Hivernage : Les ingrédients pour une bonne campagne agricole

La saison pluvieuse est scrutée à la loupe par les producteurs. Mais, la pluie n’est pas le seul facteur de bonne production agricole, les engrais, la lutte contre les déprédateurs et les entretiens sont aussi indispensables

Publié jeudi 16 juillet 2026 à 09:07
Hivernage : Les ingrédients pour une bonne campagne agricole

Une pluviométrie régulière favorise une bonne germination et une croissance harmonieuse des cultures

 

Avec l’installation progressive de l’hivernage, les grandes zones agricoles retrouvent leur animation. De Koutiala à Sikasso, en passant par Bougouni, Ségou et d’autres localités du pays, les tracteurs labourent les champs, les semoirs sont à l’œuvre et les premières levées apparaissent dans les exploitations.

Après plusieurs mois d’attente, les producteurs ont renoué avec les travaux champêtres, nourrissant l’espoir d’une campagne abondante. Mais cet optimisme reste mesuré. Les agriculteurs savent que les premières pluies ne suffisent pas à garantir une bonne récolte. Une longue interruption des précipitations, un retard dans l’approvisionnement en engrais ou une recrudescence des ravageurs pourraient rapidement compromettre les efforts déjà consentis.

Selon Mali-Météo, la réussite de la campagne ne dépend pas uniquement du volume d’eau enregistré au cours de la saison. La répartition des pluies dans le temps demeure un facteur déterminant pour le développement des cultures. «Le bilan est encore mitigé. Nous sommes déjà au mois de juillet et, même s’il pleut dans plusieurs localités, les cumuls pluviométriques restent inférieurs aux attentes dans une grande partie du pays», explique Amadou Diakité, chef du Service des prévisions de Mali-Météo.

D’après lui, cette situation s’explique en partie par les effets du phénomène climatique El Niño, qui influence la répartition des précipitations et favorise une hausse des températures, accentuant ainsi la variabilité climatique. Le spécialiste invite toutefois à éviter toute conclusion hâtive. «Nous sommes seulement au début de la saison. Les prévisions sont régulièrement actualisées et la situation peut évoluer. Il est donc prématuré d’affirmer que la campagne sera mauvaise », souligne-t-il.

 

DES PLUIES RÉGULIÈRES POUR ASSURER DE BONS RENDEMENTS- Pour les spécialistes de la météorologie, ce n’est pas tant la quantité d’eau qui détermine les rendements que sa bonne répartition tout au long du cycle des cultures. Une pluie abondante suivie d’une longue période sèche peut provoquer un stress hydrique, ralentir la croissance des jeunes plants et obliger certains exploitants à reprendre les semis. «Ce qui intéresse le producteur, ce n’est pas uniquement la quantité d’eau tombée, mais surtout la manière dont les pluies sont réparties pendant les différentes phases de développement des cultures», précise Amadou Diakité. Une pluviométrie régulière favorise une bonne germination, une croissance harmonieuse des cultures et une meilleure efficacité des fertilisants. À l’inverse, les pauses pluviométriques prolongées réduisent le potentiel de production.

Les premiers effets de ces irrégularités sont déjà observés dans certaines zones de Koutiala, de Ségou et du Centre, où des séquences sèches ont été enregistrées. En revanche, dans plusieurs localités de Sikasso, de Bougouni et du Sud, l’installation de l’hivernage est jugée satisfaisante. Malgré ces disparités, les prévisions saisonnières de Mali-Météo restent encourageantes. Elles annoncent une campagne agricole normale à légèrement excédentaire sur une grande partie du territoire national. Les services météorologiques recommandent néanmoins aux producteurs de rester vigilants face aux risques de fortes pluies, d’inondations, de maladies des cultures et d’attaques de ravageurs.

 

LA MÉTÉO AU SERVICE DES DÉCISIONS AGRICOLES- Face aux effets croissants du changement climatique, les informations météorologiques deviennent un véritable levier de décision pour les agriculteurs. Mali-Météo renforce son accompagnement à travers la collecte et l’analyse de données issues des satellites, des stations météorologiques et des observations atmosphériques.

Ces informations sont transformées en bulletins agro-météorologiques diffusés par les radios de proximité, souvent en langues nationales, afin d’aider les exploitants à choisir les périodes de semis, les variétés adaptées et les pratiques culturales les plus appropriées. Le dispositif s’appuie également sur les groupes d’assistance agro-météorologique qui assurent un accompagnement de proximité des producteurs.

Cette année, l’Agence nationale de la météorologie prévoit d’aller plus loin avec un service de SMS météo qui permettra aux agriculteurs abonnés de recevoir directement des alertes et des prévisions actualisées. Pour Amadou Diakité, ces innovations contribueront à renforcer la résilience des exploitations agricoles face aux aléas climatiques. Il encourage les producteurs à suivre régulièrement les bulletins agro-météorologiques et à respecter les calendriers culturaux adaptés à chaque zone agro-écologique.

 

ACCÉLÉRER L’ACHEMINEMENT DES INTRANTS- Si la pluie reste au cœur des préoccupations, la disponibilité des intrants constitue une autre inquiétude majeure, notamment dans les bassins cotonniers. À Gouantiesso, près de M’Pessoba dans la Région de Koutiala, les producteurs dénoncent le retard dans la livraison des engrais. Les semis de coton ont été réalisés dès les premières pluies et les jeunes plants sont déjà bien visibles. Mais l’absence d’engrais pourrait compromettre leur développement.

« Nous sommes en contact permanent avec notre chef de secteur. Il nous rassure que les engrais arriveront, mais jusqu’à présent nous n’avons encore rien reçu», confie Tahirou Dembélé, secrétaire d’une association villageoise regroupant une quarantaine de producteurs. Exploitant deux hectares de coton semés depuis le 12 juin, il estime que les prochaines semaines seront décisives. «Nos terres sont aujourd’hui moins fertiles qu’autrefois. Pour obtenir de bons rendements, nous avons besoin des engrais chimiques. Si les intrants tardent encore, cela risque d’avoir des conséquences sur la production », prévient-il.

Même constat chez Lassina M’Pè Dembélé, autre cotonculteur du village, qui affirme que seules quelques organisations paysannes auraient reçu une faible quantité d’engrais. Les producteurs demandent ainsi une accélération de l’acheminement des intrants afin d’éviter que ces retards n’affectent les performances de la filière coton, pilier économique de nombreuses familles rurales.

À ce stade de la saison, l’espoir demeure dans les campagnes maliennes. Les producteurs poursuivent les semis et les travaux d’entretien avec la conviction qu’une bonne répartition des pluies, associée à une mise à disposition rapide des intrants, permettra d’obtenir des récoltes satisfaisantes. Plus que jamais, la campagne agricole 2026 se jouera sur plusieurs fronts : une météo favorable, un accompagnement technique efficace et une logistique performante pour l’approvisionnement en engrais. Autant de facteurs qui détermineront, dans les mois à venir, les rendements agricoles et la sécurité alimentaire du pays.

Makan SISSOKO

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