Une vue des participants à l’atelier
Ne pas attendre l’évaluation pour se préparer. C’est le pari fait par les autorités et les acteurs impliqués dans la lutte contre les flux financiers illicites. Pendant quatre jours, la Cellule nationale de traitement des informations financières (CENTIF), en collaboration avec le Groupe intergouvernemental d’action contre le blanchiment de capitaux en Afrique de l’Ouest (GIABA), réunit les différentes parties prenantes autour de l’atelier national de pré-évaluation du troisième cycle d’évaluation mutuelle du Mali.
La rencontre doit permettre aux institutions concernées de mieux cerner les exigences du processus, d’évaluer les avancées enregistrées et d’identifier les domaines nécessitant encore des efforts. Elle constitue une étape préparatoire majeure avant la mission d’évaluation mutuelle prévue en août 2027.
La cérémonie d’ouverture était présidée par Boniface Sanou, président de la Commission nationale de coordination de la lutte contre le blanchiment de capitaux et le financement du terrorisme (Conaka), représentant le ministre d’État, ministre de l’Économie et des Finances. Il était entouré du président de la CENTIF, Mohamed Bouba Traoré, et du Coordonnateur de l’évaluation mutuelle du GIABA, Madické Niang.
Dans son intervention, Mohamed Bouba Traoré a rappelé les progrès accomplis par le Mali, notamment sa sortie du processus de suivi renforcé de l’International Cooperation Review Group (ICRG) du Groupe d’action financière (GAFI) en juin 2025. Une avancée importante qui, selon lui, impose désormais de « consolider les acquis et de poursuivre les efforts avec rigueur ». Le président de la CENTIF a également insisté sur l’importance de disposer de données fiables et de statistiques solides pour démontrer l’efficacité du dispositif national. Car, au-delà de l’adoption des textes et des mécanismes institutionnels, la prochaine évaluation portera davantage sur les résultats concrets obtenus sur le terrain.
Pour Madické Niang, Coordonnateur de l’évaluation mutuelle, le calendrier est déjà fixé. La visite sur place des évaluateurs du GIABA est prévue en août 2027, tandis que le rapport final devrait être examiné et adopté par la plénière du groupe en mai 2028. « Le délai peut sembler long, mais il reste court au regard de l’ampleur du travail préparatoire », a-t-il expliqué.
L’atelier vise ainsi à renforcer les capacités des acteurs publics et privés, à clarifier les responsabilités de chaque institution et à favoriser une meilleure coordination nationale.
Prenant la parole au nom du ministre d’État, ministre de l’Économie et des Finances, Boniface Sanou a salué les efforts consentis par l’ensemble des acteurs ayant contribué à la sortie du suivi renforcé de l’ICRG du GAFI. Il a notamment cité les autorités politiques, les structures de supervision, les services d’enquête et de poursuite ainsi que les partenaires techniques et financiers.
Il a toutefois souligné que le troisième cycle d’évaluation représente un défi majeur. Contrairement aux précédents exercices, celui-ci sera davantage centré sur l’efficacité réelle du dispositif à travers l’analyse des 11 résultats immédiats du GAFI. Sur les 40 recommandations du groupe, le Mali en a déjà obtenu 31 jugées conformes ou largement conformes.
Le maintien du pays au sein du GIABA, malgré son retrait de la CEDEAO, traduit également, selon les responsables, la volonté de poursuivre la coopération régionale dans ce domaine stratégique.
À l’approche de 2027, le défi pour le Mali ne sera donc plus seulement de disposer d’un cadre juridique conforme aux standards internationaux, mais de prouver que ce dispositif produit des résultats mesurables. La prochaine évaluation sera ainsi un véritable baromètre de la capacité du pays à protéger son économie contre les circuits financiers criminels et à renforcer la confiance de ses partenaires.
Abdoul Karim COULIBALY
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