Partie intégrante de l’artisanat malien, elle est une forme d’expression culturelle qui magnifie la relation entre l’homme et son environnement. Étroitement associé à la vie quotidienne des populations avec ses formes et ses fonctions variées qui vont de la vaisselle courante aux jarres funéraires ou aux récipients destinés à conserver l’eau, l’huile ou les céréales, ce savoir ancestral est de nos jours en péril. Et pour cause la pression de l’industrie céramique et le désintérêt de la jeune génération.
Mme Nienta Kadidia Nienta est de celles qui sont engagées pour la sauvegarde et la protection de cet art du modelage longtemps considéré comme l’apanage des seules femmes. Réputée pour son amour de ce métier de modelage de l’argile, Mme Nienta Kadidia Nienta est l’une des rares potières du Mali en général et de la Région de Mopti en particulier à se distinguer par son combat pour la promotion de la poterie traditionnelle.
La native de Mopti tient son art de sa famille à Komoguel II, communément appelé «Waïnkoré». Mariée et mère de 4 enfants, Kadidia a très tôt maîtrisé le modelage de l’argile dont la transmission se fait de génération en génération. Elle tire bien son épingle du jeu. D’une ingéniosité hors pair, elle a imprimé une touche particulière aux produits de la poterie à Mopti.
Ainsi au-delà des jarres et autres objets, elle a innové avec la création d’une gamme riche et variée dans le domaine de la décoration et de l’esthétique, entre autres, les pots de fleurs, les cendriers, les porte-stylos, des bougies et des lavabos. Dans le cadre de l’embellissement de la ville de Mopti, elle a réalisé une dizaine de monuments en terre installés aux différents points stratégiques de la ville. Elle dispose d’un atelier de production, d’un centre de formation et d’une boutique de vente qui emploie 6 salariés permanents et environ 20 employés temporaires.
Soucieuse de préparer la relève, Mme Nienta anime aussi des sessions de formation à l’intérieur de la région, notamment à l’intention d’une trentaine d’auditeurs et auditrices des Cercles de Bankass et Djenné. Cette experte en modelage de l’argile a déjà formé plus de 100 jeunes dont une dizaine d’Européens et 20 autres suivent actuellement une formation dans son centre. La qualité de ses œuvres lui a ouvert les portes du marché sous régional et international.
Elle a déjà participé à de nombreuses foires-expositions au Burkina Faso, en Côte d’Ivoire, aux États-Unis, mais aussi à l’intérieur du pays, notamment à Sikasso, Ségou, Bamako et dans la Venise malienne où elle a pris part à la dernière foire artisane intitulée : «La beauté de Mopti».
Mme Nienta est bardée de diplômes de reconnaissance et de mérite des foires et grands évènements culturels. Par ailleurs, son engagement en faveur de la promotion du patrimoine culturel lui a value d’obtenir la médaille du mérite national.
Depuis l’éclatement de la crise multidimensionnelle en 2012 et la mise de la Région de Mopti sur la liste rouge par les occidentaux, les activités de l’artisanat connaissent une nette baisse. Le secteur du tourisme et les activités connexes tournent au ralenti pour ne pas dire à l’arrêt. «Nous sommes à l’arrêt total. Nos produits s’achètent au compte goutte», se désole-t-elle, avant de souhaiter acquérir une parcelle en vue d’héberger ses trois structures à savoir l’atelier de production, la boutique de vente et le centre de formation.
Notre potière rêve aussi de participer à des stages de perfectionnement dans le domaine du porcelaine soit au Maroc ou en Tunisie. «Le modernisme ne doit pas nous faire abandonner notre tradition. Nos grands-parents nous ont enseigné qu’au-delà de l’esthétique, les jarres de Mopti ont un aspect mystique qui empêche la nouvelle mariée, qui en dispose dans son trousseau, d’abandonner son foyer conjugal», commente Kadidia Nienta pour justifier son engagement à perpétuer la poterie.
Dramane COULIBALY / Amap - Mopti
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