ?

 Tom Saintfiet : On me parle de système, mais nous avons utilisé le même schéma que lors des matches où nous marquions quatre ou six buts par le passé. La réalité, et il faut être objectif, c’est que nous n’avons pas de Mohamed Salah, de Sadio Mané, de Victor Osimhen ou de Nicolas Jackson dans notre groupe. Nous n’avons pas d’attaquants de classe mondiale qui marque 20 buts par saison dans un grand championnat européen. C’est un facteur psychologique; quand on ne marque pas sur nos premières occasions, le doute s’installe.

L’Essor : Un mot sur votre capitaine, Yves Bissouma. Beaucoup estiment qu’il n’était pas à 100% et qu’il a handicapé le jeu de l’équipe.

 Tom Saintfiet : Yves Bissouma n'était peut-être pas au niveau qu'on lui connaît, il manquait de rythme après sa blessure. Mais la critique à son égard est injuste. C’est un capitaine qui aime son pays. Beaucoup de joueurs auraient choisi de rester en club pour soigner leurs intérêts financiers. Lui a pris des risques pour être là, il a multiplié les matches sans une vraie préparation. On doit respecter son engagement.


L’Essor : On vous a aussi reproché de mettre du temps pour lancer des jeunes comme Gaoussou Diakité. Peut-on parler de manque de confiance ?

 Tom Saintfiet : Pas du tout. Je ne peux en aligner que onze joueurs. Gaoussou Diakité est un grand talent, mais il n'avait que 20 minutes d'expérience internationale avant le tournoi. Il y a aussi une gestion tactique et disciplinaire. Contre les Comores, j'ai dû protéger les joueurs sous le coup d'un carton jaune pour qu'ils soient disponibles au second tour. Le futur du Mali est fantastique avec ces jeunes talents. Le socle est là.

L’Essor : Quel est votre avenir à la tête des Aigles ?

 Tom Saintfiet : Mon avenir personnel n’est pas la priorité. Ce qui compte, c’est le football malien. J’aime travailler ici, le soutien du peuple et des autorités est incroyable. Le Mali est un grand pays de football et je suis convaincu qu’avec ou sans moi, cette équipe finira par gagner sa couronne. C’est un processus, nous avons fait deux quarts de finale consécutifs (2023 et 2025), ce qui montre une certaine régularité.

L’Essor : Que répondez-vous aux critiques d'une partie du public ?

 Tom Saintfiet : Le Mali compte 23 millions d'habitants. Les critiques sur les réseaux sociaux représentent un petit pourcentage, souvent alimenté par des comptes fictifs ou des agendas personnels. Dans la rue, les Maliens sont respectueux et fiers de leur équipe. La critique fait partie du football, je l'accepte, elle nous aide à progresser. Mais je resterai toujours le premier défenseur de mes joueurs. Pour moi, ce sont des héros.

Interview réalisée par

Seïbou S. KAMISSOKO


*****


Aigles : Chronique d’une ambition restée au milieu du gué

 

Si le sélectionneur Tom Saintfiet peut se targuer d'avoir rendu le Mali difficile à battre, il n'a pas réussi à en faire une équipe qui gagne. Le constat est implacable. Durant cette CAN Maroc 2025, le Mali a atteint les quarts de finale sans remporter une seule victoire en 90 minutes. Ce manque d'efficacité ne date pas d'hier. Déjà lors des éliminatoires du Mondial 2026, les Aigles ont multiplié les partages de points frustrants contre des adversaires théoriquement à leur portée.

Le système Tom Saintfiet, souvent jugé trop prudent, a fini par brider le potentiel offensif d'une génération dorée, transformant le «beau jeu» malien en une attente stérile de l'erreur adverse. Mais qu'est ce qui n'a pas réellement marché pour les Aigles à l’occasion de cette 35è édition de la CAN ?  à notre avis, on peut résumer l’élimination prématurée du Mali en trois points.



Primo, le déficit d'audace tactique du technicien belge qui a privilégié un bloc bas et compact au détriment du secteur offensif. En effet, si cette approche de Tom Saintfiet a stabilisé la défense, elle a isolé les attaquants. Des joueurs créatifs comme Mamadou Sangaré se sont souvent retrouvés sans solutions de relais, obligés de multiplier les exploits individuels. Secundo, la gestion de l’effectif. Certains choix du sélectionneur national dans le onze de départ et des remplacements tardifs lors des matches cruciaux ont laissé les observateurs perplexes.

Tertio, la fracture de la communication qui a été lourde. C'est sans doute le point le plus critique. Tom Saintfiet a multiplié les sorties médiatiques maladroites. En minimisant parfois publiquement le niveau de ses joueurs par rapport aux «cadors» du continent, il a instauré un climat de défiance. La Fédération malienne de football (Femafoot) n'a pas apprécié ce manque de protection du vestiaire, perçu comme une volonté du technicien belge de se dédouaner en cas d'échec.

Et maintenant ? On sait que l'objectif contractuel de Tom Saintfiet était le dernier carré de la CAN. En s'arrêtant en quarts, le technicien belge perd son bouclier de protection et la question sur son avenir à la tête des Aigles se pose forcément. La Femafoot va-t-elle renouveler sa confiance au sélectionneur national, malgré des résultats largement en deçà des attentes des Maliens avec la non qualification des Aigles à la Coupe du monde 2026 et l’élimination prématurée à la CAN ? Comme le disent les Anglais, Wait and see !

Seibou Sambri KAMISSOKO

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Interview.

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