L’Essor: Pouvez-vous nous présenter l’Atelier Luban du Mali et rappeler les principales raisons qui ont conduit à sa création ?
Pr
Boubacar Diarra : L’Atelier Luban du Mali (un programme de coopération initié
par la Chine qui tire son nom de Luban, un grand artisan de l’antiquité
chinoise, symbole de savoir-faire exceptionnel et d’une haute déontologie
professionnelle. Selon la littérature, il a conçu de nombreux outils de
menuiserie, des dispositifs mécaniques et des techniques de construction) est
le seul au monde dédié à la médecine traditionnelle. Il constitue une
importante plateforme de coopération professionnelle sino-malienne dans ce
domaine. Il propose aux apprenants maliens des formations théoriques et
pratiques et favorise les échanges, la formation des talents et le partage des
savoir-faire.
Sa
création s’inscrit dans une dynamique qui remonte aux premières années de
l’indépendance du Mali. Notre pays avait déjà fait le choix de développer sa
médecine traditionnelle, notamment avec la création d’un institut de recherche
spécialisé, parmi les premières structures de ce type en Afrique. L’Atelier
Luban répond ainsi au besoin de structurer la formation professionnelle, de
renforcer les compétences et de favoriser le transfert d’expériences entre la
Chine et le Mali, tout en créant un espace d’échanges entre les médecines traditionnelles
chinoise et malienne.
L’Essor:
Quelles sont les principales formations dispensées au sein de l’Atelier Luban ?
Pr
Boubacar Diarra : Les formations portent notamment sur les fondements
théoriques de la médecine traditionnelle chinoise, l’acupuncture, le massage
Tuina, l’identification et la préparation des plantes médicinales, ainsi que le
diagnostic et la prise en charge de certaines affections, selon les approches
de la médecine traditionnelle. Elles associent enseignements théoriques et exercices
pratiques. L’objectif est de former des techniciens maliens qualifiés et de
renforcer les capacités dans ce domaine. L’acupuncture peut notamment apporter
une contribution dans la prise en charge de la douleur, qui constitue un
véritable défi. Cette pratique existe d’ailleurs au Mali depuis les années
1960.
L’Essor:
Quelle importance revêt la coopération sino-malienne dans le développement de
l’Atelier Luban ?
Pr
Boubacar Diarra : Cette coopération constitue un pilier essentiel du
développement de l’Atelier. Elle associe les structures compétentes des deux
pays, ainsi que les universités maliennes et chinoises partenaires. La partie
chinoise apporte notamment des enseignants, des programmes pédagogiques, des
équipements et des ressources didactiques. Cette collaboration permet aux
apprenants maliens de bénéficier de l’expérience accumulée par la Chine dans le
domaine de la médecine traditionnelle. Elle favorise également le transfert de
techniques et le partage d’expériences, tout en encourageant le dialogue entre
les savoirs médicaux traditionnels chinois et maliens.
L’Essor:
En quoi l’expérience chinoise peut-elle contribuer à la valorisation
scientifique des savoirs et plantes médicinales du Mali?
Pr
Boubacar Diarra : L’expérience chinoise peut nous inspirer dans plusieurs
domaines, notamment la normalisation, la documentation et la conservation des
connaissances traditionnelles. Les méthodes de recherche développées en Chine
peuvent également contribuer à améliorer l’identification botanique, les études
pharmacologiques et l’évaluation de la sécurité des plantes médicinales
maliennes. Il faut aussi renforcer la formation de chercheurs et de techniciens
capables de conduire ces travaux localement. Nous devons favoriser le dialogue
entre médecine traditionnelle et médecine moderne, tout en préservant nos
savoirs endogènes.
La
validation scientifique de certaines pratiques permettra de renforcer leur
reconnaissance et de mieux encadrer leur utilisation. À terme, cette démarche
peut contribuer au développement d’une véritable filière des plantes
médicinales et à l’émergence d’une industrie pharmaceutique traditionnelle
malienne.
L’Essor:
Quels sont vos principaux projets de recherche dans ce domaine ?
Pr
Boubacar Diarra : Nos travaux portent notamment sur l’inventaire des plantes
médicinales maliennes, leur identification botanique et la documentation des
savoir-faire traditionnels. Nous souhaitons également constituer une base de
données sur ces ressources. Nous menons des études pharmacologiques et des évaluations
de sécurité afin d’identifier les principes actifs, d’évaluer l’efficacité et
la toxicité de certaines plantes et de déterminer celles qui présentent un
potentiel de développement. Nous travaillons également sur la mise au point de
produits à base de plantes médicinales maliennes, ainsi que sur la
documentation et la validation scientifique des pratiques thérapeutiques
traditionnelles.
