Bamako : Plus de divorces que de mariages en 2022

Plus de 8.130 cas de divorces ont été enregistrés dans les six communes du District de Bamako en 2022, contre 6.950 mariages à la même période Plus de 8.130 unions conjugales ont tourné court dans la seule ville de Bamako en 2022. Ce chiffre provient des tribunaux des six communes de la capitale. Au cours de la même période, 6.950 mariages ont été contractés. Pourquoi tant de séparations de nos jours ?

Publié vendredi 03 novembre 2023 à 07:25
Bamako : Plus de divorces que de mariages en 2022

En effet, le phénomène est devenu aujourd’hui monnaie courante. Les disputes, les malentendus, les coups et blessures, les injures sont en général, les raisons de la dislocation des familles. «Je veux divorcer. Ce n’est ni mon premier ni mon deuxième mariage, mais je veux divorcer», s’agite Aminata, 32 ans, estimant qu’il vaut mieux être seule que de vivre avec un homme cruel. Lors que son conjoint l’appelait par vidéo sur son téléphone, elle montre avec ironie ce dernier aux autres femmes venues demander le divorce au Tribunal de la commune VI.


Lorsque l’une d’entre elle remarque, le visage mélancolique de ce dernier, elle lance : «Façon tu vois sa figure en voie de décomposition, son cœur est pire. Il est cruel, manipulateur et menteur. Cet homme a un double visage. Avant le mariage, c’était un ange mais une fois marié, il est devenu  sadique. Il me bat. Au début, j’essayais de supporter, parce que j’étais à mon troisième mariage. Une fois, j’ai failli perdre la vie. Si je ne le quitte pas, je me retrouverai un jour, dans le placard de la morgue», explique Aminata.

Le hic est que son époux l’aime encore et lui a fait part devant le juge. Mais Aminata est déterminée à signer l’acte de divorce. À côté d’elle, une trentaine de femmes sont assises sur le banc, dans le couloir du Tribunal de la commune VI.  Elles échangent sur leurs difficultés conjugales et envisagent toutes de demander le divorce.

À 19 ans seulement, Malado vient de recevoir son acte de divorce des mains de la secrétaire du juge. Elle explose de joie comme si elle venait d’être reçue au Baccalauréat. «Je vais pouvoir me remarier. Pour le moment, il y a deux prétendants». Malado n’a fait que 2 ans de mariage avec un homme devenu mentalement instable.

De son côté, Mata, 28 ans, promet d’organiser une fête pour célébrer son divorce. «Une fois mon divorce prononcé, je commanderai un gâteau où il sera écrit : joyeuse fête de divorce», a déclaré l’élégante jeune dame. «Je te comprends ma chérie», enchaine Abba. «Quand on souffre dans son cœur, à un certain point, on ne sent plus rien pour l’homme auquel on est lié. Moi, je me sens  juste perdue, stressée et traumatisée. Nous ne nous aimons pas», raconte celle qui est séparée de ses deux enfants depuis neuf mois. Son mari, dit-elle, a amené les mômes à Wassolo, dans la Région de Bougouni chez sa mère et Mata n’a aucune nouvelle d’eux. 

 

LES CAUSES DU DIVORCE- Un magistrat qui a préféré garder l’anonymat, nous confie que les jeunes de nos jours, en majorité, ne sont pas matures pour le mariage. Ils ne s’assument pas et la société y contribue fortement. Selon lui, ce sont les femmes qui demandent plus le divorce actuellement et elles sont soutenues par les parents, qui ont failli à leur devoir de responsabilité.  Notre interlocuteur rappelle que les causes du divorce au Mali sont, entre autres, l’infidélité, les excès, les sévices, les injures graves, la condamnation à une lourde peine, la consommation abusive d’alcool et des produits stupéfiants. Pour le juge de siège, Oumar Touré, la  première cause du divorce est d’ordre financier.

