La Vision Mali 2063 marque une rupture avec les
approches de développement à court terme. Elle fixe un cap sur quatre
décennies, avec pour objectif de bâtir une économie capable de résister aux
crises, de valoriser les ressources nationales et d'assurer une prospérité
durable. Cette ambition intervient dans un contexte où le Mali dispose d'atouts
considérables, mais demeure confronté à des contraintes structurelles qui
limitent son potentiel.
L'économie malienne repose encore essentiellement
sur l'agriculture et les industries extractives. L'or représente la première
source d'exportation du pays, tandis que le coton demeure une culture
stratégique. Cette spécialisation expose toutefois l'économie aux aléas
climatiques et aux fluctuations des marchés internationaux. Une baisse des
cours de l'or ou une mauvaise campagne agricole peut rapidement affecter les
recettes publiques, les revenus des ménages et les équilibres macroéconomiques.
Le premier défi consiste donc à diversifier les moteurs de la croissance. L'expérience du Vietnam est particulièrement instructive. En l'espace de trois décennies, ce pays est passé d'une économie essentiellement agricole à un pôle industriel et manufacturier grâce à une politique volontariste d'investissement, de formation et d'ouverture aux marchés. Le Maroc, de son côté, a fait de l'industrie automobile, de l'aéronautique et des énergies renouvelables des secteurs de référence sur le continent. Quant au Rwanda, il a misé sur la qualité de sa gouvernance, la digitalisation de l'administration et la modernisation des services pour attirer les investisseurs malgré l'étroitesse de son marché intérieur. Ces expériences démontrent qu'une vision de long terme, lorsqu'elle est accompagnée de réformes cohérentes, peut transformer durablement une économie.
Pour le Mali, la première priorité demeure la
transformation locale des matières premières. Aujourd'hui, une grande partie du
coton, des produits agricoles et des ressources minières quitte le pays sous
forme brute. Cette situation prive l'économie d'une importante valeur ajoutée.
Développer des unités de filature, des industries textiles, des complexes
agroalimentaires ou des activités de transformation minière permettrait non
seulement d'accroître les exportations, mais aussi de créer des milliers d'emplois
qualifiés.
La souveraineté alimentaire constitue un autre
enjeu stratégique. Avec plus de 2,2 millions d'hectares de terres
potentiellement irrigables, le Mali possède l'un des plus importants potentiels
agricoles d'Afrique de l'Ouest. Pourtant, les importations de denrées
alimentaires demeurent importantes. L'amélioration de la maîtrise de l'eau, la
mécanisation, la diffusion de semences performantes, le développement de
l'agriculture contractuelle et la création de chaînes de valeur
agro-industrielles sont autant de leviers susceptibles de réduire cette
dépendance.
L'énergie représente également un facteur
déterminant. Sans une électricité fiable et accessible, aucune
industrialisation durable n'est envisageable. Les investissements dans les
barrages, le solaire, les interconnexions électriques et les mini-réseaux en
milieu rural devront être accélérés afin de sécuriser l'approvisionnement
énergétique des ménages comme des entreprises.
La question de l'emploi des jeunes constitue probablement le plus grand défi de la Vision 2063. Chaque année, des centaines de milliers de jeunes arrivent sur le marché du travail. Leur insertion dépendra de la capacité de l'économie à développer des secteurs intensifs en main-d'œuvre : agro-industrie, BTP, économie numérique, artisanat modernisé, tourisme, services et industries culturelles. Cela suppose également une profonde réforme de la formation professionnelle afin de rapprocher les compétences des besoins réels des entreprises.
Le financement de cette transformation exigera une
mobilisation sans précédent. Les ressources budgétaires devront être complétées
par une fiscalité plus performante, une lutte résolue contre la fraude, un
meilleur recours aux partenariats public-privé et une implication accrue du
secteur privé national ainsi que de la diaspora. Les transferts des Maliens
établis à l'étranger représentent déjà plusieurs centaines de milliards de
francs CFA par an. Orienter une partie de cette épargne vers des investissements
productifs constituerait un puissant levier de développement. Les
infrastructures resteront un pilier incontournable. Routes, corridors
commerciaux, chemins de fer, plateformes logistiques, réseaux numériques et
zones industrielles conditionnent la compétitivité du pays. L'Éthiopie a
démontré qu'un investissement massif dans les infrastructures pouvait accélérer
la transformation économique, même si cette stratégie nécessite une gestion
prudente de l'endettement. Pour le Mali, le défi consiste à concilier ambition,
soutenabilité financière et efficacité des investissements.
La réussite de la Vision 2063 reposera enfin sur
une gouvernance exemplaire. Les investisseurs, nationaux comme étrangers,
recherchent avant tout un environnement stable, prévisible et transparent. La
simplification des procédures administratives, la digitalisation des services
publics, le renforcement de la justice commerciale, la lutte contre la
corruption et une meilleure évaluation des politiques publiques renforceront la
confiance et favoriseront les investissements de long terme.
Au-delà des réformes institutionnelles, la Vision
Mali 2063 invite à un véritable changement de paradigme. Le développement ne se
mesurera plus seulement à la croissance du PIB, mais aussi à la capacité du
pays à créer des emplois de qualité, à transformer ses ressources sur place, à
réduire les inégalités territoriales et à préserver son capital naturel.
Le Mali dispose des ressources, du potentiel humain et de la position géographique nécessaires pour réussir cette transformation. La Vision 2063 fixe un horizon. L'enjeu est de faire de la Vision 2063 non pas un rêve lointain, mais une trajectoire concrète vers un Mali plus prospère, plus compétitif et pleinement souverain.
Mariam A. TRAORÉ
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