Enfin,
nous voulons établir un lien étroit entre recherche et formation afin que les
résultats obtenus puissent être intégrés aux programmes d’enseignement et
contribuer au renforcement des compétences locales.
L’Essor:
Comment se porte aujourd’hui la médecine traditionnelle malienne ?
Pr
Boubacar Diarra : Elle dispose d’un ancrage populaire très solide et constitue
un complément important du système de santé. Le Mali possède une grande
diversité de plantes médicinales et un riche patrimoine thérapeutique transmis
de génération en génération. Cependant, plusieurs défis persistent. Une partie
importante des savoirs est encore transmise oralement et demeure insuffisamment
documentée. Le dispositif de formation doit être renforcé, tout comme la
recherche scientifique sur l’efficacité et la sécurité des plantes médicinales.
La
fabrication des produits reste également, dans de nombreux cas, artisanale et
le cadre normatif et réglementaire doit être consolidé. C’est pour répondre à
ces défis que l’Atelier Luban entend contribuer, à travers la formation et la
recherche, à une meilleure structuration et à une validation scientifique de la
médecine traditionnelle malienne.
L’Essor:
Vous avez souligné l’importance de la diversité des plantes médicinales
africaines. Que doit faire le Mali pour mieux positionner sa médecine
traditionnelle sur le plan mondial?
Pr
Boubacar Diarra : Le Mali possède une longue expérience dans le domaine. Depuis
les premières années de l’indépendance, nous avons affirmé la nécessité
d’intégrer la médecine traditionnelle au système de santé et mis en place des
structures de recherche spécialisées. Nous devons aujourd’hui poursuivre cette
dynamique en investissant davantage dans la recherche, la formation et la
coopération internationale, notamment avec des pays comme la Chine qui
disposent d’une longue expérience dans la valorisation de leur médecine traditionnelle.
Notre
ambition doit être de parvenir à un niveau de structuration et de
reconnaissance permettant à cette médecine de contribuer davantage aux besoins
de santé des populations, tout en valorisant nos ressources et nos savoirs
endogènes.
L’Essor:
Que faut-il faire pour parvenir à une souveraineté sanitaire à travers la
médecine traditionnelle malienne?
Pr
Boubacar Diarra: L’expérience chinoise montre qu’un pays peut préserver et
valoriser son patrimoine médical tout en développant la médecine moderne. Les
deux approches peuvent coexister et se compléter. Pour le Mali, nous devons
nous appuyer sur nos propres potentialités, mieux documenter nos savoirs,
valoriser nos plantes médicinales, renforcer la recherche et encourager
l’innovation.
La
souveraineté sanitaire passe par notre capacité à connaître, valoriser et
développer nos propres ressources. Cela nécessite des investissements dans la
médecine traditionnelle, le renforcement des compétences, le développement des
infrastructures de recherche et la création des conditions permettant de
produire des médicaments et autres produits de santé, issus de nos ressources
locales. C’est à travers cette démarche que nous pourrons progressivement
renforcer notre autonomie sanitaire et faire de la médecine traditionnelle
malienne un véritable levier de souveraineté.
Entretien réalisé par Moussa M.DEMBÉLÉ
Rédaction Lessor
La Société nationale de tabac et allumettes du Mali (Sonatam) a lancé hier, dans ses locaux, un projet de fourniture et d’installation de kits solaires au profit de 177 de ses travailleurs. La cérémonie était présidée par le directeur général de la société, Youssouf Traoré, en présen.
« Vérifier avant de payer, vérifier avant de partager et vérifier avant de croire ». C’est par cette formule que l’Agence de cessions immobilières (ACI-SA) a lancé, hier, un appel à la vigilance à l’endroit des populations. Confrontée depuis juin 2026 à des cas d’usurpation de son.
Avec une population largement dominée par les jeunes, le Mali fait face à un défi majeur : créer suffisamment d’emplois et préparer les compétences adaptées aux besoins de l’économie. Formation professionnelle, entrepreneuriat, agriculture et secteur privé sont au cœur de la stratégie.
Dans le cadre de la poursuite de leurs missions de sécurisation du territoire national et de la lutte implacable contre le terrorisme à travers l'opération Dougoukoloko, les Forces armées maliennes (FAMa), appuyées par leurs partenaires, ont mené lundi dernier avec succès de nouvelles actions.
À quelques semaines du démarrage des cours, fixé au 1er octobre, les autorités éducatives ont réuni, hier, les représentants des syndicats d’enseignants..
Ces trois dimensions sont intimement liées et constituent les fondements d’une citoyenneté consciente, responsable et solidaire.