«Avec les temps qui courent, l’homme ne parvient pas toujours à assumer ses responsabilités financières. Quand on reçoit les couples, la femme se plaint très souvent du fait que son époux a des difficultés pour la nourrir, l’habiller, la soigner», explique le magistrat. Comme deuxième cause de divorce, il évoque la violence basée sur le genre. Beaucoup de femmes, d’après lui, demandent le divorce pour maltraitance physique et surtout morale. En 3è lieu, le juge évoque l’impuissance sexuelle. «80% des personnes qui viennent demander le divorce ne vivent plus sous le même toit depuis longtemps. Pour elles, les procédures de divorce sont juste une formalité. Nous nous efforçons de ne pas prononcer plus de 40 cas de divorce par semaine, alors que nous recevons des centaines de demandes de divorce», relève le juge Oumar Touré.

 Le président du Tribunal de la Commune IV, Kassoum Koné, souligne qu’on reproche aux juges de prononcer trop de divorces, alors que c’est le contraire. «Pour qu’un couple vienne devant le juge, il passe d’abord par les parents, les amis, les voisins, les griots, les imams. Au moment où nous les recevons, cela trouve qu’il n’y a plus d’espoir. Ils ont déjà épuisé tous les canaux de dialogue, de conciliation et de réconciliation. Donc, on ne peut que constater le divorce», fait-il remarquer.

Pour le magistrat, on ne peut pas forcer un homme à rester avec une femme ou vice versa. Car cela pourrait avoir des conséquences que la justice ne pourrait pas gérer. Pour autant, lorsque le juge reçoit une demande de divorce, il écoute les deux parties et leur accorde un délai de 3 mois pour la réflexion. Après, c’est la tentative de conciliation. En cas d’échec, on constate le divorce à vil prix (25.000 Fcfa) pour régler les frais du dossier», détaille Kassim Koné.

Le magistrat rappelle que les femmes qui quittent le domicile conjugal sans autorisation légale ou sans motif grave sont considérées par la loi, comme coupables d’abandon de domicile conjugal. Une infraction punie par le Code pénal malien. En fait, si le mari porte plainte, la femme risque une peine d’emprisonnement de 11 jours à 3 mois et pourrait écoper d’une amende de 20.000 à 120.000 Fcfa.

Le président du Tribunal de la Commune IV explique qu’il existe aussi le divorce par consentement, qui est la méthode la plus rapide. Dans ce cas de figure, le juge n’a pas le droit de demander la cause de la désunion. Il s’assure juste que la femme n’a pas été contrainte pour décider.

LE REGARD DE LA SOCIÉTÉ- Parlant du divorce, le représentant des familles des griots,  Bourama Soumano, estime qu’il n’est pas étonnant que les ménages soient fragiles de nos jours. «Avant, les gens se mariaient à travers la  famille. De nos jours, les jeunes décident eux-mêmes et viennent informer les parents. Ils n’ont de critères que l’apparence, l’attirance et l’amour aveugle. C’est bien, mais cela n’est pas suffisant pour une union qui doit durer toute une vie», explique le griot. Pour lui, les gens divorcent pour différentes raisons.

«Par exemple, j’ai été interpellé dans des cas où la femme a quitté son foyer à cause des injures graves. Pourtant il y a des couples qui s’insultent à longueur de journée et se disputent, mais continuent à faire des enfants», dit-il. La conseillère conjugale, Oumou Diarra, animatrice à l’ORTM, pense que le problème du divorce a trait à l’éducation. «Les jeunes d’aujourd’hui en manquent cruellement. Les filles n’ont que des belles tenues, des biens matériels. Le jour du mariage, les mamans louent leurs qualités en disant qu’elles savent cuisiner, faire la lessive et la vaisselle. En fait, elles ignorent même la bonne manière de s’adresser à un ainé. C’est le même cas, pour les jeunes hommes qui n’ont aucun respect pour la femme et surtout pour la belle famille. Ils ont tendance à partager la charge avec la femme, alors que c’est de leur responsabilité d’assumer les dépenses de la famille. C’est tout ceci qui fragilise le foyer», explique-t-elle.

