Technique culturale : Le zaï restaure la fertilité des sols dénudés

Cette technique agricole a été développée pour mettre en valeur les terres dégradées en vue de répondre aux défis climatiques tout en augmentant la productivité

Publié jeudi 10 août 2023 à 05:39
Technique culturale : Le zaï restaure la fertilité des sols dénudés

Cette pratique consiste pour les agriculteurs à creuser des trous d’une profondeur d’environ 15 à 30 centimètres et d’un diamètre de 20 à 50 centimètres



Le zaï est une technique culturale traditionnelle utilisée en Afrique de l’Ouest, principalement dans les régions semi-arides. Il consiste au creusage de petites fosses sous forme de trous dans le sol pour faciliter la rétention de l’eau de pluie et la concentration des nutriments dans la zone de culture. Le mot «zaï» vient du dialecte moré parlé au Burkina Faso, où la technique a été développée. Il signifie littéralement «trou». Cette technique agricole qui a l’avantage de mettre en valeur les terres dégradées, permet aussi d’améliorer la productivité et la résilience des jeunes plants.

Elle consiste pour les agriculteurs à creuser des trous d’une profondeur d’environ 15 à 30 centimètres et d’un diamètre de 20 à 50 centimètres, en espaçant les trous d’environ un mètre. Après avoir creusé les trous, les paysans y ajoutent de la matière organique, telle que du fumier animal, des résidus de culture ou du compost, pour améliorer la fertilité du sol. Ensuite, les graines ou les plants sont plantés dans chaque trou. Lorsqu’il pleut, les trous agissent comme des petites retenues d’eau, permettant une meilleure infiltration et conservation de l’humidité dans le sol.

Concernant la technique, le directeur scientifique de l’Institut d’économie rurale (IER), Dr Khalifa Traoré, explique qu’elle est pratiquée partout au Mali surtout dans les Régions du Centre et du Nord où les terres sont dégradées. Il estime qu’elle est particulièrement adaptée aux régions où les précipitations sont irrégulières et les sols peu fertiles.

Le zaï est largement utilisé au Burkina Faso, au Niger et au Mali. Selon Dr Khalifa Traoré, la technologie consiste à faire des cuvettes dans lesquelles, on dispose non seulement d’une surface suffisante pour collecter les eaux de pluie mais également pour recevoir du fumier organique mélangé à la terre.

«C’est dans cette cuvette bien alimentée en fumier organique qu’on plante la graine de son choix comme le mil, le sorgho et souvent des plantes maraîchères telles que le chou, les laitues et autres», détaille le spécialiste. Selon lui, l’idée derrière cette technologie est de mettre en valeur les terres dégradées en vue de créer une situation de microclimat qui permet non seulement d’assurer la disponibilité des eaux de pluie, mais également qui permet à la matière organique de se décomposer sur place pour fournir des éléments minéraux à la plante. Cela à l’avantage, selon le spécialiste, de faire croître dans les conditions optimales la plante et d’augmenter le rendement des cultures.

À en croire Dr Khalifa Traoré, la technique du zaï demande beaucoup de labeur pour faire des cuvettes qui varient entre 30 et 50 centimètres de large et souvent 15 à 20 centimètres de profondeur dans lesquelles, il faut disposer de la matière organique. Selon lui, il y a aussi des zaï qui font plus de 70 centimètres de large dans lesquels, on met des cultures maraîchères.


«Avec la présence du fumier organique, l’infiltration est améliorée par la présence des termites dans les cuvettes riches en matière organique, qui font des galeries permettant l’infiltration des eaux de pluies et l’amélioration des conditions physiques et chimiques du sol», explique le technicien.

 

AUGMENTER LA PRODUCTION DE 50 À 60%- Cette technique permet aux agriculteurs de produire des cultures vivrières malgré les conditions environnementales difficiles, contribuant ainsi à la sécurité alimentaire et à la résilience des communautés locales. Outre l’amélioration de la rétention d’eau et de la fertilité du sol, le zaï présente également d’autres avantages. Les fosses protègent les jeunes plants des vents desséchants et de l’érosion éolienne. De plus, les petits trous permettent de contrôler plus facilement les mauvaises herbes et les ravageurs, ce qui réduit le besoin de désherbage manuel et d’insecticides.

