Chasse au margouillat pendant les vacances scolaires : Les jeunes scolaires s’en délectent

C’est une tradition bien ancrée chez les camarades d’âge qui se promènent ensemble dans les rues du quartier pour chasser ces reptiles. La pratique meuble leur journée, mais renforce surtout leurs liens d’amitié et de fraternité, tout en leur inculquant le goût de l’effort

Publié lundi 17 août 2026 à 09:29
Chasse au margouillat pendant les vacances scolaires : Les jeunes scolaires s’en délectent

Les margouillats capturés sont ensuite dépecés avant d’être grillés mis au feu pour la cuisson

 

La chasse au margouillat, ou « Bassa faga » en bamanankan, peu d’enfants (élèves ou non scolarisés) échappent à ce rituel populaire pendant les grandes vacances. Il n’est pas rare de croiser dans les rues des groupes de gamins dotés de lance-pierres et d’un bâton au bout duquel est noué un hameçon avec une esche. Ils scrutent les murs, les toits des maisons ou les arbres à la recherche de ces reptiles.

Rapide et agile dans son milieu naturel, le margouillat donne du fil à retordre à ses jeunes poursuivants. Le jeu en vaut la chandelle pour qui connaît la succulence de la viande de ce reptile. Une complainte en bamanankan illustre tout le poids de la chasse au gecko (autre nom du margouillat) : « Bassa sogo kadi chè sogo ye, a yiran tchogo de bé ou bo gnogona ». On peut traduire prosaïquement par « la viande de margouillat est plus succulente que la chair de poulet, mais la différence réside dans l’art de cuisiner ». Ce n’est donc pas des efforts vains pour ces jeunes enfants de s’aventurer dans les coins et recoins des quartiers pour traquer ces reptiles

Au sein d’un groupe de chasse au margouillat, chacun a un rôle bien défini. Pendant que certains traquent les reptiles, d’autres les appâtent, tandis qu’un autre groupe à pour tâche d’empêcher le reptile de s’engouffrer dans des crevasses ou fissures des murs des maisons ou de retrouver les branches d’un quelconque arbre. À Lafiabougou, en Commune IV du District de Bamako, la bande de Madou Diarra, 12 ans, est bien décidée à ne pas rentrer bredouille. Un vendredi matin de juillet, le jeune garçon et ses cinq compagnons sillonnent le quartier avec un objectif précis : capturer le plus grand nombre de margouillats.

La chasse est ouverte. La cohorte passe en revue murs, toitures et branches d’arbres pour scruter le moindre mouvement de leur cible. Au détour d’une ruelle, un margouillat perché sur le toit d’une maison a eu le malheur d’attirer leur attention. Aussitôt, toute la bande entre en action. Hameçon en main, l’un des garçons, guidé par les autres, lance son appât avec précision. Quelques instants plus tard, le reptile mord à l’hameçon contenant une petite sauterelle, appât de prédilection pour ce type de chasse. « Même lorsqu’ils rentrent dans les maisons, on les déloge avec des bâtons. Et quand ils grimpent sur les murs, nous les faisons descendre », explique Madou, avant d’ajouter que son équipe chasse presque tous les jours. « Souvent, on peut capturer une vingtaine de margouillats que nous ramenons à la maison pour les griller », raconte le jeune chasseur. Le trophée de chasse est exhibé et enfilé dans une corde. Il témoigne avec un large sourire aux coins des lèvres en saliver déjà avec les premières prises et explique que c’est tout simplement délicieux.

 

VOL DE CONDIMENTS- Selon Madou, les margouillats capturés sont ensuite dépecés avant d’être grillés mis au feu pour la cuisson. Au moment de la cuisson, précise-t-il, chacun apporte son ingrédient pour assaisonner les margouillats. La chasse au margouillat amuse les enfants dans plusieurs quartiers de Bamako. Djicoroni Para est un autre quartier de la Commune IV du District de Bamako où Issa Doumbia, âgé d'une dizaine d'années, pratique cette aventure avec deux camarades d’âge.

Au sein du petit groupe, l'un se charge de guetter le margouillat, un autre apporte l'appât et le troisième se tient prêt à rabattre ou à déloger le reptile lorsqu'il se réfugie dans une fissure ou sous des gravats. Pour le capturer, la clique utilise des moyens rudimentaires comme un bâton doté d’un hameçon, un lance-pierre ou encore un bâton.

