Mouhamoud Coulibaly : «La BRVM ouvre une nouvelle voie de financement aux entreprises»

Le directeur par intérim de l’Antenne nationale de la Bourse régionale des valeurs mobilières du Mali explique comment le marché financier régional peut devenir un véritable levier de croissance pour les entreprises, notamment les PME

Publié mercredi 19 août 2026 à 08:48
Mouhamoud Coulibaly : «La BRVM ouvre une nouvelle voie de financement aux entreprises»

La Bourse régionale des valeurs mobilières (BRVM) reste encore méconnue du grand public et de nombreuses entreprises. Pourtant, elle constitue une alternative de financement capable d’accompagner la croissance des sociétés de l’espace Uemoa. À travers l’ouverture de capital ou l’émission d’emprunts obligataires, elle permet aux entreprises de mobiliser des ressources importantes pour investir, renforcer leurs capacités de production et développer leurs activités. Dans cet entretien, le directeur par intérim de l’Antenne nationale de la BRVM, Mouhamoud Coulibaly, revient sur les opportunités offertes par ce marché financier régional et les défis à relever pour une meilleure appropriation par les entreprises et les citoyens.

L’Essor : Quand on parle de financement de l’économie réelle par la BRVM, quels financements arrivent concrètement aux entreprises ?

Mouhamoud Coulibaly : Au niveau de la BRVM, il existe principalement deux types de financements. Il s’agit du financement par ouverture de capital et du financement par emprunt obligataire. Ces mécanismes permettent aux entreprises de mobiliser des ressources importantes pour financer des investissements lourds, comme la construction d’usines, l’extension des activités ou encore le développement de nouveaux projets. Pour les États, les fonds mobilisés sur notre marché servent généralement à financer des projets structurants dans des secteurs prioritaires comme la santé, l’énergie ou les infrastructures. Ils peuvent également contribuer au financement des politiques publiques.

L’Essor : Peut-on mesurer aujourd’hui l’impact de la BRVM sur l’activité économique des entreprises de l’Uemoa ?

Mouhamoud Coulibaly : Aujourd’hui, nous avons 47 sociétés cotées. En cinq ans, la capitalisation boursière a été multipliée par trois, passant d’environ 6.000 milliards à 18.000 milliards de Fcfa. Cela traduit la confiance des investisseurs dans notre marché et témoigne également de la solidité financière des entreprises présentes sur la BRVM. Les sociétés cotées publient régulièrement leurs états financiers et leurs résultats, ce qui permet aux investisseurs d’avoir une meilleure visibilité sur leurs performances.

L’Essor : La BRVM est-elle réservée aux grandes entreprises ou permet-elle également aux PME d’accéder au financement ?

Mouhamoud Coulibaly : La BRVM accompagne les entreprises à différents stades de leur évolution. Nous avons trois compartiments. Le compartiment prestige est destiné aux grandes entreprises avec des critères d’admission plus exigeants. Le compartiment principal concerne les entreprises intermédiaires et le compartiment croissance est spécialement dédié aux petites et moyennes entreprises. La BRVM n’est donc pas uniquement destinée aux grandes sociétés. Elle offre également des opportunités aux PME qui souhaitent franchir un cap dans leur développement.

L’Essor : Pourquoi les PME restent-elles encore peu nombreuses sur le marché financier?

Mouhamoud Coulibaly : La faible présence des PME s’explique principalement par un manque d’information, mais aussi par des difficultés liées à la production d’états financiers fiables et solides. Cependant, il existe aujourd’hui des mécanismes d’accompagnement avec les intermédiaires financiers pour aider les PME à préparer leur entrée sur le marché, avant et après la cotation. L’objectif est de les accompagner dans tout le processus.

L’Essor : Pour une PME, pourquoi choisir la BRVM plutôt qu’un financement bancaire classique ?

Mouhamoud Coulibaly : La BRVM offre un avantage majeur : elle permet aux PME de lever de l’argent frais sans avoir à supporter la contrainte du remboursement. Lorsqu’une entreprise ouvre son capital, les fonds mobilisés ne constituent pas une dette. L’entreprise peut donc développer ses activités avec plus de sérénité. Autre avantage, il n’est pas nécessaire de fournir des garanties comme dans le système bancaire classique. Les investisseurs s’intéressent davantage aux performances, aux résultats et aux perspectives de développement de l’entreprise.

L’Essor : La BRVM peut-elle remplacer les banques dans le financement de l’économie ?

Mouhamoud Coulibaly : Les banques restent des acteurs incontournables du financement de l’économie. Elles jouent un rôle essentiel dans notre écosystème financier. D’ailleurs, elles interviennent également sur notre marché en tant qu’investisseurs ou acteurs qui viennent se financer. Mais la BRVM constitue une alternative importante pour les entreprises. Elle leur donne la possibilité de revenir régulièrement sur le marché pour mobiliser de nouvelles ressources.

L’Essor : Comment s’assurer que les fonds levés servent effectivement à financer des projets économiques ?