Pour cela, le directeur scientifique de l’IER estime que la technique est considérée comme une approche durable et écologique, car elle permet de préserver l’eau et les nutriments du sol, tout en luttant contre l’érosion et en favorisant la régénération de la végétation. «Le zaï a contribué à améliorer les rendements agricoles et la sécurité alimentaire dans de nombreuses communautés rurales au Mali et dans d’autres pays de la région», argumente le technicien.

Dr Khalifa Traoré explique que dans les localités de production par excellence de mil comme à Tominian et dans la Région de Mopti, la plupart des cultures se font par la technique du zaï. Les producteurs de ces zones creusent des trous de zaï sur des plateaux avec des grands dabas et des pioches dans lesquels, ils sèment du mil pour augmenter la productivité jusqu’à hauteur de 50 à 60 %.


«Le peu de production de ces zones, ne pourrait pas se réaliser sans la pratique du zaï», soutient-il. Des articles scientifiques dévoilent que le zaï permet d’améliorer la productivité des plantes avec 1,5 à 2 tonnes de céréales notamment le sorgho. Par ailleurs, le zaï n’est pas généralement pratiqué dans les zones de Sikasso et Ségou où les producteurs ont suffisamment de terres cultivables. 

Interrogé sur le sujet, le fermier Sékou Coulibaly, explique que la pratique du zaï existe au Mali depuis longtemps, mais qu’elle n’arrive pas à se développer au regard des autres pratiques culturales comme les cordons pierreux. Le paysan estime que nos producteurs ne sont pas aussi édifiés sur la pratique contrairement à ceux du Burkina Faso. Selon lui, le zaï est une technologie nouvelle au Mali, car plus de 80% des producteurs ne l’utilisent pas.


«La pratique améliore la fertilité des sols surtout pendant les périodes de décrues, mais elle demande beaucoup d’efforts physiques dans la réalisation. Raison pour laquelle, elle tarde à prendre de l’ampleur chez nous», explique le producteur, avant d’ajouter que l’État devrait soutenir les producteurs des espaces dénudés avec des moyens matériels pour rendre les sols cultivables afin d’augmenter la productivité agricole du pays.

Le conseiller agricole au sein d’un projet de changement climatique et chargé de vulgarisation agricole, Diakaridia Coulibaly, souligne que le zaï s’applique sur des sols pour lesquels les paysans ont peu d’espoir de production. «Le zaï se pratiquait au Mali depuis très longtemps. Seulement, la technique n’était pas aussi bien connue que présentement. Elle était pratiquée sur les plateaux dogon sur lesquels, on apporte de la terre», explique-t-il.


Selon Diakaridia Coulibaly, le zaï est en train d’être vulgarisé sur le terrain grâce à l’accompagnement technique de plusieurs projets et programmes en matière de développement des technologies agricoles. Avec la mécanisation de l’agriculture, il estime que le zaï a nécessairement besoin d’un certain nombre d’équipements et de moyens pour creuser et pour transporter les matières organiques sur les espaces dénudés. Ce qui permettrait de réduire la pénibilité des travaux.

Makan SISSOKO

Lire aussi : Santé: L'IOTA, l'hôpital le plus performant du Mali

Depuis ce lundi 11 mai, les hôpitaux les plus performants du Mali sont connus. L'Institut d'ophtalmologie tropicale d'Afrique (Iota) remporte la première la place avec un score de 148 sur 165 points..

Lire aussi : Kéniéba : Un grave accident de la circulation fait 8 morts et 30 blessés sur la RN24

Un grave accident de la circulation s’est produit ce matin sur la Route nationale 24 (RN24), à Badala, localité située à quatre (04) kilomètres de Tambafinia, dans la commune rurale de Guéné-Goré, à 71 kilomètres de Kéniéba. Le bilan provisoire fait état de 8 morts, 17 blessés graves.

Lire aussi : Région de Gao : Les FAMa détruisent un véhicule et du matériel logistique des terroristes à Amasrakad

L’État-major Général des Armées a annoncé, ce lundi 11 mai, qu’une opération de neutralisation a été menée avec succès dans la région de Gao, précisément à Amasrakad, au nord-est de la ville..