Lorsque le reptile se réfugie entre les briques ou dans un trou, ils utilisent également leurs mains, lorsque cela est possible, ou un bâton pour le déloger. Avec l'habitude, les jeunes chasseurs savent où concentrer leurs recherches. Une fois ces reptiles capturés, c’est la fête. « Chacun amène le condiment qu'il peut », raconte Issa qui ne manque pas de laisser entendre que souvent ils volent les petits condiments. À défaut, ils sont simplement grillés au feu. Pour le jeune garçon, l'intérêt du « Bassa faga » réside surtout dans son côté ludique et le plaisir de la pratiquer avec des camarades. Du haut de ses 20 ans, Bekaye Dembélé se remémore. Il a découvert cette chasse à l'âge de 10 ans. « On se retrouvait entre amis et on partait à la chasse », se souvient-il. À l’époque, les enfants ciblaient principalement les maisons en chantier, les dessous des briques ou encore les arbres. Armés de lance-pierres, ils traquaient les margouillats avec un objectif différent de celui observé aujourd'hui. Le jeune homme témoigne qu’il ne s'agissait pas nécessairement de tuer le reptile, mais plutôt de le blesser ou de l'étourdir, afin de pouvoir le capturer vivant pour ensuite l’égorger.

Les méthodes, tout comme les lieux de chasse, ont depuis évolué, constate Bekaye Dembélé. Il indique qu’ils s'aventuraient dans des espaces plus reculés, notamment les zones aéroportuaires ou les quartiers peu peuplés. La canne à hameçon, dit-il, s’est invitée aujourd’hui dans la partie avec comme appât le papillon ou d’autres insectes. Il garde encore à l’esprit l'étape qui suivait la capture. « On se retrouvait quelque part pour les dépecer, puis éventrer avant de les mettre au feu », fait-il savoir. À l'en croire, la préparation se faisait souvent simplement, sans sel ni autre assaisonnement, l'essentiel étant de partager ensemble le butin de chasse.

À Kalaban Coro, Faguimba Kéita, élève en 7è année, est un habitué de cette pratique. Ses deux coéquipiers et lui préfèrent chasser les margouillats avec des bâtons. Il affirme que cette année, ses camarades et lui ont rarement chassé les margouillats. La raison, selon lui, est qu’ils ne savent pas à qui vendre leurs « gibiers » depuis le voyage de la dame qui les achetait. Faguimba Kéita se souvient que l’année dernière, ils pouvaient abattre une trentaine de margouillats par jour. La cliente échangeait ce trophée de chasse contre un billet de 2.000 Fcfa. Une ménagère, âgée de 20 ans, explique sous anonymat que durant son enfance dans leur village, elle suivait les garçons sur la colline pour traquer ces reptiles. Après la chasse, elle était chargée de préparer la viande du margouillat.

Cette tradition qui existe depuis plusieurs générations, selon Mohamed Magassa, un sexagénaire, contribue à renforcer les liens d’amitié et de fraternité entre les enfants, tout en leur inculquant le goût de l’effort. Mais, elle doit affronter les nouvelles technologies qui passionnent les mômes au point qu’ils y consacrent la majeure partie de leur temps de jeux.

Tamba CAMARA

Lire aussi : Hivernage : 13 morts et 2 790 personnes affectées au Mali

Treize personnes ont perdu la vie et 17 autres ont été blessées depuis le début de la saison des pluies au Mali, en raison de différents aléas liés à l’hivernage..

Lire aussi : Hivernage : Les risques d’inondations restent élevés par endroits en septembre

Les risques d’inondations restent élevés par endroits au Mali durant le mois de septembre, en raison de la poursuite des activités pluvio-orageuses, selon le Comité interministériel de gestion des crises et catastrophes..

Lire aussi : Mali : La 7ᵉ promotion de l’École d’État-Major de Koulikoro compte 31 officiers stagiaires

Le Centre d’Instruction Militaire Boubacar Sada SY de Koulikoro a vécu, ce vendredi matin, un moment solennel à l’occasion de la cérémonie de sortie de la 7ᵉ promotion de l’École d’État-Major de Koulikoro (EEMNK), en présence du Gouverneur de la Région de Koulikoro, le Colonel El H.

Lire aussi : Ecole guerre du Mali : La 5è promotion prête à servir l'Afrique

Cette promotion est composée de 27 diplômés issus de neuf pays africains à savoir le Mali, le Burkina Faso, le Cameroun, la Guinée, le Maroc, le Niger, le Sénégal, le Tchad et le Togo.

