Procès «avion présidentiel et équipements militaires» : Le parquet requiert des peines exemplaires contre les accusés à l'exception de Mahamadou Camara

Le procès dans l'affaire dite « achat de l'avion présidentiel et des équipements militaires», devant la Cour d'assises spéciale de Bamako, est de plus en plus proche de son épilogue. L'audience du jeudi 03 juillet a été marquée par le réquisitoire du ministère public. Un instant crucial de la procédure, empreint d'émotion pour Mme Bouaré Fily Sissoko et ses co-accusés.

Publié vendredi 04 juillet 2025 à 07:56
Procès «avion présidentiel et équipements militaires» : Le parquet requiert des peines exemplaires contre les accusés à l'exception de Mahamadou Camara

 Le substitut général Kokè Coulibaly

 


Dans son réquisitoire, le représentant du ministère public, le substitut général Kokè Coulibaly, a invité la Cour à sévir avec la dernière rigueur contre les faits de corruption, de délinquance économique et financière d'atteinte aux biens publics commis par les accusés dans l'exécution des deux contrats relatifs à l'achat de l'avion présidentiel et des équipements militaires entre la société Guo-Star et l'état malien, à travers le ministère en charge de la Défense sous feu Soumeylou Boubèye Maïga.

Au terme d'un réquisitoire de plus de quatre heures, le substitut général Kokè Coulibaly a requis le maintien de Mme Bouaré Fily Sissoko, du Général de brigade Moustapha Drabo et du Colonel-major Nouhoum Dabitao dans les liens de l'accusation. Il demande de retenir les infractions de «corruption, faux, usage de faux, atteinte aux biens publics» pour lesquelles, ils sont poursuivis devant la Cour d'assises spéciales sur les crimes économiques et financiers. En outre, le parquet demande à la Cour d'étendre ces faits aux infractions « d'escroquerie » et « d'association de malfaiteurs » contre les deniers publics.

Dans ses développements, le procureur Coulibaly a qualifié les deux contrats controversés «d'escroquerie du siècle». Car pour lui, «en lieu et place de la promesse de lutte contre la corruption, l'ex-Président de la République, Ibrahim Boubacar Keïta, qui avait officiellement dédié l'année 2014 à ce combat, en complicité avec certains membres de son régime, ont procédé à un pillage organisé des finances publiques.  Cela, à un moment où le Mali traversait une crise sécuritaire et économique aiguë».

Selon l'accusation, contre la confiance du peuple, on a fait sortir de l’argent public au nom de l'armée pour s'enrichir.   «Même s'il faut aller devant Dieu, le parquet général ira chercher les 29 milliards de Fcfa détournés pour servir des intérêts privés», a lancé le procureur Kokè Coulibaly. D’après lui, ce procès doit servir de catalyseur à la dynamique enclenchée par la justice malienne dans le renouveau de la gouvernance publique. C'est pourquoi, « nous demandons à la Cour de sévir avec la dernière rigueur pour servir d'exemple à tous les délinquants financiers», a ajouté Kokè Coulibaly.

Toutefois, le parquet a requis l'arrêt des poursuites contre Mahamadou Camara dont il estime la responsabilité minime dans le dossier et surtout que « l'élément intentionnel» de contribuer au détournement de deniers publics n'a pas été établi. « Telle est notre profonde conviction sur les implications de Mahamadou Camara. Toutefois, si la conclusion retient sa responsabilité dans cette affaire que les circonstances atténuantes lui soient accordées», a déclaré Kokè Coulibaly.

Plus tôt dans la présentation de ses intentions, le représentant du Contentieux de l’État (partie civile) est allé dans le même sens que le parquet. Dans son avis, Issa Maïga demande que Mme Bouaré Fily Sissoko soit condamnée au remboursement des 10 milliards de Fcfa décaissés au profit de Guo-Star pour des frais d'approches relatifs à l'achat d'armes létales. Cette somme a été payée dans le cadre d'une convention de financement supplémentaire annexée au protocole d'entente sur le contrat des équipements militaires. Alors qu'en réalité, il n'y a jamais eu de livraison d'armes dans les 20 procès-verbaux de réception partielle des matériels, selon lui.

Sur le contrat d'acquisition de l'avion présidentiel, le Contentieux de l’état réclame à l'ancienne ministre de l'économie et des Finances, le remboursement des écarts de plus 2 milliards Fcfa équivalant à la différence entre le prix de l'avion selon le contrat d'achat et la somme définitive de 21.5 milliards de Fcfa décaissés au niveau du Trésor public. La plaidoirie des avocats de la défense est prévue le lundi prochain.

Aboubacar TRAORE

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