Lire aussi : Après les attaques du 25 avril : Le monde rural appelé à la vigilance et à la résilience

Dans un contexte marqué par les attaques terroristes simultanées perpétrées le 25 avril dernier à Bamako, Kati, Sévaré, Gao et Kidal, les autorités multiplient les initiatives de sensibilisation afin de rassurer les populations et d’éviter toute psychose..

Lire aussi : Commémoration du Jour de la victoire : Le peuple russe salue la mémoire de la génération des vainqueurs

A l'occasion du 81e anniversaire du Jour de la victoire, l’ambassadeur de la Fédération de Russie au Mali a organisé une réception au sein de sa représentation diplomatique le samedi 9 mai. C’était en présence du ministre délégué auprès du ministre de la Défense et des Anciens combat.

Lire aussi : Moussa Ag Acharatoumane livre son analyse sur la situation

Le membre de la Commission défense du Conseil national de Transition (CNT) a passé au peigne fin la situation sécuritaire de notre pays. Invité du journal télévisé du jeudi 7 mai sur la télévision nationale, Moussa Ag Acharatoumane a dénoncé la guerre informationnelle dont est victime le .

Les articles de l'auteur

Région de Gao : Les FAMa détruisent un véhicule et du matériel logistique des terroristes à Amasrakad

L’État-major Général des Armées a annoncé, ce lundi 11 mai, qu’une opération de neutralisation a été menée avec succès dans la région de Gao, précisément à Amasrakad, au nord-est de la ville..

Par Makan SISSOKO


Publié lundi 11 mai 2026 à 14:59

Après les attaques du 25 avril : Le monde rural appelé à la vigilance et à la résilience

Dans un contexte marqué par les attaques terroristes simultanées perpétrées le 25 avril dernier à Bamako, Kati, Sévaré, Gao et Kidal, les autorités multiplient les initiatives de sensibilisation afin de rassurer les populations et d’éviter toute psychose..

Par Makan SISSOKO


Publié lundi 11 mai 2026 à 08:13

Journée mondiale des oiseaux migrateurs : Le Delta intérieur du Niger, refuge de plus d'un million d'oiseaux d’eau

À l'instar de nombreux pays du monde, le Mali célèbre ce 9 mai la Journée mondiale des oiseaux migrateurs dans un contexte marqué par les défis liés à la préservation de la biodiversité et des zones humides. Le pays occupe une place importante dans la conservation des oiseaux migrateurs grâce au Delta intérieur du Niger, considéré comme l'une des plus grandes zones humides d’Afrique de l'Ouest..

Par Makan SISSOKO


Publié samedi 09 mai 2026 à 21:13

Région de Koutiala : 12 terroristes neutralisés par les FAMa entre Zangasso et Sinkolo

Les Forces armées maliennes (FAMa) ont neutralisé douze terroristes lors d'une opération menée, vendredi 08 mai 2026, entre les villages de Zangasso et Sinkolo, dans la Région de Koutiala..

Par Makan SISSOKO


Publié samedi 09 mai 2026 à 13:39

Après les attaques du 25 avril : Le monde rural appelé à la vigilance et à la résilience

Dans un contexte marqué par les attaques terroristes simultanées perpétrées le 25 avril dernier à Bamako ainsi qu’à Kati, Sévaré, Gao et Kidal, les autorités poursuivent les actions de sensibilisation pour rassurer les populations et éviter toute psychose..

Par Makan SISSOKO


Publié vendredi 08 mai 2026 à 18:29

Œuvres sociales du Chef de l'État : Banconi Dianguinébougou doté de deux nouveaux forages

Dans le cadre des œuvres sociales du Président de la Transition, le Général d'armée Assimi Goïta, deux nouveaux forages ont été inaugurés, ce jeudi 7 mai 2026, à Banconi Dianguinébougou, dans le 1er arrondissement du District de Bamako..

Par Makan SISSOKO


Publié jeudi 07 mai 2026 à 16:57

Général de Division Elisée Jean Dao : Un officier chevronné porté à la tête des Armées maliennes

Le Général de Brigade Elisée Jean Dao vient d'être élevé par le Président de la Transition au grade de Général de Division et nommé Chef d'État-major général des Armées..

Par Makan SISSOKO


Publié mercredi 06 mai 2026 à 16:22

L’espace des contributions est réservé aux abonnés.
Abonnez-vous pour accéder à cet espace d’échange et contribuer à la discussion.
S’abonner