Mouhamoud Coulibaly : Avant toute opération, l’entreprise doit obtenir l’autorisation de l’Autorité des marchés financiers (AMF), qui est le régulateur du marché. Une note d’information est transmise afin de préciser l’utilisation prévue des fonds. L’AMF veille donc à ce que les investisseurs disposent de toutes les informations nécessaires avant de prendre une décision.

L’Essor : La BRVM est-elle accessible au citoyen ordinaire ?

Mouhamoud Coulibaly : Il n’est pas nécessaire d’être un expert en finance pour investir sur la BRVM. Les citoyens peuvent être accompagnés par les sociétés de gestion et d’intermédiation (SGI) ou les sociétés de gestion d’OPCVM. Un citoyen qui souhaite investir doit simplement ouvrir un compte-titre auprès d’une SGI et bénéficier de l’accompagnement de professionnels. Il peut ensuite acheter des actions ou des obligations en toute sécurité.

L’Essor : Peut-on réellement parler de financement de l’économie réelle avec un nombre encore limité d’entreprises cotées?

Mouhamoud Coulibaly : C’est une réalité. Sur les sociétés cotées, une grande majorité est ivoirienne. Au Mali, nous avons actuellement une seule entreprise cotée. Mais la BRVM reste ouverte à toutes les entreprises qui remplissent les conditions requises.

Le défi est surtout lié à la culture financière, à la gouvernance des entreprises et à la volonté des dirigeants d’ouvrir leur capital. La faible présence des entreprises maliennes s’explique par des raisons simples :  un secteur informel : beaucoup de nos PME n’ont pas une comptabilité assez stricte pour respecter les règles de notre marché. De même notre marché exige de la transparence et de la communication des entreprises cotées. S’y ajoute la peur de perdre le contrôle : Ce sont souvent des entreprises familiales qui n’aiment pas ouvrir leur capital ou partager leurs comptes. Il y a également la méconnaissance. Plusieurs entrepreneurs pensent souvent que la bourse est trop complexe ou réservée aux géants. La seule entreprise malienne cotée à la BRVM est la Banque of Africa (BOA) Mali.

L’Essor : comment faire pour attirer plus d’entreprises maliennes ?

Mouhamoud Coulibaly : Pour qu’il ait beaucoup plus d’entreprises maliennes cotées, il faudrait, entre autres, promouvoir le troisième Compartiment c’est-à-dire encourager nos PME à utiliser le 3è Compartiment de la BRVM qui est spécialement conçu avec des exigences allégées. Il est aussi question de continuer à sensibiliser et former nos Opérateurs économiques et Chefs d’entreprises sur les avantages de la bourse pour le financement de leur croissance. Il s’agit aussi de privatiser via la Bourse certaines entreprises publiques. Pour terminer, je plaide en faveur d’une incitation fiscale de l’État : Proposer des allègements d’impôts sur les sociétés pour les entreprises qui font le choix de s’introduire en bourse.

L’Essor : Certains estiment que la BRVM est davantage un marché d’échange de titres qu’un véritable outil de mobilisation de capitaux. Que répondez-vous ?

Mouhamoud Coulibaly : La BRVM ne se limite pas aux échanges de titres. Elle permet également aux entreprises de réaliser régulièrement des opérations d’augmentation de capital et de mobiliser de nouvelles ressources. Elle apporte aussi une visibilité importante aux entreprises, améliore leur notoriété et leur permet de connaître leur valeur sur le marché.

L’Essor : Quel est aujourd’hui le principal défi pour renforcer le rôle de la BRVM dans le financement des entreprises ?

Mouhamoud Coulibaly : Le principal défi reste davantage une question de vision et de culture boursière. Ce n’est pas un problème de liquidités. Les opérations réalisées sur notre marché connaissent souvent un grand succès. Lorsque les États ou les entreprises sollicitent les investisseurs, les demandes dépassent parfois largement les montants recherchés. Nous devons donc continuer à sensibiliser les entreprises et les populations sur les opportunités offertes par la bourse.

L’Essor : Comment renforcer la confiance des petits investisseurs ?

Mouhamoud Coulibaly : Notre mission est justement de démystifier la BRVM. À l’Antenne nationale de la BRVM, nous organisons régulièrement des formations gratuites pour expliquer le fonctionnement du marché. Nous encourageons également les petits investisseurs à créer des clubs d’investissement afin de mieux partager l’information et réduire les risques.

L’Essor : Concrètement, qu’est-ce que la BRVM change dans la vie économique d’un entrepreneur, d’un salarié ou d’un petit épargnant ?

Mouhamoud Coulibaly : Pour un entrepreneur, la BRVM représente un levier stratégique de développement. Pour un salarié ou un épargnant, elle offre une possibilité de diversifier ses revenus. Aujourd’hui, un Malien peut devenir actionnaire d’une entreprise ivoirienne, sénégalaise ou d’un autre pays de l’Uemoa, simplement parce que cette entreprise est cotée sur notre marché. La BRVM est donc une véritable opportunité. Il faut davantage vulgariser la culture boursière pour permettre au plus grand nombre de comprendre que l’épargne peut devenir un outil de création de richesses.

Fatoumata KAMISSOKO

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