Cette librairie fait partie des plus anciennes de la capitale
Après plusieurs décennies passées dans l’enceinte de l’ancien Grand Hôtel de Bamako, la Librairie Bah amorce un nouveau virage en s’installant au Quartier du fleuve face à l’agence EDM. Dans ses nouveaux locaux, l’institution du livre continue d’accueillir élèves, étudiants, enseignants, chercheurs et férus de lecture. Ses rayons sont bien garnis, mais elle est aussi entrée dans l’ère du numérique pour que ses ouvrages soient encore plus accessibles et poursuivre sa mission de diffusion du savoir.
La pratique de la lecture est essentielle à l’acquisition du savoir d’où une fois de plus l’utilité de la Librairie Bah. Dès l’entrée de cette bibliothèque, le visiteur est plongé dans un univers où le livre règne en maître. De longues étagères soigneusement rangées présentent une diversité d’ouvrages : manuels scolaires, romans, livres universitaires, ouvrages de sciences humaines, de géopolitique ou encore de développement personnel.
L’odeur du papier neuf se mêle aux échanges entre vendeurs et clients venus chercher conseils et recommandations. Au passage de notre équipe, Diomcouba Macalou était venu récupérer une commande de livres pour ses enfants. Ce père de famille accepte de mettre la main à la poche et débourse 52.000 Fcfa pour offrir des ouvrages intéressants à ses fils. Ce cadre A est bien conscient de l’importance de la lecture dans l’acquisition du savoir et de la culture générale. Cette réalité a été rappelée sur tous les tons aux apprenants, enseignants et autres chercheurs dans notre pays.
«Lorsque j’étais à Dakar pour mes études d’ingénieur, j’achetais systématiquement des livres chaque fois qu’un nouveau thème était abordé. Je lisais souvent de minuit à 3h du matin. Cette habitude m’a permis d’acquérir de solides connaissances et d’être performant dans les travaux de groupe», témoigne ce passionné de lecteur. Selon lui, la lecture est une source inépuisable de savoirs et d’expressions.
Il explique avoir transmis le virus de la lecture à sa progéniture. «Pendant les vacances, j’impose à mes enfants de lire au moins cinq pages par jour. Le livre enrichit le vocabulaire, développe les idées et permet de mieux s’exprimer. Beaucoup de difficultés rencontrées dans la rédaction et la communication viennent du manque de lecture», affirme-t-il. Et d’estimer que cette passion pour les livres lui a ouvert de nombreuses portes dans sa carrière. Rapporteur apprécié dans plusieurs missions, il a également reçu plusieurs distinctions, notamment des lettres de félicitations de la Banque mondiale ainsi que des récompenses en 2018, 2024 et 2025.
Le va-et-vient constant des élèves et étudiants dans les allées de la librairie témoigne de son importance dans le paysage éducatif. Malgré les changements intervenus, les habitudes de consommation culturelle, le livre papier conserve encore une place privilégiée. L’histoire de la Librairie Bah remonte à la fin des années 1980. Fondée par feu Bouya Bah, un ancien gérant de la Librairie populaire du Mali, cette bibliothèque a officiellement pris corps un jour de 1989 et vécu plus de 35 ans au Grand Hôtel de Bamako.
«Tout a commencé en 1989 avec le fondateur de la Librairie Bah. De 1988 à 2025, nous étions installés au Grand Hôtel. Avec la fermeture de l’hôtel pendant la période de la Covid-19 et les travaux de réalisation d’infrastructures routières dans la zone, nous avons jugé nécessaire d’emménager au Quartier du fleuve», explique Mamadou Bah, gérant de la librairie.
Cette bibliothèque enregistre quelques difficultés liées à ce changement de lieu. «Un déménagement n’est jamais facile. Au-delà des coûts, il faut informer les clients. Aujourd’hui encore, nous subissons certaines conséquences de ce transfert», confie-t-il. Selon le responsable, le taux de fréquentation reste pour l’instant en deçà des standards habituels de ce lieu de vente des livres. Il attribue cette situation aux préoccupations économiques actuelles et au contexte général du pays.
un catalogue varié-Dans les rayons, certains ouvrages connaissent un succès particulier. Les livres de développement personnel figurent parmi les plus demandés, aux côtés des ouvrages consacrés au Sahel, aux questions politiques et aux biographies. «Ce qui marche le plus aujourd’hui, ce sont les livres de développement personnel. Les livres pour la jeunesse sont également très recherchés», souligne Mamadou Bah.
La librairie dispose d’un catalogue varié couvrant de nombreux domaines : littérature africaine, littérature jeunesse et adulte, droit, sciences humaines et sociales, pédagogie, histoire, géographie, économie, gestion, marketing, management, géopolitique, diplomatie, sécurité et défense, entre autres. À ce jour, elle dispose de plus de 12.000 livres et implanté au Centre international des conférences de Bamako (CICB) et l’aéroport international Président Modibo Keïta de Sénou. Face à l’évolution des habitudes de lecture, la Librairie Bah a choisi d’anticiper. Depuis plusieurs années, elle développe une offre numérique afin de répondre aux besoins des étudiants, chercheurs et professionnels. «Depuis 2020, nous avons pris le virage du numérique. C’est une réalité mondiale à laquelle personne ne peut échapper », explique le gérant.
La librairie représente au Mali la plateforme numérique Cairn.info, une bibliothèque numérique francophone de référence dans les domaines des sciences humaines, sociales, économiques, juridiques, scientifiques et médicales. Cette plateforme met à disposition plus de 750 revues et magazines, près de 40.000 ouvrages, plus de 500 éditeurs ainsi qu’une importante collection encyclopédique comprenant notamment les célèbres collections «Que sais-je ? » et «Repères». Chaque année, plus de 200.000 nouveaux documents viennent enrichir son contenu.
Selon Mamadou Bah, plusieurs institutions publiques et privées maliennes sont déjà abonnées à cette plateforme qui gagne progressivement du terrain dans le pays. Au fil des années, la Librairie Bah est devenue un partenaire privilégié de nombreuses institutions nationales et internationales. Elle fournit régulièrement des ouvrages aux ministères, universités, grandes écoles, ambassades ainsi qu’à plusieurs organisations internationales, dont la Banque mondiale, le Programme des Nations unies pour le développement (Pnud) et la Banque centrale des États de l’Afrique de l’Ouest (Bceao). Mamadou Bah lance un appel aux autorités et aux citoyens à s’inspirer d’une antienne de Nelson Mandela : «Une nation qui lit est une nation qui gagne».
Gaoussou TANGARA
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