Kouyaté Goundo Sissoko, présidente de la Cafo : « Les femmes sont des actrices et forces de proposition »

A l’instar des autres pays à travers le monde, le Mali célèbre la Journée internationale de la femme, le dimanche prochain. C’est dans cette mouvance de célébration du 8 mars que la présidente de la Coordination des associations et ONG féminines du Mali (Cafo), Mme Kouyaté Goundo Sissoko, nous a accordé une interview dans laquelle, la spécialiste des questions de genre, de changement climatique et de résilience

Publié vendredi 06 mars 2026 à 08:44
Kouyaté Goundo Sissoko, présidente de la Cafo : « Les femmes sont des actrices et forces de proposition »

communautaire évoque le sens de cette journée, les défis et le rôle des femmes dans un pays en crise. La détentrice de Maîtrise en sciences économiques revient largement sur ses motifs de satisfaction et les états généraux de la situation de la femme, de l'enfant et de la famille dont le rapport a été remis récemment au Président de la Transition, le Général d’armée Assimi Goïta

 

L’Essor : Quelle symbolique incarne, selon vous, le 8 mars ?

Kouyaté Goundo Sissoko: Le 8 mars incarne à la fois la reconnaissance des luttes historiques des femmes et un appel à l’action. Ce n’est pas seulement une célébration, mais un moment d’évaluation, d’engagement et de responsabilité collective. C’est une journée qui rappelle que les droits acquis doivent être consolidés et surtout appliqués.

        

L’Essor : Est-ce que cette journée internationale de la femme garde encore toute sa valeur pour vous?

Kouyaté Goundo Sissoko: Absolument. Elle garde toute sa valeur, peut-être même davantage aujourd’hui. Dans un contexte de mutations sociales, économiques et sécuritaires, le 8 mars est un repère qui permet de recentrer les priorités sur l’égalité, la justice sociale et la dignité des femmes.

 

L’Essor : Dans le contexte du Mali, que pouvons-nous retenir comme challenges ou défis auxquels les femmes sont confrontées?

Kouyaté Goundo Sissoko: Au Mali, les défis restent nombreux; à savoir les violences basées sur le genre ; les mariages précoces ; la précarité économique et l’accès limité aux ressources productives ; la sous-représentation dans certaines instances décisionnelles ; l’impact du contexte sécuritaire sur les femmes dans les zones affectées par l’insécurité. Ces défis exigent des réponses structurelles et durables.

L’Essor: En termes d'avancée dans la situation de la femme, avez-vous des motifs de satisfaction ?

Kouyaté Goundo Sissoko: Nous avons des motifs réels de satisfaction, notamment sur le plan juridique et institutionnel. Dans le cadre constitutionnel et légal, il y a la Constitution du Mali qui consacre l’égalité et interdit toute discrimination fondée sur le sexe ; la Loi n°2015-052 qui instaure un quota d’au moins 30 % de femmes dans les fonctions nominatives et électives et le Code pénal du Mali qui renforce la répression des violences basées sur le genre et protège la dignité des femmes. Sur le plan politique et stratégie nationale, l’on retient la Politique nationale genre (PNG) qui promeut l’égalité entre les sexes dans tous les secteurs du développement. à cela s’ajoutent les stratégies nationales de lutte contre les violences basées sur le genre qui établissent des mécanismes de prévention, de protection et de prise en charge des victimes.

 Mais aussi l’éveil et l’engagement des organisations féminines. Les associations et mouvements de femmes sont plus structurés, et influents dans le débat public. Elles ne sont plus seulement bénéficiaires de politiques publiques ; elles en sont des actrices et forces de proposition. Ces acquis juridiques et stratégiques, associés à l’engagement des femmes et de leurs organisations, constituent une avancée historique pour le Mali. Le défi reste leur mise en Å“uvre concrète sur le terrain.

L’Essor : Quelle appréciation faites-vous du récent rapport sur les états généraux de la situation de la femme, de l'enfant et de la famille remis au Président de la Transition ?

Kouyaté Goundo Sissoko : Ce rapport constitue une étape importante. Il offre un diagnostic global et participatif de la situation des femmes, des enfants et des familles. Il traduit une volonté politique d’écouter les préoccupations des citoyens et de proposer des solutions adaptées aux réalités nationales. L’essentiel maintenant est de transformer ces recommandations en actions concrètes, budgétisées et suivies.