Lire aussi : Régions de San et de Bandiagara : Une vingtaine de terroristes neutralisés

Dans le cadre de l'opération Dougoukoloko, les Forces armées maliennes, appuyées par leurs partenaires, ont conduit deux opérations aériennes de précision contre des regroupements terroristes dans les régions de San et de Bandiagara les 18 et 19 août 2026. L’information a été communiqué.

Lire aussi : #Mali : La semaine nationale de la jeunesse s’ouvre ce mercredi

La Semaine nationale de la jeunesse (SENAJE) s’ouvre ce mercredi 12 août 2026 au Centre international de conférences de Bamako (CICB) avec l’ambition de mobiliser les jeunes autour des défis liés à la paix, à la sécurité et à la cohésion sociale. Prévue du 11 au 16 août, cette éditi.

Les articles de l'auteur

Sogoniko : Plusieurs voleurs de motos interpellés par la police

Les éléments du Commissaire principal Zeïnabou Walett Ichikan du commissariat de police de Sogoniko ont procédé le 26 août 2026, à l’interpellation de huit individus suspectés de vol et de recel portant sur des motos et de téléphones portables..

Par Tamba CAMARA


Publié lundi 07 septembre 2026 à 09:20

Accident de la circulation au Quartier du Fleuve : Deux morts et plusieurs blessés graves

Un tragique accident de la circulation s’est produit, hier matin au niveau du rond-point de l’École normale supérieure (ENSUP). Un camion de livraison dont le chauffeur a perdu le contrôle de sa mastodonte, est entré en collision avec deux autres véhicules et heurtant sur son passage deux motocyclistes..

Par Tamba CAMARA


Publié mercredi 02 septembre 2026 à 08:35

Jeunesse de la Confédération AES : Utiles échanges avec Bassolma Bazié

Le président de la commission nationale de la Confédération des États du Sahel (CN-CES) a invité les jeunes à s’inscrire dans une dynamique de compréhension de l’histoire de leurs pays. Il a aussi appelé les peuples de la Confédération AES à ne pas se laisser détourner de leur objectif de souveraineté.

Par Tamba CAMARA


Publié jeudi 27 août 2026 à 08:25

Bamako : Le pédophile prend cinq ans de réclusion criminelle

Jugé pour des faits de pédophilie sur une mineure de 11 ans, Issa Téréta (19 ans) a comparu devant la chambre criminelle de la Cour d’appel de Bamako. Les jurés se sont penchés sur son cas avant qu’il ne soit reconnu coupable pour ladite infraction. C’est ainsi que l’accusé a écopé de 5 ans de réclusion criminelle..

Par Tamba CAMARA


Publié mercredi 26 août 2026 à 09:28

Mali : La 7ᵉ promotion de l’École d’État-Major de Koulikoro compte 31 officiers stagiaires

Le Centre d’Instruction Militaire Boubacar Sada SY de Koulikoro a vécu, ce vendredi matin, un moment solennel à l’occasion de la cérémonie de sortie de la 7ᵉ promotion de l’École d’État-Major de Koulikoro (EEMNK), en présence du Gouverneur de la Région de Koulikoro, le Colonel El Hadj Lamine Kapory SANOGO..

Par Tamba CAMARA


Publié vendredi 21 août 2026 à 19:02

#Mali : La 7ᵉ promotion de l’École d’État-Major de Koulikoro compte 31 officiers stagiaires

Le Centre d’Instruction Militaire Boubacar Sada SY de Koulikoro a vécu, ce vendredi matin, un moment solennel à l’occasion de la cérémonie de sortie de la 7ᵉ promotion de l’École d’État-Major de Koulikoro (EEMNK), en présence du Gouverneur de la Région de Koulikoro, le Colonel El Hadj Lamine Kapory SANOGO..

Par Tamba CAMARA


Publié vendredi 21 août 2026 à 18:39

Sadiola : Le vol du coffre-fort tourne au vinaigre

Les éléments de la brigade de recherches (BR) du Commissariat de police de Sadiola viennent de mettre la main le 16 août 2026 dernier, sur quatre individus particulièrement dangereux. Ces bandits de grand chemin sont suspectés d’être impliqués dans une sale histoire de coffre-fort..

Par Tamba CAMARA


Publié vendredi 21 août 2026 à 10:03

L’espace des contributions est réservé aux abonnés.
Abonnez-vous pour accéder à cet espace d’échange et contribuer à la discussion.
S’abonner