Pendant que le Mali et le Soudan du Sud bataillaient à Wuhan, le Sénégal rivalisait à Porto Rico : chacun cherchait à arracher son ticket pour rejoindre le Nigeria dans la représentation africaine. Ce match, disputé après une défaite inaugurale contre la Chine, portait une symbolique forte. Non seulement il opposait le Mali à un représentant européen, mais surtout à un pays qui, en 2025, avait empêché nos U19 filles de participer au Mondial en leur refusant le visa sur fond de tensions diplomatiques.
Le sport étant à la fois ambassadeur et terrain de rivalités géopolitiques, les basketteuses maliennes avaient en mémoire cette offense. Elles ont répondu par une victoire éclatante : 77-64, avec une Maïmouna Haïdara intraitable sous la raquette (24 points) et une Sika Koné impériale au rebond (18 prises). La suite est connue : une deuxième victoire contre le Soudan du Sud scella la qualification pour l’Allemagne. Vice-championnes d’Afrique, les Maliennes rejoignent le Nigeria, champion, pour représenter le continent.
Ces moments héroïques se sont pourtant déroulés loin des yeux des Maliens. Notre équipe fanion, 18e mondiale, affrontait des sélections de premier plan — Chine, 4e, Belgique 5e, Brésil 9e — mais aucune image n’a été diffusée au pays. Comment capitaliser les moyens financiers et humains investis, si la population ne peut suivre ses représentantes ? Les primes, stages, billets et infrastructures n’ont le plus souvent de sens que si la dernière case est remplie : la médiatisation. En 2026, aucun sport ne peut se développer sans marketing télévisé. Il est urgent que les autorités — Président de la Transition dont la passion et l’engagement pour le sport et la jeunesse sont connus, Gouvernement, ministères des Sports, de la Communication et des Finances — intègrent cette dimension dans toute stratégie.
Le basketball malien a déjà prouvé sa valeur. Le Djoliba a remporté la Coupe d’Afrique des clubs en 2005. Les Aigles dames ont soulevé l’Afrobasket en 2007 à Dakar. Les U16 filles ont enchaîné 8 titres successifs. Les U19 garçons ont décroché en 2019, en Grèce, une médaille d’argent au Mondial devant l’ogre américain, meilleure performance africaine de l’histoire, puis une 5e place en 2023 chez les filles. En 2024, les U18 filles et garçons ont triomphé sur le continent, et en 2025, les seniors hommes et dames ont été doubles vice-champions d’Afrique. Aujourd’hui, la qualification des dames pour le Mondial allemand annonce peut-être celle des hommes pour le Mondial au Qatar, une grande première pour notre pays.
Le Mali joue désormais dans la cour des grands : 64e mondial chez les hommes seniors et 10e africain, 18e mondial chez les dames et 2e africain, 17e mondial chez les garçons et 1er africain, 16e mondial chez les filles et 1er africain. Le basketball est une merveille, un trésor vivant à protéger. Grâce à l’engagement de patriotes comme Jean Claude Sidibé, président de la Fédération malienne de basket-ball, avocat et ancien ministre des Sports, à la suite de ses devanciers feu Abdallah Haidara et Hamane Niang, ainsi que d’illustres anonymes, qui n’hésitent pas à sacrifier leurs propres moyens en complément de l’État, la flamme reste vive.
Le sport est aujourd’hui un instrument de puissance, de diplomatie et donc de soft power. Aux côtés du football, le basketball doit devenir un pilier du rayonnement malien. Dans un pays attaqué de toutes parts, il est une arme pacifique et efficace pour affirmer notre place dans le monde. À travers ses pépites et son énergie, le basketball malien nous offre un terreau d’excellence à cultiver et un rayonnement mondial à préserver. Il faut désormais veiller à ce que chaque sélection, à chaque compétition africaine ou mondiale, soit suivie en direct par les enfants du Mali et leurs parents. Car c’est par l’image, qu’elle soit de victoire ou de défaite, que l’histoire du Mali continue de s’écrire aux quatre coins du monde.
Alassane Souleymane
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