Pr Franklin Nyamsi : «On en veut au Mali pour avoir délogé des troupes néocolonialistes occidentales et onusiennes»

Dans cet entretien, le président de l’Institut de l’Afrique des libertés apporte son éclairage sur les stratégies de guerre informationnelle et le «terro-journalisme». Pr Franklin Nyamsi évoque aussi les décisions courageuses prises par les autorités maliennes

Publié mardi 14 octobre 2025 à 08:13
Pr Franklin Nyamsi : «On en veut au Mali pour avoir délogé des troupes néocolonialistes occidentales et onusiennes»

L’Essor : la Confédération des États du Sahel fait face à une guerre informationnelle. Quel doit être l’approche des trois pays pour changer la donne ? 

Pr Franklin Nyamsi : Il y a trois stratégies communicationnelles en concurrence en Afrique contemporaine : la stratégie des puissances négrières, racistes, colonialistes, néocolonialistes et impérialistes occidentales ; la stratégie des despotes africains héritiers et valets des puissances étrangères anti-africaines et la stratégie communicationnelle du panafricanisme révolutionnaire.


Selon la première stratégie, la communication vise à maintenir les Africains dans le mépris, le complexe d’infériorité, la haine de soi, le fatalisme et le désespoir permanent. C’est dans cet esprit que l’ancien Président français Nicolas Sarkozy a prétendu un jour à Dakar que l’Afrique, premier continent terrestre de l’Humain, ne serait pas entrée dans l’Histoire. Une aberration qui combine ignorance, haine et ambition démesurées de piller les pays africains et de marginaliser les Africains sur toute la surface de la terre.

La deuxième stratégie est celle des tyrans néocolonisés. Communiquer, c’est distraire, divertir, tromper et ruser avec les peuples pour leur imposer des présidences à vie contre leur propre volonté, par le tripatouillage constitutionnel, la fraude électorale, la propagande des politiques et la mythologie des pères fondateurs.

Ces deux premières stratégies misent essentiellement sur la peur administrée de façon répétée aux Africains pour les maintenir dans l’absence absolue de confiance en eux-mêmes.

Enfin, nous opposons à ces deux stratégies nuisibles, la stratégie communicationnelle du panafricanisme révolutionnaire, qui se fonde sur les normes de vérité, de justice, de solidarité et d’action, afin de rendre l’Afrique aux Africains et de restituer notre humanité dans sa complète dignité de créature divine. 

L’Essor : Vous avez développé récemment à Ouagadougou le concept du terro-journalisme. Pouvez-vous nous en dire davantage ? 

Pr Franklin Nyamsi : J’ai créé ce concept pour décrire une abomination contemporaine déguisée en œuvre de presse. Le terro-journalisme, c’est le journalisme mis au service de la terreur, détourné de ses fonctions d’information et de formation éducative de l’opinion. Le journalisme prostitué au service du terrorisme. C’est la méthode des Wassim Nasr, Serge Daniel Gbogbohoundada, François Soudan, Anne-Fleur Lespiault, Marwane Ben Yahmed ou Olivier Dubois, entre autres éléments de garde du néocolonialisme français et de l’impérialisme occidental. Ils travaillent à saper le moral des peuples africains en lutte pour leur souveraineté en promouvant les figures diaboliques de l’impérial-terrorisme occidental et moyen-oriental.

L’Essor : Pensez-vous que nos États doivent développer ou renforcer les mécanismes endogènes pour contrer la menace terroriste ? 

Pr Franklin Nyamsi : C’est une question vitale pour les peuples et États africains. Si nous ne surmontons pas l’impérial-terrorisme, tous les Africains du monde deviendront des étrangers sur toute la surface de la terre. Ils seront condamnés à errer en Afrique et sur tous les autres continents. Pour éloigner ce spectre infernal de nos vies, les Africains éveillés doivent unir leurs forces et lutter intellectuellement, spirituellement, économiquement, militairement et culturellement contre les forces obscures de la domination matérialiste. L’AES doit inspirer la naissance d’une alliance comparable en Afrique centrale, afin d’imposer la détention du droit de veto de l’Afrique dans le conseil permanent de sécurité des Nations Unies, à moins qu’une organisation alternative à l’ONU soit créée. 

