Des terres agricoles pour les femmes : Le défi de l’application de la LOA

Adoptée en 2006 pour donner un nouveau souffle au développement agricole du Mali, cette loi a consacré plusieurs principes majeurs, notamment l’accès équitable aux ressources foncières et la prise en compte des femmes, des jeunes et des groupes vulnérables dans l’accès aux terres agricoles. Près de deux décennies après, sa traduction effective dans les villages et les exploitations se fait désirer

Publié jeudi 13 août 2026 à 07:31
Des terres agricoles pour les femmes : Le défi de l’application de la LOA

Champ de sorgho des femmes de ouana

 

La Loi d’orientation agricole portait une ambition claire : faire de l’agriculture un véritable moteur de développement économique et social. Elle reconnaît que la terre constitue la première richesse de l’agriculteur et que sa sécurisation est une condition essentielle pour encourager l’investissement, améliorer la production et assurer la durabilité des exploitations. 

Dans cette vision, les femmes rurales occupent une place particulière. La loi prévoit un accès équitable aux ressources productives et accorde une attention spécifique aux femmes, notamment dans l’attribution des parcelles des zones aménagées sur fonds publics.  Une avancée importante, qui traduit la volonté des pouvoirs publics de corriger une réalité longtemps marquée par les inégalités dans l’accès au foncier.

Mais sur le terrain, le constat reste préoccupant. Entre les dispositions contenues dans les textes et la réalité quotidienne des femmes rurales, le chemin demeure encore long. Beaucoup continuent de cultiver des terres dont elles ne disposent pas d’un droit sécurisé. Elles produisent, nourrissent les familles et contribuent à l’économie locale, mais restent souvent absentes des décisions liées à la gestion du foncier.

Une loi, aussi ambitieuse soit-elle, ne peut produire des résultats que si elle est connue, comprise et effectivement mise en œuvre par tous les acteurs concernés. L’application de la LOA nécessite d’abord un renforcement de l’information et de la sensibilisation au niveau communautaire. Dans plusieurs zones rurales, les femmes ignorent encore les droits que leur reconnaissent les textes. De leur côté, certains acteurs locaux continuent de privilégier les pratiques coutumières au détriment des dispositions légales.

L’autre défi concerne les mécanismes d’attribution des terres. Pour que l’esprit de la loi soit respecté, les procédures doivent être plus transparentes, accessibles et contrôlables. Les femmes doivent être effectivement représentées dans les structures locales chargées de la gestion foncière, afin que leurs préoccupations soient prises en compte dans les décisions.

Il est également indispensable de renforcer le suivi de l’application de la LOA. Des mécanismes d’évaluation régulière permettraient de mesurer les progrès réalisés, d’identifier les blocages et de proposer des mesures correctives. L’État, les Collectivités territoriales et les Organisations paysannes doivent travailler ensemble pour faire du foncier agricole un outil d’inclusion et non un facteur d’exclusion.

Au-delà de la question des droits, l’application effective de la LOA en faveur des femmes représente une opportunité économique pour le pays. Une femme qui dispose d’une terre sécurisée peut mieux investir dans son exploitation, accéder au crédit, améliorer ses techniques de production et développer des activités de transformation.

Dans un contexte où le Mali cherche à renforcer sa souveraineté alimentaire, priver une partie importante des productrices d’un accès sécurisé au foncier revient à limiter le potentiel agricole national. Les femmes représentent une force productive considérable. Leur donner les moyens d’agir pleinement, c’est augmenter les capacités de production, créer davantage de richesses en milieu rural et renforcer la résilience des familles.

L’application de la Loi d’orientation agricole ne doit donc pas être perçue uniquement comme une obligation juridique. Elle constitue un choix stratégique pour l’avenir de l’agriculture malienne.

Les solutions passent par une volonté politique renforcée, une meilleure vulgarisation des textes, l’implication des communautés et un accompagnement économique des bénéficiaires. Il ne suffit plus d’affirmer le droit des femmes à la terre ; il faut désormais garantir que ce droit devienne une réalité dans les campagnes.

Près de vingt ans après son adoption, la LOA attend encore son plein accomplissement. Son application effective pourrait marquer une nouvelle étape dans la transformation de l’agriculture malienne : une agriculture où celles qui nourrissent le pays disposent enfin des moyens de produire davantage et durablement.

Mariam A. TRAORÉ

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Elles sont des millions à cultiver, transformer et commercialiser les produits qui arrivent chaque jour sur les marchés. Pourtant, celles qui portent une grande partie de la production alimentaire restent confrontées à un défi majeur : l’accès à des terres sécurisées.

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