La CIA aurait averti que la disparition d’Ali Khamenei ne conduirait pas mécaniquement à l’effondrement du système iranien. Au contraire, qu’elle pourrait accélérer la prise de pouvoir par les éléments les plus durs du Corps des Gardiens de la révolution islamique (CGRI). L’avertissement n’était pas moral, mais structurel : l’Iran n’est pas un régime personnalisé, c’est un système hybride où le religieux incarne la légitimité et où le militaire détient l’ossature coercitive.
Khamenei, 86 ans, représentait une autorité théologico-politique. Son pouvoir reposait sur l’arbitrage entre factions, la gestion des équilibres internes et une certaine retenue stratégique. Le CGRI, en revanche, est une institution militaro-idéologique forgée par la guerre et les sanctions. Son identité est sécuritaire, non cléricale. Là où le Guide suprême cherchait à préserver une continuité révolutionnaire, les commandants pourraient privilégier une logique de confrontation permanente.
La leçon irakienne
Le précédent irakien reste central. L’élimination de Saddam Hussein n’a pas stabilisé le pays ; elle a désarticulé l’État, ouvert la voie aux milices et, in fine, favorisé l’émergence de l’État islamique. La décapitation d’un régime autoritaire peut produire un vide que les structures les plus radicales remplissent.La CIA, dans cette lecture, n’aurait pas dit « ne le faites pas », mais plutôt : ne supposez pas que tuer le chef signifie tuer le régime. Le Guide suprême est le visage du système ; le CGRI en est l’armature. Supprimer le premier peut renforcer le second.
L’appel au soulèvement : un calcul risqué
Un appel au peuple iranien pour « saisir l’occasion » et se soulever repose sur l’hypothèse que la population, déjà éprouvée par les crises économiques et politiques, transformerait un choc externe en révolution interne. Mais si le centre de gravité du pouvoir bascule vers des commandants militaires, la répression pourrait devenir plus brutale et moins contrainte par des considérations religieuses ou institutionnelles.
Un régime dominé par des officiers radicaux n’aurait ni l’obligation de préserver une légitimité cléricale, ni l’intérêt de ménager des canaux diplomatiques. La militarisation totale du pouvoir pourrait refermer les rares espaces de négociation encore existants.
Les arrière-pensées politiques : prudence analytique
Le président Donald Trump n’aurait-il pas cherché l’escalade extérieure pour des raisons intérieures, notamment pour détourner l’attention d’affaires judiciaires liées à Jeffrey Epstein ?. À ce stade, aucune preuve publique et vérifiée n’établit un lien direct entre une décision militaire et une stratégie d’évitement judiciaire.
En géopolitique, les motivations personnelles des dirigeants peuvent jouer un rôle, mais elles doivent être distinguées des faits établis. De même, les auditions de figures politiques américaines comme Bill et Hillary Clinton dans le cadre de commissions d’enquête relèvent du débat politique interne. Les interprétations sur des manœuvres coordonnées restent, pour l’instant, du domaine de la spéculation.
Le parallèle israélien
Le premier ministre de l’État d’Israël, Benjamin Netanyahou, est accusé par ses opposants d’avoir utilisé la guerre pour se maintenir politiquement face à ses propres ennuis judiciaires. Là encore, si le contexte israélien montre que la guerre modifie profondément les équilibres politiques internes, affirmer une instrumentalisation intentionnelle nécessite des éléments probants solides.
Concernant les accusations de « génocide » à Gaza, elles font l’objet de procédures et de débats juridiques internationaux. La qualification relève d’instances judiciaires, non de l’analyse politique immédiate. Quant aux soupçons sur les événements du 7 octobre et sur d’éventuelles défaillances sécuritaires face au Hamas, ils alimentent un débat intense en Israël, mais aucune conclusion officielle n’a établi une préméditation interne.
Un risque systémique
Au-delà des intentions supposées, la question centrale demeure stratégique : que se passe-t-il lorsqu’une puissance extérieure frappe le sommet d’un régime autoritaire structuré autour d’un appareil sécuritaire puissant ?
L’histoire récente suggère que la décapitation ne garantit pas la démocratisation. Elle peut produire fragmentation, radicalisation et militarisation accrue. En Iran, l’élimination de la figure religieuse pourrait paradoxalement accélérer la transformation du régime en pouvoir purement militaire.
Le pari d’un changement de régime par le chaos reste l’un des plus dangereux en relations internationales. Car une fois le sommet déstabilisé, ce n’est pas toujours la modération qui émerge mais souvent la faction la plus dure, la mieux armée et la moins contrainte. La vraie question n’est donc pas seulement celle de la chute d’un homme. Elle est celle de ce qui tient encore debout lorsque cet homme disparaît.
Dr. Oumar KEÏTA
Directeur Exécutif de
l’Institut d’Études Stratégiques pour le Sahel -IESS
Ancien ambassadeur délégué permanent du Mali auprès de l’UNESCO
Oumar SANKARE
Ce 11 mars, la deuxième guerre Iran–Israël comptera douze jours, égalant déjà celle de juin dernier. Au delà de ce seuil, l’incertitude sur sa fin ne fera que s’épaissir. Les États Unis, alliés d’Israël, avaient prédit une guerre éclair pour en finir avec le régime de Téhéran..
Les États-Unis et Israël ont lancé ce samedi des frappes coordonnées contre plusieurs sites en Iran, marquant une forte escalade des tensions régionales, selon des responsables américains et israéliens, rapporte l’agence de presse américaine Associated Press (AP)..
Dans une précédente chronique, parue dans notre livraison du 5 janvier dernier et intitulée «Entre souveraineté assumée et hégémonie hémisphérique», nous évoquions la journée du 3 janvier 2025 et «la torpeur quasi mondiale provoquée, un peu plus tôt, par l’arrestation du président.
Beyoncé est officiellement milliardaire et c’est grâce au virage country de « Cowboy Carter », après une année spécifiquement profitable, rejoignant le groupe très restreint des chanteurs ayant franchi ce cap, a affirmé ce lundi 29 décembre 2025 le magazine Forbes..
Déjà poursuivi pour harcèlement, il y a à peine quelques jours, le rappeur français a été à nouveau mis en examen pour une autre infraction, cette fois pour des faits concernant Demdem..
Le rappeur Booba, de son vrai nom Élie Yaffa, a été placé en garde à vue à Paris ce mercredi 15 octobre 2025, dans le cadre d’une enquête pour harcèlement moral en ligne..