L’Essor : Pourquoi la géopolitique et la géostratégie s’infiltrent-elles dans la communication ?

Pr Franklin Nyamsi : Le contrôle de la terre passe par des stratégies de contrôle des idées. Celui qui a la main sur vos idées peut absolument déterminer votre comportement. La communication impérialiste vise le contrôle mental des masses exploitées du Sud global par les médias impérialistes. On ne domine jamais mieux un peuple qu’en lui imposant de penser comme ses maîtres ou par ses maîtres.  

L’Essor : Ces derniers temps, comment vous expliquez la multiplication des attaques terroristes au Mali ?

Pr Franklin Nyamsi : Le Mali est une cible privilégiée des attaques terroristes pour des raisons culturelles, économiques et politiques. Culturellement, le peuple malien est l’un des rares peuples africains à n’avoir pas été complètement déraciné de sa civilisation multimillénaire et de ses langues. Vaincre le Mali importe aux impérialistes car cela stopperait le mouvement de la renaissance africaine. Économiquement, le Mali est un pays potentiellement et humainement riche. Le maintenir sous pillage est une condition essentielle pour la suprématie de l’Occident et du Moyen-Orient. Politiquement, le Mali est une nation de pionniers de la souveraineté africaine. Je songe aux grandes heures du RDA racontées par le puissant poème d’Agostino Neto, je songe aussi à l’engagement massif du héros national Modibo Kéita et de ses compagnons de lutte pour la souveraineté de son pays et de l’Afrique dans les années 40, 50 et 60. On en veut gravement au Mali d’avoir refusé de donner un siège au commandement militaire américain et otanien en Afrique. On en veut au Mali d’avoir initié le délogement des troupes néocolonialistes occidentales et onusiennes du sol africain en ce 21è siècle.

L’Essor : Au Mali, 2025 a été décrété par le Président de la Transition, comme Année de la culture.  En quoi, cette valorisation aura un impact positif sur l’édification du Mali kura ? 

Pr Franklin Nyamsi : Le Président Goïta et ses compagnons ont compris qu’aucune révolution politique ne peut réussir sans le succès concomitant d’une révolution culturelle puisant dans la sève des sagesses profondes du terroir, les forces modernes de l’avenir. Le Mali Kura est un réenracinement dans l’histoire longue des peuples africains, qui les rend indociles aux nombreux chantages démocratiques, des droits-de-l’hommistes, ultralibéraux et transhumanistes que les puissances occidentales en déclin moral cinglant infligent aux peuples souverains de la terre. Ainsi, tout s’explique. Le Mali réenraciné est et sera indomptable.

Interview réalisée par Namory KOUYATÉ

Namory KOUYATE

Lire aussi : Information à la télévision : Le coup de gueule des sourds

Ces personnes atteintes de surdité et ceux qui défendent leurs droits dénoncent la non application des textes. Certains estiment que la télévision nationale doit avoir des interprètes en langue des signes à l’instar de beaucoup d’autres pays de la sous-région.

Lire aussi : Projet Aspire : Beaucoup de réalisations

Le tout premier comité de pilotage national du projet : Action pour le renforcement des partenariats pour l’inclusion, la résilience et l’éducation (Aspire) s’est réuni, vendredi dernier dans un hôtel de Bamako..

Lire aussi : Fonds de solidarité nationale : Un clin d’œil aux personnes vulnérables

Le Fonds de solidarité nationale (FSN) a lancé, vendredi dernier à son siège, huit microprojets en faveur des associations des personnes vulnérables..

Lire aussi : Obsèques de Hamet Niang : une pluie d’hommages

Le ministre des Affaires religieuses, du Culte et des Coutumes, Mahamadou Koné et le gouverneur de la Région de Kayes, le Général de brigade Moussa Soumaré, ont exprimé la reconnaissance de la Nation à l’endroit de l’illustre disparu.

