Gao : La pénurie du carburant persiste

Dans la cité des Askia, le fût de 200 litres d’essence, en provenance de l’Algérie coûte 280.000 voire 300.000 Fcfa dans les garages et le litre est vendu entre 1.600 et 2000 Fcfa dans les bouteilles chez les petits revendeurs

Publié mercredi 09 avril 2025 à 08:07
Gao : La pénurie du carburant persiste

Cette station d’essence est la seule qui vend le litre d’essence à la pompe à 850 Fcfa

 

 

Il est de notoriété publique que la Région de Gao est approvisionnée en carburant par les deux pays voisins : l’Algérie et le Niger. Et le commerce de ce liquide précieux en provenance de ces pays reste toujours dans l’informel. Malgré son importation illégale par les commerçants de la région, le carburant reste toujours inaccessible pour les populations alors que courant 2015 et 2016, le litre a été vendu à 400 Fcfa dans toutes les stations d’essence à Gao.

Actuellement dans la Cité des Askia, la station d’essence de la société Néma et frère (SONEF) est la seule qui vend le litre d’essence à la pompe à 850 Fcfa. Son gérant, Ibrahim Moussa, affirme que sa société dispose à la pompe d’un ancien stock de carburant qu’elle continue à vendre à 850 Fcfa le litre. Selon lui, la quantité disponible ne pourra pas tenir longtemps parce que la demande est forte. «Malgré la crise de l’essence dans la ville, notre société continuera à céder le litre de l’essence à 850 Fcfa aux populations de Gao», promet-il. 

Dans les jours à venir, si la mesure d’interdiction de sortie du liquide précieux n’est pas appliquée, la pénurie d’essence sera pire et le litre d’essence à la pompe pourra atteindre 3. 000 Fcfa. Selon le responsable de la station d’essence de la SONEF, si le baril d’essence de 200 litres se vend à Gao à 350.000 Fcfa, la même quantité est revendue à une trentaine de kilomètres de la ville à 500.000 Fcfa.

          

INSÉCURITÉ- Abass Maïga dit Saramaya est un revendeur-détaillant de carburant, en face de l’Assemblée régionale de Gao. Il affirme avoir acheté le fût de 200 litres d’essence à 280.000 Fcfa pour vendre au détail dans les bouteilles, à raison de 1.500 Fcfa. «Souvent, le baril ne vaut pas 200 litres», se plaint-il. Il explique la pénurie de carburant par l’insécurité.

«Parce que souvent, les terroristes interceptent les chauffeurs de camions citernes, les tuent et brûlent leurs véhicules», dit-il. Le revendeur détaillant estime que la seule solution pour l’approvisionnement de la ville de Gao en carburant, est de libérer les axes Gao-Sévaré et Gao-Niger.

Quant au président de la société civile de Gao, Soumaïla Soumaré, il expliquera que les commerçants doivent respecter les règles du négoce. Pour lui, «c’est inadmissible que le prix du carburant monte, à chaque approche du mois de Ramadan alors que le prix d’achat a beaucoup diminué, suite à l’arrêt des activités de certaines organisations non gouvernementales dans la région». 

Le directeur régional du commerce, de la concurrence et de la consommation, Mansa Coulibaly, dira que toute la chaine de ravitaillement et de vente du carburant sur les deux axes Niger-Gao et Algérie-Gao est dans l’informel. «La flambée de prix du carburant est due au fait que le pays voisin, le Niger, qui ravitaille la région de Gao, connaît la même crise d’essence», explique-t-il. «Quant à l’Algérie, c’est un pays dans lequel tous les produits sont subventionnés, sauf les dattes. C’est pourquoi, elle n’accepte pas l’exportation de ses produits. Donc, toutes les marchandises qui proviennent de ce pays rentrent à Gao par le trafic », renchérit-il.

En août 2024, devant la flambée de prix du carburant, le gouverneur de la région de Gao, le Général de division Moussa Moriba Traoré, a pris une décision pour interdire aux vendeurs la vente du litre d’essence à un prix déraisonnable. Selon cette décision, tout contrevenant s’exposait à une amende de 300.000 Fcfa. «Durant cette période, trois commerçants ont été pris la main dans le sac et tous ont payé l’amende due. Mais la décision de l’exécutif régional n’a pas vécu longtemps», relève Mansa Coulibaly de la direction régionale du commerce. 

À cause de la pénurie de carburant, on constate moins de véhicules dans la circulation à Gao alors qu’un camion transportant plus de 120 fûts de 200 litres de carburant quittant la ville pour une destination inconnue s’est renversé, à une vingtaine de kilomètres, en direction de Intahakat, vers un site d’orpaillage.

Abdrahamane TOURE / AMAP - Gao

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