D’après l’enseignante-vacataire à la Faculté des sciences administratives et politiques (Fsap) de Bamako, Fatoumata H. Traoré Samaké, la décision du Mali de retirer sa reconnaissance à la République arabe sahraouie démocratique (RASD) est un repositionnement diplomatique majeur, politique, stratégique et géopolitique. « Ce n’est pas un simple geste symbolique, c’est l’affirmation d’une nouvelle hiérarchie des priorités diplomatiques maliennes, où priment désormais la défense de l’intégrité territoriale, la stabilité sous régionale et la recherche de partenariats jugés utiles et cohérents avec les intérêts nationaux », a-t-elle expliqué.
Sur le fond, a poursuivie l’universitaire, cette décision traduit aussi une lecture réaliste du rapport de forces international. D’après Fatoumata H. Traoré Samaké, les autorités maliennes constatent que, sur le dossier du Sahara, une partie croissante des États africains et de partenaires internationaux s’oriente vers le soutien au plan marocain d’autonomie. « Dans cette perspective, le Mali ne se place pas en marge d’une évolution diplomatique, il choisit d’en être un acteur », a-t-elle précisé. Avant de souligner que cette décision possède une forte dimension doctrinale pour Bamako.
Pour la professeure de droit, un État qui fait de l’intégrité territoriale et de la lutte contre les dynamiques de fragmentation un principe cardinal de sa politique extérieure est logiquement porté à soutenir, chez ses partenaires, des solutions privilégiant la souveraineté étatique plutôt que les logiques sécessionnistes. « Il y a donc, derrière cette annonce, une volonté de cohérence diplomatique : défendre chez soi ce que l’on estime légitime chez un partenaire », a souligné Fatoumata H. Traoré Samaké.
D’après elle, cette décision s’inscrit aussi dans un contexte régional tendu entre le Mali et l’Algérie, soutien historique du Front Polisario. Selon l’universitaire, cette dégradation des relations entre les deux pays ne signifie pas que la décision malienne se réduit à une logique d’alignement contre Alger. « Mais il serait naïf de nier que le contexte régional a accéléré et durci le choix diplomatique de Bamako », a-t-elle expliqué. Et de poursuivre : « La bonne lecture est donc celle d’un choix d’intérêt national, renforcé par un environnement géopolitique devenu plus polarisé ».
Pour la professeure de droit, le premier avantage pour le Mali est un gain diplomatique immédiat dans sa relation bilatérale avec Rabat. L’annonce a été déjà accompagnée de signaux politiques concrets avec la fin de l’autorisation électronique de voyage au Maroc pour les ressortissants maliens et l’augmentation du nombre de bourses à 300 à partir de l’année prochaine, a-t-elle rappelé. Sans oublier le respect de Rabat pour l’intégrité territoriale du Mali.
Autrement
dit, a précisé Fatoumata H. Traoré Samaké, Bamako transforme un geste
diplomatique en rendements politiques visibles pour ses citoyens et pour son
appareil d’État. Pour elle, le deuxième avantage est économique et
logistique. Soulignant que le Mali est un pays enclavé, elle a indiqué que dans
ce contexte, la consolidation de son partenariat avec Rabat peut ouvrir des
opportunités en matière de commerce, de transit, d’investissements, de
formation, de finances et d’accès aux corridors atlantiques.
D’autres avantages de cette décision pour notre pays sont sécuritaire, politico-stratégique, humain et sociétal, a souligné l’universitaire. « Dans une période où Bamako cherche des partenariats lisibles, non ambigus et politiquement convergents, Rabat lui offre un appui diplomatique utile sur la scène africaine et internationale », a-t-elle fait savoir. Toutefois, a nuancé Fatoumata H. Traoré Samaké, les avantages potentiels seront réels à condition que le geste diplomatique soit converti en agenda opérationnel.
Bembablin DOUMBIA
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