Lire aussi : Colonel Yaya Traoré, DG de l’Anac : «La desserte domestique est assurée»

Comme chaque année, le Mali, à l’instar des autres nations, a célébré hier la Journée internationale de l’aviation civile. Dans cette interview, le directeur général de l’Agence nationale de l’aviation civile, le Colonel Yaya Traoré, revient sur le sens de cet événement.

Lire aussi : Protection des végétaux : Notre pays renforce ses capacités phytosanitaires

L’atelier de validation de la Stratégie nationale de renforcement des capacités phytosanitaires du Mali a pris fin vendredi dernier, consacrant un processus participatif ayant mobilisé l’ensemble des acteurs du secteur agricole..

Les articles de l'auteur

Cérémonie de décorations à Koulouba : Djandjo aux soldats du pétrole

La médaille de l’Étoile d’argent du mérite national avec effigie «Lion débout» a été décernée à 31 chauffeurs blessés. Tandis que 17 opérateurs pétroliers et responsables syndicaux ont été faits Chevalier de l’Ordre national du Mali. La cérémonie de remise des distinctions s’est déroulée, vendredi dernier, au palais de Koulouba sous la présidence du Président Assimi Goïta.

Par Namory KOUYATE


Publié lundi 08 décembre 2025 à 07:45

Gestion de la crise des hydrocarbures : La reconnaissance du mérite de 75 personnes

Le Président de la Transition, Grand maître des ordres nationaux, le Général d'armée Assimi Goïta a décidé de matérialiser la reconnaissance du peuple malien par l'attribution de décorations aux opérateurs pétroliers, responsables syndicaux, chauffeurs ayant accompagné l'Etat dans la gestion de la crise des hydrocarbures..

Par Namory KOUYATE


Publié samedi 06 décembre 2025 à 09:44

Redevances annuelles des sociétés minières : La part de l’État malien passe de 201 à 358 milliards de Fcfa

Cette prouesse financière est le résultat du travail acharné mené par la Commission de négociation et de renégociation mise en place par les autorités. Celle-ci a présenté hier son rapport de fin de mission au Président de la Transition, le Général d’armée Assimi Goïta.

Par Namory KOUYATE


Publié mardi 02 décembre 2025 à 10:14

Clin d’œil sur Idrissa Tiama, major de la 47è promotion de l’Emia

Le major de la 47è promotion (2023-2025) de l’Ecole militaire interarmes (Emia) de Koulikoro s’appelle Idrissa Tiama de nationalité malienne. Il s’est classé premier avec une moyenne de 16 /20 devant ses camarades de différentes nationalités. Le fils de Diakaria et de Maïmouna Tiama est né le 7 février 1996 à San..

Par Namory KOUYATE


Publié lundi 01 décembre 2025 à 08:32

Qui est feu général pangassy sangaré ?

Les 343 officiers d’active de la 47è promotion de l’École militaire interarmes (Emia) de Koulikoro peuvent être fiers du parcours exemplaire de leur parrain au sein de l’Armée malienne. Feu Général de brigade Pangassy Sangaré, puisqu’il s’agit de lui, nait le 11 juin 1947 à Kati. Il entame son parcours à l’école militaire préparatoire de Saint-Louis entre 1959 et 1961..

Par Namory KOUYATE


Publié lundi 01 décembre 2025 à 08:30

Sortie de la 47è promotion de l’EMIA : Le général pangassy sangaré immortalisé

La promotion 2023-2025 compte 343 élèves officiers d’active dont 311 Maliens et 32 étrangers. Le major de la promotion est le Sous-lieutenant Idrissa Tiama du Mali avec une moyenne de 16/20.

Par Namory KOUYATE


Publié lundi 01 décembre 2025 à 08:28

47è promotion de l'Emia : 343 officiers prêts à servir la nation

Le Président de la Transition, le Général d’armée Assimi Goïta a présidé, vendredi dernier au centre d’instruction Boubacar Sada Sy de Koulikoro, la cérémonie de sortie et de prestation de serment de la 47è promotion de l’École militaire interarmes de Koulikoro (Emia)..

Par Namory KOUYATE


Publié samedi 29 novembre 2025 à 10:57

L’espace des contributions est réservé aux abonnés.
Abonnez-vous pour accéder à cet espace d’échange et contribuer à la discussion.
S’abonner