Tous les vendredis, Oumou Diarra anime une émission, où elle reçoit les jeunes couples qui viennent expliquer leurs problèmes. «Ils racontent des choses qui vous laissent sans voix. Du matin au soir, je ne fais que parler et répéter la même chose qui est le savoir vivre», dit l’animatrice. Dans cette tâche, elle se fait assister par une religieuse dans le but d’expliquer les vertus d’un conjoint et la récompense divine.  «La chose la plus détestée auprès d’Allah, est le divorce», édifie le religieux Moustaph Coulibaly, parce que l’union conjugale est sacrée. «Le mariage est le socle de la famille, il représente la stabilité, la dignité, la pudeur de la société, quand il est réussi. L’homme a le devoir d’aimer, protéger, nourrir, loger et vêtir sa femme. La femme doit le respect, l’obéissance, à son mari. Elle doit prendre soin de lui et de ses affaires.

En islam, la femme ne peut pas demander le divorce, mais elle peut demander l’annulation de son statut conjugal, auprès d’un guide spirituel qui examine son cas, selon les écritures saintes. Dieu, dans sa sagesse, permet le divorce, parce que le mariage n’est pas une condamnation. Le divorce est nécessaire dans certaines situations. Satan, lui, s’en félicite, puisque le divorce ouvre la voix à tous les maux et à tous les péches: fornication, désamour, haine…», explique l’homme de Dieu. «Le divorce est contre l’action de Dieu», rappelle le Pasteur Vincent Dembélé de l’Église la Foi de Sirakoro.

Le divorce, poursuit-il, rompt ce que Dieu a uni. Genèse 2 : 42 l’homme quittera son père et sa mère et s’attachera à sa femme et les deux formeront une seule chaire. Selon la critique historique LC 16, 18, précise l’homme d’église, tout homme qui répudie sa femme et en épouse une autre, commet un adultère. Et celui qui épouse une femme répudiée par son mari commet un adultère. C’est la forme la plus proche de la déclaration de Jésus.

Maïmouna SOW

Lire aussi : Livre «sur les traces du destin» : Fatoumata Keita plaide pour le droit à l’éducation des enfants

«Sur les traces du destin», le nouveau roman de l’écrivaine Fatoumata Keita, vient enrichir la documentation du droit à la scolarisation des enfants..

Lire aussi : Littérature : L’écrivaine Claire Paul Coulibaly publie trois recueils de poèmes

«Ainsi va le monde», «Dualité» et «Vertus et abus» sont trois recueils de poèmes écrits par l’écrivaine Claire Paul Coulibaly. Ces ouvrages ont été officiellement présentés, la semaine dernière au Centre Djoliba de Bamako..

Lire aussi : Sécurité nationale : 57 nouveaux véhicules de transport de troupes pour renforcer le maillage territorial

Le ministre de la Sécurité et de la Protection civile, le Général de division Daoud Aly Mohammedine, a procédé ce lundi 9 février à l’École nationale de Police à la remise officielle d’un lot important de 57 camions de transport de troupes, acquis intégralement sur le budget national..

Lire aussi : Inner Wheel international : Un engagement solide en faveur des démunis

Inner wheel international est une organisation féminine engagée dans les actions de bienfaisance à l’endroit des plus démunis, particulièrement les femmes et les enfants. Son gouvernorat du District 909 a organisé, jeudi dernier au CICB, sa 24è assemblée générale annuelle sous le thème .

Lire aussi : Sécurisation du territoire : L’armée neutralise plusieurs terroristes à travers le pays

Dans un communiqué datant de ce lundi 12 janvier, l'État-major général des Armées a rendu public le bilan des opérations des Forces armées maliennes (FAMa) menées dimanche dernier sur l'ensemble du territoire national..

