Pr Amadou Kéita, ministre des Mines, lors de la conférence de presse
Plus de 90 permis de recherche annulés, trois permis d’exploitation retirés et une brigade spéciale chargée de traquer les infractions. Le Mali durcit le ton dans le secteur minier. Hier, lors d’une conférence de presse consacrée à l’assainissement du secteur, le ministre des Mines, Pr Amadou Kéita, a réaffirmé, la volonté des autorités de mettre fin aux manquements à la réglementation, de renforcer la transparence et de garantir une meilleure contribution des ressources minières au développement national. «Assainir, ce n’est pas fermer la porte : c’est la tenir ouverte à ceux qui jouent, selon les règles», a expliqué le ministre des Mines.
Cette démarche s’appuie notamment sur le Code minier de 2023 et la loi relative au contenu local, qui visent à accroître les retombées de l’exploitation des ressources naturelles pour l’économie malienne. Selon le ministre, l’audit des sociétés minières a permis de recouvrer 761 milliards de Fcfa d’arriérés. La remise en ordre des titres miniers constitue l’un des principaux leviers de cette politique.
En octobre 2025, plus de 90 permis de recherche ont été annulés pour non-respect des obligations réglementaires. Trois permis d’exploitation ont également été retirés pour absence de travaux, défaut de paiement ou manquements au Code minier. À l’inverse, 24 permis de recherche portant notamment sur l’or et le lithium ont été renouvelés entre août et septembre 2026, après examen des dossiers. Le cadastre minier numérisé, qui recense plus de 631 titres, doit renforcer le suivi et sécuriser les procédures.
Sur le plan économique, la production industrielle d’or a reculé de 22,9 % en 2025, à 42,2 tonnes contre 54,8 tonnes en 2024. Malgré cette baisse, les exportations d’or ont atteint 2.750 milliards de Fcfa et les versements des sociétés minières à l’État, 940 milliards de Fcfa. Au premier semestre 2026, la production est toutefois remontée à 23,5 tonnes, contre environ 18 tonnes sur la même période de l’année précédente. Le développement des mines de lithium de Goulamina et de Bougouni participe également à la diversification du secteur.
Le gouvernement veut aussi renforcer les retombées locales de l’activité minière. Le Fonds minier de développement local a mobilisé plus de 18,4 milliards de Fcfa au titre de 2025, au bénéfice de 819 communes du pays. Parallèlement, la lutte contre l’exploitation clandestine s’intensifie. Créée en mars 2026, la Brigade spéciale des mines est notamment chargée de constater les infractions et de contribuer à la sécurisation des sites miniers et d’orpaillage.
Le ministre a rappelé les conséquences humaines et environnementales de l’exploitation illégale, évoquant les drames survenus à Danga et à Bilalikoto en 2025. Il a également souligné que la formalisation de l’orpaillage devait impérativement se faire dans le respect des textes en vigueur, le Code minier ne reconnaissant pas de titre spécifique d’«exploitation artisanale mécanisée».
Aux investisseurs, les autorités adressent un message de confiance : les entreprises respectueuses de leurs obligations trouveront un cadre légal plus lisible et des règles identiques pour tous. Le ministère prévoit désormais une conférence de presse trimestrielle pour rendre compte des réformes, des titres miniers et des résultats du secteur.
Le message est sans ambiguïté : les permis ne sont pas des titres à conserver sans travailler, et les ressources du Mali ne peuvent rester le terrain de pratiques illégales. Entre contrôles renforcés, sanctions et formalisation, les autorités entendent tourner la page de l’impunité et faire du respect de la loi la règle, non l’exception.
Mariam A. TRAORÉ
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