Orpailleurs réfoulés : La solidarité s’organise

Ghanéens, Béninois, Nigériens, Burkinabè et ressortissants d’autres pays africains affluent dans la capitale après avoir été contraints de quitter les sites d’orpaillage en Guinée.

Publié le 5 novembre 2026 à 09:44

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Orpailleurs réfoulés : La solidarité s’organise

                  Ils souhaitent tous retourner le plus rapidement possible dans leurs pays respectifs

 

Le quartier ACI 2000 est bondé de monde. Aux alentours de l’ambassade du Burkina Faso au Mali, des hommes de tous âges, quelques femmes et même des enfants occupent les abords des voies. Le plus jeune n’aurait que 11 ans. Ghanéens, Béninois, Nigériens, Burkinabè et ressortissants d’autres nationalités se côtoient dans cette foule éprouvée par un départ précipité. Certains sont assis à même le sol, leurs maigres bagages à leurs côtés. D’autres attendent un moyen de transport pour poursuivre leur chemin. La foule s’étend tout au long de la rue menant à la gare communément appelée «Laguinée Place».

Depuis le week-end dernier, la capitale est devenue un point de convergence pour ces travailleurs étrangers chassés des sites d’orpaillage de Guinée. Pour beaucoup, Bamako n’est qu’une étape avant de retrouver leur pays et leurs familles.

Ce déplacement fait suite aux mesures prises par les autorités guinéennes pour mettre fin à l’exploitation anarchique de l’or dans la région administrative de Siguiri. Du jour au lendemain, des travailleurs venus de plusieurs pays de la sous-région ont dû abandonner leurs lieux d’activité, souvent sans pouvoir récupérer leurs économies, ni leurs effets personnels.

Le visage marqué par la fatigue, Khorgo Salif, ressortissant ivoirien de 25 ans, raconte les conditions de son départ. Avant de rejoindre la Guinée, il exerçait déjà le métier d’orpailleur en Côte d’Ivoire. Sur son nouveau site, il travaillait pour un patron qui devait lui verser un million de Fcfa par an. « Je travaillais pour mon patron qui me payait un million par an. On mangeait bien et on était bien logés », explique-t-il. Arrivé à Bamako dimanche dernier, le jeune homme dit avoir retrouvé un peu de sérénité après les inquiétudes du voyage. « Nous avons été bien accueillis au Mali », confie-t-il.

Pour Ami Nankwande, ressortissante burkinabè, le trajet a été particulièrement éprouvant. Afin de rejoindre le Mali, elle affirme avoir marché pendant deux jours avant de trouver un bus pour rallier Bamako. «Ça n’a pas été facile parce qu’on n’a pas eu de nourriture, ni d’endroit pour dormir», raconte-t-elle. Le témoignage de Simon Boubougou, lui aussi ressortissant burkinabè, est encore plus poignant. Installé depuis seulement deux semaines sur un site d’orpaillage à Didi, en Guinée, il a été contraint de partir avec sa femme et ses frères. Il affirme avoir subi des violences lors de l’opération de déguerpissement. «On est accusés de semer des dégâts sur les lieux. Ils nous ont chassés de force. On nous a violentés physiquement et on nous a jeté des gaz», témoigne-t-il.

Comme lui, Rosalie Pasco garde un souvenir douloureux de cette fuite. Elle affirme avoir marché pendant cinq jours avant d’atteindre le territoire malien. Aujourd’hui, son seul souhait est de rentrer au pays. «On veut juste retourner chez nous parce que cette situation n’est pas tenable», lance-t-elle.

Pour Silvain Ouédraogo, jeune ressortissant burkinabè, le départ précipité a également anéanti neuf mois d’efforts. Il travaillait à Kolena, en Guinée, pour un employeur qui devait lui verser un million de Fcfa à la fin de l’année. Mais le déguerpissement, intervenu un vendredi, l’a contraint à quitter les lieux dès le lendemain. Arrivé à Bamako dimanche, il affirme passer ses nuits dans la rue.   Au milieu de ces récits de détresse, Bamako offre cependant un autre visage : celui de la solidarité. Depuis l’arrivée des premiers groupes, des habitants se mobilisent pour apporter de la nourriture, de l’eau et faciliter les déplacements de ces ressortissants étrangers démunis. Fatasse Konditanbé, qui travaillait depuis plus de deux ans sur un site d’orpaillage en Guinée, évoque l’ampleur des pertes subies. « Il y a des gens qui sont morts, nos affaires ont été brûlées, mais le Mali nous a accueillis», témoigne-t-il.

Sur les réseaux sociaux, plusieurs initiatives de soutien sont relayées. Sur le terrain, des conducteurs de motos-taxis et d’autres transporteurs proposent gratuitement leurs services ou réduisent considérablement les frais de déplacement. Des particuliers, à bord de leurs véhicules, ainsi que des conducteurs de tricycles et de camions contribuent également à leur acheminement. 

La mobilisation dépasse toutefois le cadre des initiatives individuelles. Les autorités maliennes ont également engagé des actions pour organiser l’accueil et faciliter la prise en charge des ressortissants concernés. Des camions de l’armée sont mobilisés pour les regrouper en attendant la suite des démarches. Au Burkina Faso, des dispositions sont aussi annoncées pour assurer le retour des compatriotes. Le Président du Faso, le Capitaine Ibrahim Traoré, a exprimé la volonté de son pays de les rapatrier dans «la dignité et la décence». 

Une réunion d’urgence s’est tenue le 3 novembre à Bamako à l’issue de laquelle le Centre de coordination et de gestion des crises (CECOGEC) a informé l’opinion publique des dispositions prises pour assurer un accueil approprié aux arrivants et faciliter leur acheminement vers leurs pays d’origine respectifs. Les autorités ont également invité les populations au calme, à la sérénité et au civisme, tout en les exhortant à collaborer avec les Forces armées et de sécurité.

Siguéta Salimata DEMBÉLÉ
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