La
délégation était à l’Usine Mali Tracteurs qui est le fruit de la coopération
avec l’Inde
À
Samanko, les champs verdoyants côtoient les ateliers de montage de tracteurs,
les laboratoires de recherche et les centres de formation. C'est dans ce
véritable laboratoire de l'agriculture malienne que le ministre de
l'Agriculture, Dr Ibrahima Samaké, a effectué, lundi dernier, une visite de
terrain pour mesurer l'état d'avancement des grandes réformes engagées par son
département.
Accompagné du gouverneur de la Région de Koulikoro, le Colonel-major Lamine Kapory Sanogo, des directeurs nationaux et de deux membres du Conseil national de Transition (CNT), le chef du département n'est pas venu pour une simple visite protocolaire. Objectif : écouter les acteurs, identifier les obstacles et trouver des réponses concrètes aux attentes du monde rural.
La
visite a commencé par Mali-Tracteurs, société créée en 2009 grâce à un
partenariat entre le Mali et l'Inde. Dans les ateliers, les machines tournent,
les techniciens s'activent, mais un constat s'impose rapidement : la demande
dépasse largement les capacités de production. Pour Dr Ibrahima Samaké, cette
réalité traduit l'urgence d'accélérer la mécanisation agricole. « Un pays à
vocation agricole comme le Mali ne peut atteindre ses ambitions avec un nombre
insuffisant d'équipements », a-t-il fait observer, avant d'évoquer la
possibilité de revoir la convention qui lie les partenaires et d'ouvrir
davantage le secteur à la concurrence afin de permettre aux producteurs
d'accéder plus facilement aux tracteurs et autres équipements modernes. Le
message est clair la souveraineté alimentaire ne pourra être atteinte sans une
agriculture mécanisée. Cette orientation s'inscrit dans la vision « Mali
Kura Nétaasira ka bɛn san 2063 ma », portée par le Président de la Transition,
le Général d'armée Assimi Goïta.
À
travers le projet structurant « Farafina Djiginew », le gouvernement
entend produire suffisamment pour nourrir les populations et contribuer à
l'approvisionnement de la sous-région. Quelques kilomètres plus loin,
changement de décor. Nous sommes à l’Institut international de recherche sur
les cultures des zones tropicales semi-arides (ICRISAT), les parcelles
expérimentales témoignent du travail de longue haleine mené depuis près d'un
demi-siècle avec l'Institut d'économie rurale (IER). Le ministre s'est montré
particulièrement satisfait des avancées enregistrées dans l'amélioration
génétique du mil, du sorgho et de l'arachide, trois cultures essentielles pour
les exploitations agricoles du Sahel. Pour lui, la recherche constitue
aujourd'hui un investissement stratégique. « L'innovation scientifique est
l'une des clés d'une agriculture moderne, performante et résiliente », a-t-il
déclaré, saluant la contribution de l'ICRISAT à l'amélioration des rendements
et à l'adaptation des cultures aux effets du changement climatique.
La
délégation a également fait escale au Centre d'expérimentation et
d'enseignement du machinisme agricole Dramane Zerbo (CEEMA-DZ). Ici, on
conçoit, on expérimente, on répare et on forme. Les techniciens développent des
solutions adaptées aux réalités des exploitations agricoles maliennes, tout en
assurant la maintenance des équipements et la fabrication de pièces de
rechange. Pour le ministre, ce centre représente un maillon indispensable de la
chaîne de modernisation de l'agriculture. Même constat au Centre
d'apprentissage agricole (CAA), où sont formés les futurs techniciens chargés
d'encadrer les producteurs. Ces agents jouent un rôle essentiel dans la
diffusion des nouvelles techniques agricoles auprès des exploitants.
LE
FONCIER, UN DÉFI MAJEUR- Au-delà des infrastructures visitées, un autre dossier
s'est invité au cœur des échanges : celui du foncier. Le domaine du Centre
d'apprentissage agricole, qui couvre 1.718 hectares, a subi au fil des
décennies un important morcellement, réduisant considérablement les espaces
destinés à la recherche et à la formation. Le gouverneur de la Région de
Koulikoro, le Colonel-major Lamine Kapory Sanogo, a assuré que les autorités
ont engagé un vaste processus de récupération de ces terres. Selon lui, sur
décision du Président de la Transition, une partie importante des superficies a
déjà été restituée aux bénéficiaires historiques chercheurs, paysans et
partenaires agricoles tandis que les démarches se poursuivent pour récupérer
les parcelles restantes. « Nous irons jusqu'au bout afin que ces terres
retrouvent leur vocation première », a-t-il affirmé.
Au terme de cette tournée, une conviction s'impose : la transformation de l'agriculture malienne passe autant par les laboratoires que par les ateliers de montage, les centres de formation et les exploitations agricoles. À Samanko, Dr Ibrahima Samaké a voulu montrer que la souveraineté alimentaire ne relève plus d'un simple slogan. Elle se construit autour de trois priorités il s’agit d’équiper les producteurs, renforcer la recherche et préserver les terres agricoles. Un triptyque que le gouvernement entend désormais ériger en fondement de la Politique agricole nationale afin de faire du Mali une puissance agricole capable de nourrir sa population et de renforcer sa résilience face aux défis climatiques et économiques.
Anne Marie KEITA
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