Bakara Mady Diallo, Membre du Conseil de régulation de l’AMRTP : «Le free roaming est un pas décisif vers l’intégration numérique régionale»

interview

Publié dimanche 24 novembre 2024 à 23:32
Bakara Mady Diallo, Membre du Conseil de régulation de l’AMRTP : «Le free roaming est un pas décisif vers l’intégration numérique régionale»


 L’Essor : Concrètement, que va changer le free roaming dans l’AES ?


Bakara Mady Diallo : Les citoyens des trois pays de la Confédération de l’AES qui se déplacent de leur pays d’établissement vers l’un des deux autres pays pour un séjour pourront librement conserver le numéro d’appel de leur téléphone mobile souscrit auprès d’un opérateur de leur pays de résidence et l’utiliser aux mêmes conditions tarifaires que les abonnés du pays d’accueil. Quand un abonné utilise à l’étranger son téléphone mobile (c’est ce que l’on appelle le roaming) tous ses appels émis comme reçus, y compris les SMS et les connexions à Internet, constituent en réalité des appels à l’international dont la gestion technique est plus complexe que la gestion des appels émis avec un numéro national dans le pays d’abonnement. Cette complexité technique entraîne des coûts supplémentaires justifiant l’application de tarifs plus importants pour les roamers (ceux qui voyagent avec leur téléphone et l’utilisent dans le pays de séjour).

Le free Roaming est la décision des Régulateurs des trois pays de l’AES de s’entendre pour amener leurs différents opérateurs de télécommunications à négocier des architectures techniques et des accords économiques permettant d’appliquer aux roamers des tarifs qui ne sont pas plus élevés que ceux appliqués aux résidents. Les citoyens de la Confédération doivent êtres traités égalitairement en matière de tarifs d’accès aux services de télécommunications par rapport aux citoyens du pays visité.


L’Essor : Quel était le mode tarifaire du roaming entre les pays, par exemple entre les trois pays de l’AES ?

Bakara Mady Diallo : En matière de roaming tous vos appels, ceux que vous émettez comme ceux que vous recevez, constituent du trafic international. Quand vos correspondants vous appellent, vous payez une partie de la communication et à des tarifs très importants :


-        Si vous êtes Malien avec un numéro malien souscrit auprès de l’un des trois opérateurs mobiles du Mali (Sotelma, Orange ou Telecel) et que vous utilisez votre téléphone au Mali pour appeler un numéro au Mali ou un numéro à l’étranger, votre opérateur vous fait payer un tarif donné (appel local ou appel international) et aucun des appels que vous recevez d’un correspondant à partir du Mali ou de l’étranger ne vous amène à payer ; c’est votre correspondant qui a pris l’initiative de vous appeler, qui paie la communication ;


-        Si vous décidez de vous rendre au Niger pour quelques semaines et d’y utiliser votre téléphone mobile, vos correspondants qui vous appellent depuis le Mali déclenchent en réalité un appel international car votre opérateur doit recevoir sur son réseau cet appel et l’acheminer sur le réseau de l’opérateur du Niger, qui vous accueille en roaming. Ce transfert international a un coût que vous supportez normalement. Pour que vos appels puissent être gérés en situation de roaming le réseau malien d’abonnement et le réseau étranger de roaming sont mobilisés en permanence.


L’Essor : Avec la levée des barrières du roaming, qui du citoyen ou des opérateurs téléphoniques gagne ?

Bakara Mady Diallo : Les Régulateurs ont démontré que chaque partie gagne :

-        D’abord les citoyens en ce sens que, sans coûts / tarifs importants, ils ont le confort de conserver en voyage leur numéro d’appel connu de leurs correspondants : vous continuez à être joints sur votre numéro par vos correspondants comme si vous n’aviez pas voyagé (vos correspondants habituels peuvent vous joindre en ne sachant même pas que vous n’êtes pas au Mali) et vous-mêmes joignez aisément vos correspondants car vous continuez à les appeler avec votre numéro connu d’eux. Les citoyens ne perdent pas d’appels à cause d’un changement de numéro.

-        Les opérateurs recrutent davantage de roamers : les efforts économiques consentis sont compensés par un nombre plus important de roamers : plus d’abonnés utilisent le roaming quand les tarifs sont plus attractifs. Mais cet équilibre économique et financier doit être surveillé ; c’est pourquoi le délai de séjour ne doit pas dépasser 90 jours.

L’Essor : En perspective, quel impact le free roaming va avoir sur le développement des télécommunications au sein de l’AES ?

Bakara Mady Diallo : Le free roaming confédéral est un premier exemple concret de la capacité des Régulateurs à faire converger leurs politiques de gestion du secteur pour accélérer l’intégration de l’espace AES. Le secteur des télécommunications est vital à la promotion de la digitalisation de l’Administration, à la confortation de l’économie numérique qui accélère et facilite les échanges socioéconomiques, etc. Il n’y a guère de secteurs socioéconomiques dont l’efficacité du déploiement ne peut être assuré par le secteur des Télécms-TIC.

L’Essor : Avant cette décision des pays de l’AES, notre pays avait-il expérimenté le free roaming avec un autre pays ?

Bakara Mady Diallo : Oui par exemple avec le Sénégal, le Togo, la Côte d’Ivoire. Le Free Roaming dont le Protocole vient d’être signé aménage des conditions d’une intégration renforcée faisant écho à la volonté des plus hautes autorités politiques des trois Etats d’aménager un espace consolidé.

L’Essor : En terme d’intégration, quels sont les bénéfices réels pour la Confédération AES ?

Bakara Mady Diallo : Par la signature du mémorandum d’entente sur le «free roaming» au sein de la Confédération des États du Sahel (AES), il nous est offert de franchir un pas décisif vers l’intégration numérique régionale. Cet accord, qui engage nos pays à lever les barrières techniques et tarifaires à la mobilité numérique transfrontalière, est le fruit de la vision commune et de la détermination des Régulateurs à bâtir un espace de communication sans frontières.  En permettant aux citoyens, aux organisations et aux entreprises de circuler et de communiquer librement au sein de nos pays; c’est à dire sans coûts additionnels de roaming, nous posons les jalons d’une connectivité plus inclusive autorisant un espace territorial, social et économique plus intégré. Par cet effacement des frontières au moyen du numérique nous accentuons notre mutuelle reconnaissance d’appartenir à une même et seule communauté de destins. 

Ce mémorandum ne représente pas uniquement une avancée technique. Il incarne également notre engagement à servir les intérêts de nos populations et de nos économies, en facilitant l’accès aux services de qualité et en renforçant l'intégration de nos marchés numériques. À travers cette initiative, nous répondons aux aspirations de nos citoyens à être mieux connectés, et nous offrons aux entreprises les conditions d’une plus grande compétitivité.


Ce partenariat stratégique est un exemple concret de ce que nous pouvons accomplir ensemble lorsque nous unissons nos efforts pour le bien commun. Nous sommes confiants que cet accord stimulera la croissance économique, créera de nouvelles opportunités et contribuera à l’essor d’un marché numérique sans frontières dans notre région en termes de contenus.

La présence aujourd’hui de nos trois Régulateurs est le reflet de notre détermination commune à œuvrer pour un avenir où la communication est devenue un levier essentiel de développement et de prospérité partagés.

Merci encore une fois pour votre engagement et votre soutien dans cette entreprise historique. C’est ensemble, main dans la main, que nous construirons l’avenir numérique de nos pays, de notre région.


Soulemane Bobo TOUNKARA

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