Cour d’Assises de Kayes : Sept accusés condamnés à mort pour l’esclavage par ascendance

La justice a joint l’acte à la parole en infligeant le 27 février 2023 de lourdes peines à des personnes accusées de crimes liés à la pratique de l’esclavage par ascendance dans les Régions de Kayes, Kita et Nioro.

Publié mardi 07 mars 2023 à 06:44
Cour d’Assises de Kayes : Sept accusés condamnés à mort pour l’esclavage par ascendance

Le verdict de la 1ère affaire de l’esclavage prononcé par une session spéciale de la Cour d’assises de Kayes fait état de sept condamnations à la peine de mort, une condamnation à la peine de réclusion criminelle et trois acquittements. Les accusés Mohamed Diawara, Ousmane Cheickné Yattabaré, Moussa Sissoko dit Papa, Djibril Badiaga, Ousmane Diarrisso, Hamet Diawara et Mohamed Diaby ont tous été condamnés à la peine de mort.


Lamba Cissé écope, lui, d’une peine de réclusion de cinq ans. Cependant, les autres accusés Yaya Yattabaré, Mahamadou Sylla et Mamadou Diawara dit Hamé ont bénéficié d’un acquittement.

Ces personnes condamnées payent ainsi les frais de leur obstination à commettre des crimes odieux et des actes de pillages et de vandalisme dans le but d’entretenir l’esclavage, une pratique ancestrale devenue source de vives tensions dans les Régions de Kayes, Kita et Nioro.

Rappelons que la chambre d’accusation de la Cour d’appel de Kayes avait inculpé ces accusés le 22 septembre 2022 d’association de malfaiteurs, d’assassinats, de tentative d’assassinats et de complicité d’assassinats, de pillages, de violation de domicile, de coups et blessures volontaires, de discrimination ethnique. Des infractions qui sont punies par les articles 175, 199, 200 et 207 du Code de procédure pénale.

À l’origine, l’esclavage par ascendance ou l’esclavage coutumier était considéré comme une pratique qui renforçait la cohésion sociale. Au fil du temps, cette pratique est devenue une source de tension, menaçant du coup la quiétude sociale, l’ordre public et le vivre-ensemble. Surtout que certaines personnes se sentent supérieures aux autres du fait de leur statut de noble hérité de leurs parents.

Mécontentes du statut que leur confère la société, certaines personnes dites «esclaves» ont créé l’association «Gambana (terme soninké signifiant : nous sommes tous égaux en droits et devoirs) en 2017 pour lutter contre l’esclavage par ascendance. Avec la création de cette association, la crise a pris de l’ampleur à Diandoumé dans la Commune rurale de Gogui (Région de Nioro du Sahel) quand les sieurs Mountaga Diarrisso, Youssouf Sissoko, Mahamadou Sylla et Mamoudou Sissoko, tous membres de Gambana, avaient commencé à combattre vigoureusement l’esclavage par ascendance. Mountaga Diarrisso et Mahamadou Sylla ne cessaient de parcourir le village à moto, en faisant un safari.

Ayant considéré cela comme une provocation, certains jeunes du village (Djibril Badiaga, Mohamed Diaby, Cheickné Yattabaré, Mamadou Diaby dit Hamet, Aboubacar Diaby, Moussa Sissoko dit Pap) ont agressé Mahamadou Sylla qui s’est caché au domicile de son ami pour échapper au lynchage. Mais les assaillants se sont rendus chez lui pour saccager ses biens. Ils ont également détruit ses vivres et emporté 850.000 Fcfa et 5 grammes d’or appartenant à sa femme.

Après avoir fait ce constat, Mahamadou Sylla était obligé de rebrousser chemin pour se réfugier dans une chambre de son ami, Mountaga Diarrisso. Mais il sera déniché et cueilli par ses poursuivants qui l’ont agressé à l’aide de gourdins et d’autres objets contendants. Mountaga Diarrisso qui a essayé de défendre son ami, a été battu à mort. Les assaillants se sont violemment attaqués à d’autres membres de sa famille, avant de se livrer à des scènes de pillages et de vandalisme.



À la suite de ces incidents, les sieurs Modibo Diawara, Mohamed Diaby, Ibrahim Diaby, Djibril Badiaga, Cheickné Yattabaré, Ali Cissoko, Moussa Sissoko et une dizaine d’autres personnes ont été interpellés. Et une information judiciaire a été ouverte contre Djibril Badiaga et 48 autres personnes pour les mêmes infractions.

Me Wali Mamadou Diawara avait présenté une requête le 19 octobre 2020 à la chambre d’accusation de la Cour d’appel de Kayes pour dessaisir le juge de Nioro du Sahel de cette affaire. Le procureur général de la Cour d’assises a pris l’affaire en main le 12 avril 2021.


Bandé Moussa SISSOKO / AMAP - Kayes

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