 

L’Essor : Pensez-vous qu'avec la mise en œuvre des recommandations de ce rapport, il y aura un impact positif sur la situation des femmes et des enfants dans notre pays ?

Kouyaté Goundo Sissoko : Si les recommandations sont effectivement appliquées avec rigueur et accompagnées de ressources suffisantes, leur mise en œuvre pourrait améliorer l’accès des femmes et des enfants à la justice, à l’éducation, à la santé et aux opportunités économiques. L’impact dépendra de la coordination entre l’État, les collectivités, la société civile et les partenaires.

 

L’Essor : En quoi consiste le rôle des femmes dans la stabilisation du pays, la lutte contre le terrorisme et la désinformation ?

Kouyaté Goundo Sissoko : Les femmes jouent un rôle stratégique dans la cohésion sociale. Elles sont au cœur de la cellule familiale et communautaire, contribuant à l’éducation des enfants, à la prévention de la radicalisation et à la transmission des valeurs de paix.

Elles participent également à la médiation communautaire et à la sensibilisation contre les discours extrémistes et la désinformation. Une paix durable ne peut être construite sans leur implication active.

 

L’Essor : Avez-vous un appel à lancer à l'endroit des femmes maliennes ?

Kouyaté Goundo Sissoko : J’invite les femmes maliennes à renforcer leur solidarité et à investir pleinement les espaces de décision.

 Les textes juridiques existent, les principes d’égalité sont reconnus. Il nous appartient désormais de les traduire en réalités concrètes dans notre quotidien. Le 8 mars 2026 nous rappelle que la promotion de la femme ne relève pas uniquement d’une exigence d’équité ou de justice sociale. Elle constitue un levier stratégique pour la stabilité, la paix et le développement durable du Mali.

J’encourage donc toutes les femmes à continuer à se former, à entreprendre, à faire entendre leur voix et à participer activement à la construction d’un Mali stable, juste et prospère. Notre engagement collectif est une force essentielle pour l’avenir de notre nation.

 

 

Interview réalisée par

Namory KOUYATE

Lire aussi : Mme Diarra Racky Talla : «Les membres femmes du CNT contribuent activement à la mise en œuvre du processus de refondation»

Dans les lignes qui suivent, la 5è vice-présidente du Conseil national de Transition (CNT) évoque le rôle des femmes parlementaires dans le processus de refondation en cours dans notre pays. Mme Diarra Racky Talla revient également sur l’application de la loi 052 depuis le début du processus.

Lire aussi : Diplomatie proactive : Avec la pleine implication des femmes du ministère des Affaires Etrangères

La diplomatie proactive adoptée par les autorités de la Transition se fait avec une pleine implication des femmes. Le poste stratégique du Conseiller diplomatique du Chef de l’État est aujourd’hui occupé par une femme et quatre autres dames sont à des postes d'ambassadeur à l'étranger. S.

Lire aussi : Refondation de l’État : Des acquis en faveur de la femme

Il s’agit notamment des progrès dans l’application de la loi 052 relative à la promotion du genre dans les fonctions nominatives et électives, et de la promulgation du Code de procédure pénale dont l’application correcte pourrait contribuer à réduire certaines injustices.

Lire aussi : Renaissance culturelle et citoyenne : Le leadership féminin au cœur de la Refondation

Dans la mise en œuvre de la vision refondatrice du Président de la Transition, le Général d’armée Assimi Goïta, les femmes se présentent comme des modèles incontournables. Elles incarnent la mémoire vivante du pays et la résilience du foyer face aux changements socio-politiques..

Lire aussi : L’écrivaine Fatoumata Keïta à propos de la refondation : «Une volonté affichée de rupture avec l’ordre ancien»

Dans cette interview, l’écrivaine Fatoumata Keïta évoque les grandes avancées du processus de refondation, déclenché par les autorités du pays. La figure emblématique de la littérature malienne met en lumière, le rôle crucial des femmes et dénonce les obstacles qui freinent leur Ã.

Lire aussi : Refondation de l’État : Les femmes ne restent pas en marge du processus

La refondation implique de repenser la gouvernance, renforcer la démocratie, lutter contre la corruption et adapter les institutions aux réalités socioculturelles. Les femmes qui restent des actrices de développement s’y engagent à fond pour redonner au pays son lustre d’antan.

