Viande : La flambée des prix met les ménages à rude épreuve

À Bamako comme dans plusieurs villes du Mali, la viande devient de plus en plus difficile à mettre dans les marmites. Le kilogramme de viande avec os se vend désormais autour de 4.500 Fcfa, contre 5.000 Fcfa pour la viande sans os. Derrière cette flambée, se mêlent insécurité, hausse du coût de l’aliment bétail, transport, difficultés d’approvisionnement et tracasseries dénoncées par certains bouchers

Publié vendredi 14 août 2026 à 10:04
Viande : La flambée des prix met les ménages à rude épreuve

Une ménagère devant l’étal d’un boucher

 

La viande n’est plus un simple produit alimentaire sur les étals des marchés bamakois. Pour de nombreuses familles, elle est devenue une dépense qu’il faut désormais calculer, réduire ou tout simplement supprimer. Dans les boucheries de la capitale, les prix affichés font grincer des dents et les clients, autrefois nombreux, se font de plus en plus rares.

Depuis quelques mois, le kilogramme de viande avec os se négocie autour de 4.500 Fcfa et celui sans os atteint 5.000 Fcfa. Une hausse qui pèse lourdement sur le panier des ménages et inquiète les différents acteurs de la filière.

Pour les bouchers, cette situation n’est pas le fruit d’une décision prise au niveau des étals. Le prix payé par le consommateur dépend d’abord de celui auquel les animaux sont achetés sur les marchés à bétail. Lorsque les bovins, ovins et caprins deviennent plus chers, la hausse finit par se répercuter sur le prix de la viande.

Le directeur général de la Direction nationale de la production des industries animales (DNPIA), Diakalia Ouattara, reconnaît la difficulté de la situation. «Bamako était approvisionné par les 15 marchés de collecte de l’intérieur. Parmi eux, 10 sont présentement fermés, ce qui fait qu’on n’arrive pas à couvrir tous les besoins de la population de Bamako», explique-t-il.

Les grandes zones qui alimentent habituellement la capitale sont confrontées à de sérieuses difficultés, notamment l’insécurité et les problèmes de transport. Cette situation perturbe la circulation du bétail et réduit l’offre sur les marchés. Le responsable assure toutefois que le département et les services techniques travaillent à améliorer l’approvisionnement et à trouver une solution durable.

Pour Traoré Aminata Cissé, cheffe de division des industries animales, la cherté de la viande est un phénomène complexe. Le Mali possède l’un des plus importants cheptels d’Afrique de l’Ouest, mais l’importance du cheptel ne signifie pas automatiquement abondance de viande disponible à la consommation.

«Une partie importante du cheptel est constituée d’animaux destinés à la reproduction, d’animaux qui ne sont pas encore prêts pour l’abattage ou encore d’animaux conservés comme réserve de richesse ou de sécurité financière par les éleveurs», explique-t-elle.

À cela, s’ajoute l’augmentation du coût de production. L’aliment bétail, produits vétérinaires, transhumance, main-d’œuvre : tout devient plus cher. La raréfaction des pâturages accroît également les charges supportées par les éleveurs. Autant de coûts qui finissent par alourdir le prix de l’animal et, au bout de la chaîne, celui de la viande.

Mais les difficultés ne s’arrêtent pas aux marchés à bétail. Certains bouchers dénoncent également des tracasseries auxquelles ils seraient confrontés au niveau de l’abattoir. Selon leurs témoignages, ces contraintes et les différents frais qui entourent l’abattage et la commercialisation viennent alourdir davantage leurs charges. Ils estiment que ces difficultés finissent, elles aussi, par se répercuter sur le prix payé par le consommateur.

Un boucher explique que les professionnels de la filière sont confrontés à plusieurs dépenses et contraintes avant même que la viande n’arrive sur l’étal. Dans ce contexte, chaque charge supplémentaire devient difficile à absorber pour des commerçants dont la clientèle a déjà fortement diminué.

Ces accusations mériteraient naturellement d’être éclairées par les responsables des services concernés. Toutes nos tentatives pour recueillir la réaction des services compétents au niveau de l’abattoir sont toutefois restées vaines. Il reste donc nécessaire que les autorités compétentes apportent des éclaircissements sur ces pratiques dénoncées par certains acteurs de la filière.

Dans les marchés à bétail, les acteurs ne cachent pas non plus leur désarroi. Un vendeur, qui a requis l’anonymat, évoque notamment les conséquences de l’insécurité et le déguerpissement de certains «garbal», qui compliquent davantage leurs activités. «Nous sommes confrontés aussi à des problèmes d’aliments bétail dont le prix ne baisse jamais», déplore-t-il.

Même constat chez les vendeurs d’aliments pour animaux. Hambarke Dicko estime que les difficultés liées au transport et à la circulation des véhicules contribuent à renchérir les produits destinés au bétail. «Quand tu achètes le bétail et que tu l’amènes ici pour le garder, la nourriture coûte excessivement cher», souligne-t-il.

La hausse ne touche d’ailleurs pas uniquement les ménages. Les restaurateurs en ressentent également les effets. Karamoko Diarra, promoteur d’un restaurant, raconte qu’il achetait auparavant le kilogramme autour de 3.500 Fcfa. Le prix est progressivement monté à 3.700 Fcfa, avant d’atteindre jusqu’à 5.000 Fcfa pour la viande destinée aux brochettes et aux sandwichs. Une augmentation qu’il est contraint de répercuter sur les plats servis aux clients.

À Bamako, cette réalité se lit surtout dans les habitudes de consommation. Il est 10 heures au marché de Dibidani. Les étals attirent encore quelques amateurs de viande, mais l’ambiance n’est plus celle d’autrefois. Broulaye Guindo, boucher, constate une nette diminution de la clientèle. «Avec le coût élevé de la viande, les marchés ne sont plus comme avant. Les gens se font rares», témoigne-t-il.

Pour certaines familles, le choix est désormais sans appel. Djénéba Traoré, ménagère, affirme ne plus consommer de viande depuis plusieurs mois. «Je viens d’une grande famille et les dépenses sont très élevées. Cela ne me laisse plus la possibilité d’acheter régulièrement de la viande», confie-t-elle.

Au marché de Faladiè Sema, Boubacar Touré fait le même constat. Selon lui, même les petites quantités sont devenues hors de portée pour de nombreux clients. «Auparavant, on pouvait acheter de la viande à partir de 350 ou 400 Fcfa. Aujourd’hui, ce n’est plus le cas. Le prix commence à 500 Fcfa pour une très petite quantité», regrette le boucher.

Lorsque la viande devient inaccessible, les ménages modestes réduisent leur consommation ou se tournent vers des produits moins coûteux. Les bouchers vendent moins, les restaurants réduisent leurs achats et toute une économie liée à la filière s’en trouve fragilisée.

Car, derrière chaque kilogramme de viande acheté cher, il y a une famille qui réduit sa ration, une restauratrice qui augmente ses prix, un boucher qui perd ses clients et un éleveur qui voit ses charges s’alourdir. Le Mali peut disposer d’un immense cheptel, mais si le consommateur ne peut plus s’offrir la viande, cette richesse reste loin de l’assiette. Le véritable défi est désormais de faire en sorte que le cheptel malien ne soit pas seulement une richesse sur pied, mais une richesse accessible dans les marmites.

Aminata DIARRA

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