Lire aussi : Amap : Le comité syndical suspend son mot d'ordre de grève

Le comité syndical de l'Agence malienne de presse et de publicité (Amap) a suspendu son mot d'ordre de grève du 29 décembre 2025. Une décision prise ce vendredi 9 janvier 2026 après la signature d'un protocole d'accord entre la direction générale de l'Amap et les syndicalistes sous l'égide .

Les articles de l'auteur

Soutiens aux couches vulnérables : FSN et LWR omniprésents

Le Fonds de solidarité nationale (FSN), en partenariat avec Corus international, a organisé, vendredi dernier dans ses locaux, une cérémonie de remise de dons..

Par Maïmouna SOW


Publié mardi 10 février 2026 à 08:37

Universités de Sikasso et Ségou : Une réelle bouffée d’oxygène

À l’intérieur du pays, ces institutions publiques enlèvent une véritable épine du pied des populations locales en termes d’offres de formation. L’Université de Sikasso dont un seul institut est opérationnel pour l’instant, est en chantier et coûtera environ 53 milliards de Fcfa sur budget d’État. Celle de Ségou est la première université publique à voir le jour en dehors de la capitale.

Par Maïmouna SOW


Publié lundi 12 janvier 2026 à 08:56

École supérieure de journalisme : Des résultats appréciables

L’École supérieure de journalisme et des sciences de la communication, (ESJSC), a tenu, hier, la 9° session de son conseil d'administration. L’ouverture des travaux a été presidée par la representante du ministre de l’Enseignement superieur et de Recerche scientifique, Mme Coulibaly Fanta N’Diaye Sylla, en présence du directeur de l’ESJSC, Aboubacar AbdoulWahidou Maïga..

Par Maïmouna SOW


Publié mercredi 31 décembre 2025 à 08:49

École fondamentale de Fougadougou : trois salles de classe réhabilitées et un bloc de latrines construit

La cérémonie de réception provisoire des travaux de réhabilitation de trois salles de classe et la construction d’un bloc de latrines VIP et BF à l’école de Fougadougou a eu lieu, jeudi dernier dans la Commune rurale de Tienfala..

Par Maïmouna SOW


Publié mardi 23 décembre 2025 à 08:22

Élimination des violences à l’égard de la femme : Des avancées mais des défis

À l’instar de la communauté internationale, notre pays a commémoré la Journée internationale pour l’élimination de la violence à l’égard des femmes. Le clou a été une conférence-débat organisée, hier au siège de la Coordination des associations et ONG féminines (Cafo)..

Par Maïmouna SOW


Publié vendredi 05 décembre 2025 à 10:46

Crise d’adolescence : Du fil à retordre pour les parents

Propre à la puberté, sa mauvaise gestion est marquée par un manque de communication avec les enfants, l’inaptitude à faire face à leurs problèmes personnels et des pratiques de maltraitance à leur égard. Ce qui peut souvent aboutir à des fugues régulières, des grossesses non désirées et une mauvaise performance scolaire.

Par Maïmouna SOW


Publié lundi 24 novembre 2025 à 09:13

Anam : Beaucoup d’ambitions en 2026

L’Agence nationale d’assistance médicale (Anam) a tenu, hier à son siège, la 24è session ordinaire de son conseil d’administration. C’était sous la présidence de la ministre de la Santé et du Développement social, le Colonel-major Assa Badiallo Touré, en présence du ministre du Travail, de la Fonction publique et du Dialogue social, Fassoum Coulibay, et du directeur général de l’Anam, Hameth Ben Hamane Traoré..

Par Maïmouna SOW


Publié vendredi 21 novembre 2025 à 09:52

L’espace des contributions est réservé aux abonnés.
Abonnez-vous pour accéder à cet espace d’échange et contribuer à la discussion.
S’abonner