Avec la situation conflictuelle qui prévaut actuellement au Moyen-Orient, l’Université Kurukanfuga de Bamako (UKB) a organisé une conférence-débats sur le thème : «guerre états-Unis/Israël contre l’Iran : quels enjeux, quelles implications pour le Mali ?». C’était hier à la Faculté des sciences administratives et politiques (FSAP) sur la colline de Badalabougou. La cérémonie d’ouverture des débats a été présidée par le ministre de l’Enseignement supérieur et de la Recherche scientifique, Bouréma Kansaye. L’activité a également enregistré la présence du recteur par intérim de l’UKB, Pr Paul Traoré ainsi que celle du doyen de la FSAP, Cheick Hamala Touré. Les conférenciers étaient Abdoul Sogodogo et Aly Tounkara (experts en sécurité au Sahel) et l’économiste Modibo Mao Macalou. La modération des débats était assurée par l’ancien ministre de l’Agriculture et ex-secrétaire général de la Présidence de la République, Baba Berthé.
Au cours de son intervention, le recteur par intérim de l’UKB est revenu sur la raison pour laquelle son établissement a initié cette rencontre de portée majeure. Pour Pr Paul Traoré, la raison est que l’UKB ne pouvait pas rester en marge du débat mondial en cours autour du conflit qui embrase le Moyen-Orient. Il ajoutera que son Université a organisé ce cadre d’échanges au profit des étudiants dans le but d’approfondir leurs connaissances sur le sujet abordé et leur permettre de cerner tous les contours relatifs aux enjeux et implications géopolitiques, sécuritaires et économiques qui peuvent résulter de ce conflit. Au regard des risques d’effets de domino que ce conflit pourrait provoquer sur le continent africain par ricochet au Mali, le recteur par intérim a souligné que l’UKB devrait donc jouer ce rôle d'avant-gardiste. D’autant plus que, selon lui, la mission de son Université est d'assurer non seulement la formation initiale, la formation continue, mais aussi la formation universitaire ainsi que la formation post-universitaire dans le domaine du droit des sciences politiques et des sciences administratives.
Saluant la pertinence du thème, le ministre de l’Enseignement supérieur et de la Recherche scientifique a laissé entendre que ce conflit pourrait nous affecter sous trois dimensions. Pr Bouréma Kansaye a mentionné la sécurité, l’économie et la souveraineté. Concernant le dernier volet évoqué, le ministre dira que cela impliquera une vigilance constante, une capacité à naviguer avec discernement entre les blocs, à résister aux injonctions qui limiteraient notre autonomie décisionnelle. D’après lui, c'est dans ce contexte que l'éducation, la formation du citoyen et la recherche scientifique prennent toute leur dimension et toute leur responsabilité. « Notre rôle n'est pas seulement de transmettre le savoir, mais de le créer, de le déconstruire, de confronter les concepts et les théories dominantes aux réalités du monde. Nous devons former des esprits critiques, des analystes conscients, des chercheurs capables d'apporter des solutions concrètes et innovantes », a-t-il fait savoir. Et de soutenir que l'époque où l'on pouvait considérer les conflits internationaux comme des affaires étrangères à nos propres destins est révolu.
Pour Pr Aly Tounkara, avec la tension autour du détroit d’Ormuz où passeraient 20% du pétrole mondial et du gaz liquéfié, les opérations militaires pourraient être affectées chez nous. D’après l’expert en sécurité au Sahel, les opérations militaires aussi terrestres que aériennes pourraient en pâtir du fait d’une éventuelle rareté voire de cherté de ces produits pétroliers dont nous sommes de grands importateurs. Face à ce genre de situation, l’enseignant-chercheur à l’Université Yambo Ouologuem de Bamako a mis l’accent sur la nécessité de songer dorénavant à constituer des stocks de réserve afin de pouvoir anticiper de telles situations à l’avenir.
De son côté, Modibo Mao Macalou croit savoir que les impacts de ce conflit pour notre pays et même pour l’Afrique pourraient être colossaux dans la mesure où « nous allons » vers un nouveau choc énergétique. D’après lui, l’explosion des prix de l’énergie va forcément avoir des répercussions sur l’ensemble des biens et services qui seront produits. « Cela va faire que le pouvoir d’achat des populations va diminuer avec des effets sur l’alimentation, le transport, le logement. Il va falloir prendre des mesures pour pouvoir faire face à toutes ces situations », a préconisé l’économiste. Pr Abdoul Sogodogo a, quant à lui, évoqué une implication religieuse pour notre pays avec la possibilité de voir des manifestations de solidarité pour les religieux d’obédience chiite. L’Iran étant un pays à très grande majorité chiite.
Alassane Cissouma
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