Une brève présentation de l’écrivain et du personnage de son ouvrage donne le ton. La mécanique intellectuelle de l’auteur est en marche, avec le talent et la culture qu’on lui reconnaît, Hamadoun Touré embarque le public dans un «wagon littéraire» pour le charrier dans les profondeurs de ses textes phosphorescents et passionnants.
Son épouse et ses filles, élégamment mises, l’ancien Premier ministre de la Transition, Moctar Ouane, et l’ancienne ministre de la Culture, Mme Dramé Kadiatou Konaré, sont aux premières loges. La Fondation Amadou Hampaté Bâ, qui a fourni la photo de couverture du livre et versé dans le document son épître à la jeunesse africaine, est aussi représentée. Tous restent scotchés aux explications de l’auteur qui, dans un langage plus châtié (puisqu’il a cette aisance de triturer le verbe et de dominer la parole comme il l’entend), déroule.
Hamadoun Touré déclare son admiration pour cette figure emblématique de la littérature dans notre pays. Il explique avoir saisi une opportunité à travers un ancien tuteur à Dakar (au Sénégal), son père spirituel, Dr Doudou Gueye, qui était un proche des présidents Félix Houphouët Boigny et Modibo Keïta et un ami d’Amadou Hampaté Bâ, pour réaliser cette interview. Il restitue dans les détails les circonstances de cette conversation réalisée dans un style questions-réponses, ouvert, mais surtout décontracté parce qu’il arrivait souvent à l’interviewé de faire prévaloir le privilège de l’âge : «Tu es mon fils, tu ne peux poser une telle question».
«Amadou Hampaté Bâ était une légende en anthropologie, en ethnologie, en sociologie voire en politique (parce qu’on oublie qu’il a été ambassadeur de son pays en Côte d’Ivoire). Il était à la croisée des savoirs, simplement un homme de lumière», explique l’auteur du livre. Pour lui, Amadou Hampaté Bâ était persuadé de la nécessité de s’inscrire dans le dialogue inter religieux qu’il a toujours prôné. Il rappelle qu’Amadou Hampaté Bâ a aussi vécu la colonisation pour avoir vu venir les premiers colons et repartir le dernier.
Il poursuit : «Amadou Hampaté Bâ un homme de confluence». Sur ces entrefaites, l’auteur revient sur le choix du titre de son ouvrage. Il avait souhaité titrer ainsi son livre, avant de céder sous le charme de la proposition : «De l’aube au crépuscule d’un siècle», faite par l’éditrice, Mme Dramé Kadiatou Konaré, qui résume bien la vie de ce géant du 20è siècle. Un homme à la fois enraciné dans nos traditions et ouvert sur le monde. Il explique que son ouvrage est une perpétuation de l’œuvre gigantesque de ce grand homme.
Place aux échanges. À la question de savoir si Amadou Hampaté Bâ se sentait jeune au moment de l’interview ? L’auteur fait simplement sienne une de ses formules mythiques: «On peut être vieux à 25 ans et jeune à 80 ans». Et d’expliquer que pour le contournement de sa célèbre antienne : «En Afrique, un vieillard qui meurt est une bibliothèque qui brûle», il invitait à confier la connaissance aux enfants et comme on est sûr de la perdre.
L’intervention de Moctar Ouane apporte de la chair au débat. Pour l’ancien Premier, «ce n’est pas le volume qui compte, mais le contenu et la densité de ce livre extrêmement utile parce que les gens ont besoin de repères». Il rappelle que pour le jeune étudiant qu’il était à Dakar, il ne ratait pour rien au monde les croustillantes chroniques d’alors de l’auteur dans les colonnes du Soleil (Le Quotidien national sénégalais).
Les absents ont eu tort de rater ce numéro du train littéraire. Mais, s’il vous arrive de vous retrouver avec un livre de Hamadoun Touré entre les mains, plongez-y le nez. Vous ne serez jamais déçu puisqu’il écrit des textes profonds dans un style rutilant, avec le goût de la rigueur syntaxique, la pédagogie des grandes intelligences. Ce véritable polyglotte (il parle 7 langues) est un féru de lecture. Il lui arrive de lire 3 livres ensemble comme il le disait lui-même lors de l’émission.
Brehima DOUMBIA
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