Les articles de l'auteur

Dr Fodié Tandjigora à propos de l’Année de l’éducation et de la culture : «Nos programmes d’enseignement peuvent être bien nourris par nos contenus culturels»

L’enseignant-chercheur, sociologue de son état à l’université Yambo Ouologuem de Bamako nous livre son analyse, dans cette interview qu’il nous a accordée, en se focalisant sur les valeurs endogènes pour bâtir le Mali Kura. Dr Fodié Tandjigora, en sa qualité de spécialiste des questions de changement social, opte également pour le non-rejet systématique de la culture d’autrui.

Par Namory KOUYATE


Publié jeudi 05 mars 2026 à 08:49

Remise de vivres : Le CDM au chevet des nécessiteux

Le Collectif pour la défense des militaires (Cdm) a procédé, hier à la mosquée de Fadjiguila en Commune I du District de Bamako, à la remise de kits alimentaires aux fidèles musulmans. La cérémonie présidée par le secrétaire général du Cdm, Younouss Soumaré, avait pour parrain Fassalouma Keïta dit Bemba national..

Par Namory KOUYATE


Publié lundi 02 mars 2026 à 09:10

Enseignement supérieur au Mali : À l’aune de la Refondation de l’État

Le maître de conférences à l’Université Yambo Ouologuem de Bamako (UYOB) diagnostique l’enseignement supérieur au Mali, en évoquant les contraintes liées à la création de l’Université, au passage du système Licence-master-doctorat (LMD) et à son adaptation au contexte de renouveau. Dr Moriké Dembélé propose ses recettes pour relever ce secteur.

Par Namory KOUYATE


Publié mercredi 25 février 2026 à 08:55

Concertations sur les conditions de création des partis politiques : Un appel à l’apaisement et à l’inclusion

Dans son discours de nouvel an, le 31 décembre 2025, le Président de la Transition, le Général d’armée Assimi Goïta, a déclaré que l’année 2026 ouvrira le chantier des concertations nécessaires autour de l’avant-projet de loi déterminant les conditions de formation et d’exercice des activités des partis politiques, prévu à l’article 39 de la Constitution du 22 juillet 2023..

Par Namory KOUYATE


Publié mardi 24 février 2026 à 08:44

SIGRH : Au-delà du délai de grâce

Le processus de l’enrôlement des agents au Système intégré de gestion des ressources humaines des fonctions publiques de l’État et des collectivités (SIGRH) s’est étendu de mai 2022 à septembre 2024. En 2026, il se poursuit encore en vue de réduire considérablement les contestations à propos des 36.151 travailleurs «fictifs». Tel est l’un des challenges du nouveau ministre de la Refondation de l’État, chargé des Relations avec les Institutions, Yaya Gologo.

Par Namory KOUYATE


Publié vendredi 20 février 2026 à 08:40

Coopération Mali-Union européenne : Sur la base d’une nouvelle approche

Après le Niger et le Burkina-Faso, le représentant spécial de l’Union européenne (UE) pour le Sahel, Joâo Cravinho, à la tête d’une forte délégation, a eu, le mardi 17 février au département des Affaires étrangères et de la Coopération internationale, un entretien avec le ministre Abdoulaye Diop et son collègue chargé des Maliens établis à l’Extérieur et de l’Intégration africaine, Mossa Ag Attaher..

Par Namory KOUYATE


Publié jeudi 19 février 2026 à 08:45

Mécanismes d’investissement en consolidation de la paix : Évaluation de la mise en œuvre des projets en 2025

La 2è réunion du comité de pilotage des mécanismes d’investissement en consolidation de la paix au Mali s’est tenue, le jeudi 12 février, au ministère des Affaires étrangères et de la Coopération internationale, sous la coprésidence du ministre Abdoulaye Diop et de son collègue de la Réconciliation, de la Paix et de la Cohésion nationale, le Général de corps d'armée Ismaël Wagué..

Par Namory KOUYATE


Publié lundi 16 février 2026 à 08:51

L’espace des contributions est réservé aux abonnés.
Abonnez-vous pour accéder à cet espace d’échange et contribuer à la discussion.
S’abonner