Dr Abdoul Sogodogo : «j’ai vu un acte de courage politique dans la dénonciation de l’accord»
Pour
Dr Abdoul Sogodogo, depuis 1963, le Mali vit une succession de rébellions
qui se sont toutes soldées par des accords (1992, 2006 et 2015) issus des
médiations algériennes. Et ces accords n’ont jamais été assez efficaces pour
endiguer la crise sécessionniste, ce qui explique d’ailleurs la résurgence du
conflit. En conséquence, l’enseignant-chercheur à l’Université des sciences
juridiques et politiques de Bamako (USJPB) propose d’essayer autre chose,
notamment une approche endogène en vue de réguler le conflit qui mine
le pays depuis la veille de son indépendance. « C’est pourquoi, j’ai vu un
acte de courage politique dans la dénonciation de l’accord signé en 2015 entre
le Mali et les groupes armés dans des conditions désavantageuses pour
l’État », juge l’universitaire qui rappellera que les parties avaient
délaissé tour à tour l’application de l’Accord.
Ensuite,
les nouvelles dynamiques politiques sécuritaires au Sahel notamment
l’effondrement du G5-Sahel, l’impuissance de la Cedeao et l’émergence de
l’Alliance des états du Sahel (AES) offrent de nouvelles perspectives,
c’est-à-dire une redistribution des cartes. Dans cet environnement
mouvant, lui semble-t-il, le Mali veut renégocier sa position dans la zone.
Depuis 2021, Dr Abdoul Sogodogo fait comprendre que l’état veut se constituer
en acteur du jeu international en cours au Sahel plutôt que de se contenter,
comme par le passé, d’être seulement un enjeu pour les autres.
« On
observe que l’accord était mal aimé depuis sa naissance par les parties
signataires en raison des rapports de force militaires ayant prévalu à sa
signature », indique
l’enseignant-chercheur, tout en signalant qu’il est intervenu à un
moment crucial pour mettre fin aux affrontements armés d’alors. Et, malheureusement,
cela reste son seul mérite visible pour les populations maliennes qui
attendaient plus, précisément la paix. Mais au lieu d’apporter la paix,
l’Accord semble sacraliser les désaccords entre le gouvernement et les
sécessionnistes, regrette Dr Sogodogo.
De
toute évidence, il dira que l’Accord a souffert de légitimité et est resté
longtemps la chose de ses seuls signataires. «Il n’a pas trouvé une volonté
populaire au Mali exigeant son application, mais au contraire, il a été
présenté comme le catalyseur de la division du Mali », déplore Dr Abdoul Sogodogo. En
plus, il soutient que l’ONU s’est inscrite dans une logique de post-conflit
alors que le conflit est en cours.
Selon lui, l’action de la Mission
onusienne a été instrumentalisée aisément par certains acteurs et les sanctions
contre les acteurs entravant la mise en œuvre de l’Accord n’étaient pas assez
dissuasives. En somme, l’enseignant-chercheur retient malgré toutes les
bonnes volontés annoncées par les pays frères et amis du Mali, qu’il s’avère
que cet Accord ne prenait pas suffisamment en charge les besoins et les
intérêts des parties signataires. L’universitaire précise que pour le
gouvernement, la forme républicaine, unitaire et laïque de l’état ne peut faire
l’objet d’aucune négociation. Pourtant, au fond, il analyse que les mouvements
sécessionnistes depuis 1963 ont toujours réclamé une indépendance de l’Azawad.
En lieu et place d’une indépendance, les accords successifs conclus entre le
gouvernement et les groupes armés sous la médiation algérienne progressivement
ont consacré la décentralisation et la démilitarisation des régions du nord du
pays. Dans cette suite logique, pour l’opinion publique, Dr Sogodogo fait
remarquer que l’Accord de 2015 est perçu comme un élément qui insinuait une
sorte d’autonomie de l’Azawad qui présageait une indépendance. Sans accord, le
professeur de l’USJPB estime qu’il va de soi qu’on cherche un nouveau
consensus avec tous les acteurs y compris les groupes armés et les minorités de
tous bords. Pour lui, cela prendra peut-être énormément de temps d’inclure tous
les acteurs dans ce processus. Mais ce temps n’est pas un luxe.
L’enseignant-chercheur
relève qu’il est nécessaire de se donner ce temps et les moyens pour la
participation et l’inclusion de toutes les forces vives de notre pays. Pour Dr
Abdoul Sogodogo, le rapatriement de tout le processus permettra une
appropriation nationale. Mieux, il dira qu’il est crucial d’engager ce dialogue
entre Maliens afin qu’on arrive à réécrire un nouveau récit. Pour lui, cela
demande sans doute de la sincérité et la tolérance pour réussir là où l’Accord
de 2015 a trébuché surtout que ce conflit, a priori malien, a une dimension
régionale. L’enseignant-chercheur soutient que le respect exigé par les
autorités maliennes sur la scène internationale dépend de leur capacité non
seulement à assurer la sécurité du pays, mais également à promouvoir la
cohésion nationale.
Souleymane SIDIBE
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